PARACHAT TSAV : 3eme Partie De l’enthousiasme pour la Torah et les mitsvoth quand il s’accompagne du zèle et de l’humilité [Où il sera aussi question du
rapport entre la parachath Tsav et le «
Chabath Hagadol »]
Sur le verset « Ordonne à
Aaron et à ses fils ce qui suit :
Ceci est la règle de l’holocauste,
c’est l’holocauste qui se consume sur le
brasier de l’autel » (Lévitique
6, 2), Rachi rapporte au nom de Torath Cohanim
que le mot « tsav » a pour but
d’inciter au zèle, dans l’immédiat
et pour toutes les générations.
Rabbi Chim’on ajoute que cet encouragement
est particulièrement nécessaire
quand on risque une perte ou un manque (voir
également Kidouchine 29a).
Le saint Admor de Satmar, dans son livre
Divrei Yoël, s’interroge sur ces deux
affirmations : Pourquoi l’Ecriture choisit-elle
l’holocauste pour inciter au zèle
pour toutes les générations,
alors que la Torah toute entière
est éternelle ? L’opinion de Rabbi
Chim’on est également difficile à
comprendre. Là encore, pourquoi ce
choix de l’holocauste pour inciter au zèle
en cas de risque de perte, alors que de
nombreuses mitsvoth impliquent une perte
financière, par exemple l’ethrog
et beaucoup d’autres (voir Soukah 41b, Bava
Kama 9b, Tossafoth passage qui commence
par Elima), à propos desquelles le
mot tsav n’est pas utilisé. Qu’est-ce
qu’il y a de plus dans l’holocauste que
dans toutes les autres mitsvoth ? [On peut
aussi consulter le Or Ha’haïm sur ce
même verset].
En ce qui me concerne, je vois une difficulté
supplémentaire dans le fait que ce
sont les benei Israël qui supportent
la perte financière impliquée
par les sacrifices. Ce sont eux qui doivent
acheter la bête, pas les cohanim !
Alors pourquoi cet ordre vient-il encourager
Aaron et ses fils ? Il aurait plutôt
fallu dire : « Ordonne aux benei Israël
» !
Pour expliquer ces points à notre
entière satisfaction, souvenons-nous
de l’importance de l’abnégation totale
vis-à-vis de Dieu, qui permet de
mettre en oeuvre des forces cachées
et de vaincre le mauvais penchant. Chaque
mitsvah comporte un élément
d’héroïsme, car le yetser ha-ra
cherche à empêcher l’homme
de l’accomplir (voir Bérakhoth 60b),
ou tout au moins le pousse à ne le
faire que dans le but de promouvoir son
propre intérêt, et non pour
l’amour de la mitsvah. Le verset des Psaumes
« Pour Toi nous subissons chaque jour
la mort » (44, 23) fait allusion à
ce phénomène.
La Guémara (Soukah 52a, Kidouchine
30b) explique que le mauvais penchant domine
l’homme chaque jour et cherche à
le tuer, ainsi qu’il est dit : « Le
méchant observe le juste et cherche
à le tuer » (Psaumes 37, 32).
Si le Saint béni soit-Il ne lui venait
en aide, il ne pourrait jamais vaincre cet
ennemi redoutable, mais le verset promet
que « L’Eternel ne l’abandonnera pas
en sa main » (Ibid. 33). Quand le
mauvais penchant tente de toutes ses forces
de dissuader l’homme d’accomplir les mitsvoth,
celui-ci doit lutter de tout son coeur,
et cela lui vaudra l’aide du Ciel. Comment
arrive-t-on à une pareille ardeur
? En manifestant de l’empressement, comme
le conseille le Tour (Ora’h ‘Haïm par.1).
Yéhouda ben Teima disait déjà
: « Sois audacieux comme le tigre
(...) et brave comme le lion pour faire
la volonté de ton père des
Cieux » (Avoth 5, 23, Avoth Derabbi
Nathan 41, 10). En effet, l’homme doit montrer
la bravoure du lion pour se lever le matin
et se mettre à servir son Créateur;
même si en hiver sa paresse lui souffle
de ne pas bouger par un froid pareil et
autres raisons du même genre, il doit
se lever avec entrain avant l’aurore, ainsi
que le dit le roi David (voir Bérakhoth
1, 1, Bémidbar Rabah 15, 12) : «
Je veux réveiller l’aurore »
(Psaumes 57, 9), c’est moi qui la réveille
et non pas elle qui me réveille.
De tout ce qui a été dit
jusqu’à présent, on voit que
l’empressement est indispensable pour observer
les mitsvoth convenablement, car la paresse
entraîne une déperdition de
la mitsvah (qui constitue une perte). Chacun
doit savoir que s’il accomplit la mitsvah
de toutes façons, mieux vaut pour
lui que ce soit avec toute sa vitalité
et son entrain, sans aucun affaiblissement
provoquant un manque, car cela lui permettra
de se rapprocher du service de Dieu.
