Mausolee de Rabbi Haim Pinto
Sous l'égide de Rabbi David Hanania Pinto Chelita, petit fils du saint et vénéré Rabbi Haïm Pinto Zatsal




PARACHAT CHEMINI : 5eme Partie

 

 A l’Eternel exclusivement... l’unité, la destruction du mauvais penchant et l’effacement devant le tsaddik

 

 

Il est écrit : « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la et la gloire du Seigneur vous apparaîtra » (Lévitique 9, 6). Or ce verset n’explique nullement ce qu’il faut faire ! Le Or Ha’haïm cite à ce propos l’explication du Yalkout : « Faites sortir de vos coeurs le mauvais penchant et soyez tous unis dans la même décision et dans la même crainte, pour servir Dieu ».

Encore faut-il expliquer ce que dit ce midrash. Le yetser hara (mauvais penchant) que Moïse leur dit de faire sortir de leur cœur n’apparaît pas dans le verset, même en allusion. Pourquoi en outre leur aurait-il tenu ce discours le huitième jour plutôt qu’à n’importe quel autre moment ? Il faudrait enfin comprendre le verset : « Toute la communauté s’approcha et se tint debout devant l’Eternel » (Lévitique 9, 5). Pourquoi à ce moment précis et non auparavant ?

L’explication suivante recouvre tous ces points. On sait que pendant les sept jours de l’inauguration, Moïse dressait le Sanctuaire tous les jours puis le démontait (Bemidbar Rabah 12, 11), parce que la Chekhinah n’y était pas encore descendue. Or Moïse n’était-il pas prophète (Deutéronome 34, 10) et père de tous les prophètes (Vayikra Rabah 1, 15) ? Cela aurait dû lui permettre de connaître le moment où la présence divine descendrait et lui éviter cette fatigue quotidienne ! En réalité, il voulait enseigner par là aux benei Israël que le sanctuaire représente le corps de l’homme, ainsi qu’il est écrit : « Faites-moi un sanctuaire et je résiderai parmi vous » (Exode 25, 8), ou encore « Qui réside avec eux parmi leurs souillures » (Lévitique 16, 16). De même que dans le sanctuaire il y a