Seulement pour parvenir à manifester
une telle ardeur, il faut aussi investir
toutes ses forces dans l’étude de
la Torah, sans quoi il sera impossible d’accomplir
les mitsvoth avec zèle, ainsi qu’il
est écrit : « Si vous vous
conduisez selon mes lois, si vous observez
mes mitsvoth et que vous les exécutez
» (Lévitique 26, 3). Torath
Cohanim explique que dans ce verset, la
première expression désigne
l’étude intensive de la Torah, à
savoir qu’on ne peut en arriver à
observer et exécuter les mitsvoth
que lorsqu’on étudie de tout son
être. Cette forme d’étude mène
au zèle, qui permet à son
tour de vaincre le mauvais penchant et d’accomplir
toutes les mitsvoth à la perfection.
L’essentiel du sacrifice réside en
effet dans l’empressement avec lequel on
l’exécute, de même que pour
toute autre mitsvah.
Cependant, ce dévouement total
accompagné d’une étude soutenue
ne suffit pas encore. On doit y associer
la modestie, idée qui figure en allusion
dans le petit mem du mot mokda (le brasier).
Il faut être humble, et la lettre
mem renvoie aux quarante jours pendant lesquels
la Torah a été donnée
à Moïse (Mena’hot 99b), ainsi
qu’aux quarante jours qu’il a passés
sur le mont Sinaï, ainsi qu’il est
écrit : « Il resta sur cette
montagne quarante jours et quarante nuits
» (Exode 24, 18). Sur la montagne,
il apprenait la Torah le jour et la révisait
la nuit (Chemoth Rabah 47 8). Pourquoi justement
sur le mont Sinaï ? C’est encore un
rappel de l’humilité, car Dieu a
donné la Torah sur la montagne qui
s’était faite petite et basse (Béréchith
Rabah 99, 1, Bémidbar Rabah 14, 17).
Moïse a donc appris cette qualité
du mont Sinaï, et lui-même de
son côté était le plus
humble de tous les hommes (Nombres 12, 3).
La petite taille de ce mem nous donne
deux enseignements. Le premier est une allusion
à l’humilité, qui permet d’acquérir
la Torah (Ta’anith 7a). Le deuxième
réside dans la forme de la lettre
: il s’agit d’un mem ouvert (par opposition
au mem final qui est totalement fermé),
pour nous enseigner qu’il faut être
ouvert aux enseignements, étudier,
accepter, et tout exécuter avec empressement
et dévouement, sans nous laisser
aucunement impressionner par ce qui nous
entoure. Sans oublier de veiller à
ce que les intentions soient pures, et non
entachées du désir des honneurs
ou d’intérêt, comme le dit
la Michnah : « Ne fais pas de la Torah
une pioche pour creuser », et aussi
« Celui qui utilise la couronne [de
la Torah] à ses propres fins est
appelé à disparaître
» (Avoth 4, 7), car quiconque en tire
un profit personnel met en danger sa propre
existence.
Par conséquent, on comprend parfaitement
pourquoi c’est à propos de l’holocauste
qu’il est question d’empressement, dans
l’immédiat et pour toutes les générations,
et pourquoi cet encouragement figure justement
à propos de l’holocauste qui implique
une perte financière : c’est que
le mot holocauste (OLA) est de la même
racine que le mot élévation
(hitALOUt). Dans le même contexte
figure un mem à la fois petit et
ouvert, allusion au dévouement total
et à l’humilité, au zèle
et à l’étude acharnée
de la Torah. Tout cela constitue une élévation,
car c’est de cette façon qu’on arrive
à exécuter les mitsvoth. De
plus, on comprend pourquoi il est dit «
Ordonne à Aaron » et non pas
aux benei Israël : Aaron aimait la
paix, poursuivait la paix, aimait les hommes
et les rapprochait de la Torah (Avoth 1,
12); il exécutait avec empressement
sa tâche de réconcilier les
hommes entre eux (Avoth de Rabbi Nathan
12, 4, Zohar II 88a) de façon telle
qu’ils ne retombent pas dans leur faute.
Toute la Maison d’Israël apprenait
de lui à se comporter en toutes circonstances
avec empressement et dévouement.
A moins de cela il y aurait eu un manque,
surtout dans les mitsvoth entre l’homme
et Dieu.
Puisque nous en sommes arrivés
là, cela va nous permettre de comprendre
le lien entre la parachath Tsav et le Chabath
Hagadol [car la plupart du temps, la parachath
Tsav est lue à Chabath Hagadol],
non sans avoir préalablement posé
quelques questions.
A. Pourquoi les Sages ont-ils appelé
« Chabath Hagadol » le Chabath
qui précède Pessa’h, alors
qu’on sait bien que tous les Chabatoth de
l’année sont saints et grands, ainsi
que nous le chantons le Vendredi soir :
« C’est un jour saint de son arrivée
à son départ ». Qu’est-ce
que ce Chabath-là a donc de particulier
? Certes, les Sages ont expliqué
qu’en ce jour, il a été fait
un miracle aux benei Israël, car ils
n’ont pas hésité à
attacher l’agneau au pied de leur lit, tout
idole des Egyptiens qu’il était,
et que ceux-ci ont eu beau grincer des dents
à ce spectacle, ils ne leur ont fait
aucun mal (Yalkout Chimoni Bo 191, 195).
Mais il faut tout de même rappeler
qu’en Egypte, les benei Israël ont
vu des miracles tous les jours. Pourquoi
donc ne pas avoir fixé un «
grand dimanche », et ainsi de suite
?
B. Il a été dit aux benei
Israël : « Au dixième
jour de ce mois, que chacun se procure un
agneau » (Exode 12, 3). Or ce jour
était un Chabath. Pourquoi fallait-il
donc le prendre précisément
un Chabath ? Pourquoi en outre devait-ce
être le dixième jour du mois
[voir ce que disent à ce sujet Pessa’him
96a, Mekhilta sur ce passage, et Rachi sur
Exode 12, 6, dont les propos sont très
éclairants] ? Le miracle pouvait
certainement avoir lieu n’importe quel jour
!
Essayons maintenant de répondre.
On sait qu’en Egypte, les benei Israël
étaient descendus jusqu’à
la quarante-neuvième porte d’impureté
(Zohar Yitro 39a) et avaient pratiqué
l’idolâtrie (Chemoth Rabah 39a). Pour
qu’ils puissent être sauvés,
Dieu leur a donné l’occasion de gagner
un mérite qu’Il leur compterait,
et qui est la mitsvah de Chabath (en plus
du sang du sacrifice de Pessa’h et de la
circoncision). Ils ont dû l’observer
au péril de leur vie, puisqu’ils
devaient attacher l’agneau à leur
lit, ce qui représentait un acte
d’héroïsme à cause des
Egyptiens. Ce mérite leur permettrait
d’être sauvés. Et ce n’est
pas pour rien qu’ils ont reçu l’ordre
d’attacher l’agneau le dix du mois : c’est
une allusion aux dix paroles qu’ils allaient
recevoir au mont Sinaï. Ainsi, ils
seraient protégés à
la fois par le Chabath et par la Torah.
C’est ce que Dieu voulait faire comprendre
aux benei Israël : la Torah par le
mérite de laquelle ils allaient être
délivrés devait s’acquérir
par un dévouement absolument sans
limites. En l’absence de cette abnégation
et de l’empressement nécessaire,
il y aurait un tel manque qu’ils ne pourraient
pas être sauvés. Il leur a
donc donné le Chabath qu’il faut
beaucoup de courage pour observer, et qui
de plus est considéré comme
aussi important que la totalité de
la Torah et des mitsvoth (voir Bérakhoth
1, 5, Chemoth Rabah 25, 16, Zohar II 89a).
Sa grandeur est par conséquent considérable,
et le Chabath qui précède
Pessa’h s’appelle Chabath Hagadol parce
qu’il inclut la Torah toute entière.
C’est pourquoi une grande abondance pour
tous les Chabatoth de l’année découle
pour chaque juif de ce Chabath particulier.
Tout juif fait preuve de courage pour l’observer
: il ferme sa boutique, risquant ainsi de
grosses pertes, fait confiance à
Dieu, et refuse de se laisser séduire
par les conseils du mauvais penchant. En
agissant de la sorte, il se remplit les
poches de l’abondance de la bénédiction
divine, car on lui ajoute d’En Haut tout
ce qu’il dépense pour Chabath (Beitsah
16b), et la lumière de l’abondance
ne cesse de s’épancher sur lui. Tout
cela parce qu’il a vaincu l’écorce
qui vient recouvrir et obscurcir la sainteté
(voir Zohar I 166b) le dix du mois pour
mériter les dix paroles. Si les benei
Israël n’avaient pas agi, il y aurait
eu un manque profond dans leur service de
Dieu, mais comme ils ont tout fait avec
un immense dévouement et un empressement
extrême, avec humilité et en
s’effaçant devant l’Eternel, ils
ont mérité un grand miracle.
Tout ceci se trouve déjà
en allusion dans le mot SeH (« agneau
»), l’agneau qui a été
pris le dix du mois. Il fait allusion aux
dix paroles, outre le fait qu’il est formé
des premières lettres de Chabath
Hagadol. Or les dernières lettres
de ChabaTH HagadoL forment le mot TaL, de
valeur numérique 430, ce qui correspond
aux 430 ans que les benei Israël ont
passé en Egypte, ainsi qu’il est
écrit : « Le séjour
des benei Israël, depuis qu’ils s’étaient
établis en Egypte, avait été
de 430 ans » (Exode 12, 40). Pendant
toutes ces années, ils avaient été
obligés d’adorer l’agneau égyptien.
Mais quand est venu Chabath Hagadol, ils
sont arrivés à la fin de la
rectification des étincelles de sainteté,
ont pu arrêter d’adorer l’idole des
Egyptiens, et ont en outre mérité
d’offrir l’agneau en sacrifice.
On sait combien la nuit de Pessa’h a
un niveau élevé. Elle s’appelle
leil chimourim (la nuit de protection) (Exode
12, 42), et les Sages ont dit d’elle qu’au
cours de cette nuit-là, les forces
du mal n’ont aucun pouvoir (voir Bava Kama
60a) sur les benei Israël (Pessa’him
109b), et que par conséquent il n’est
pas nécessaire de dire le Keryat
Chema entier avant de s’endormir, il suffit
du premier paragraphe (Rema par. 481, 2).
Cette nuit-là, on peut attirer sur
soi la sainteté et la protection
(chemirah) pour toutes les autres nuits
afin que les forces du mal n’y aient aucun
pouvoir. De plus, le Zohar (III 282b, voir
aussi II, 40a) dit que quiconque se garde
de la moindre trace de ‘hamets à
Pessa’h peut être assuré qu’il
ne commettra aucune faute pendant toute
l’année. Tout cela est dû à
la puissance de cette nuit-là. De
même Chabath Hagadol, qui l’a précédée,
a une importance considérable, car
à ce moment-là les benei Israël
ont reçu deux choses : le Chabath
et la Torah, ce qui aurait pour eux une
influence bénéfique pendant
tous les Chabatoth de l’année. Par
conséquent, si l’on observe soigneusement
ce Chabath-là, Chabath Hagadol, il
en résulte que tout l’éveil
spirituel qu’on porte en soi va demeurer
pendant tous les Chabatoth de l’année.
C’est donc un jour où l’homme doit
se sanctifier particulièrement et
qu’il doit consacrer entièrement
à Dieu. Certes, il se sanctifie tous
les Chabatoth en l’honneur de son Créateur,
mais il en tire également profit
pour lui-même. Par exemple, il reçoit
une âme supplémentaire (Beitsa
16a et Rachi), si bien qu’il mange et boit
davantage. Mais ce Chabath-là, qu’il
le consacre entièrement à
Dieu, qu’il lui sacrifie son mauvais penchant
et tous ses mauvais instincts, avec dévouement
et empressement, alors son lot sera enviable
en ce monde-ci et dans le monde à
venir.
On peut apprendre tout ceci de la fête
de Pessa’h, où nous consacrons toute
la nuit à Dieu. Elle a déjà
été sanctifiée auparavant,
et pourtant nous le faisons de nouveau au
moyen d’une préparation minutieuse,
de la vérification du ‘hamets, de
son annulation, de sa destruction par le
feu (Pessa’him 2a), de la destruction du
Satan, de la klipah (« écorce
opaque ») et des forces du mal. Après
tous ces préparatifs, nous pourrons
ressentir la sainteté de la nuit,
temps de notre liberté, et la klipah
se trouvera soumise pendant toutes les nuits
de l’année, car comme on le sait
sa force se manifeste la nuit (Zohar
II 163b, III 200a). Si elle est vaincue
cette nuit-là, elle le sera à
plus forte raison pendant la journée,
le Chabath Hagadol, car alors la lumière
est grande, et elle se diffuse à
tous les Chabatoth de l’année.
En consacrant à Dieu ce Chabath-là,
nous pourrons rectifier ce que nous avons
abîmé pendant les Chabatoth
de toute l’année, et ce sera également
valable pour ceux qui sont encore à
venir. Il s’agit de la même idée
qu’à la fête de Chemini Atséret
: Arrêtez-vous (Atsrou) devant moi
une journée (Soukah 55b, Sifri Bémidbar
55). Ici : donnez-moi un Chabath qui puisse
rectifier tous les Chabatoth. On obtient
tout cela par le dévouement, l’empressement
et l’humilité. C’est cela «
Ordonne à Aaron », incitation
pour l’immédiat et pour toutes les
générations, afin qu’il n’y
ait aucun manque dans le service de Dieu,
car les mitsvoth doivent être accomplies
avec zèle, humilité et un
immense dévouement.
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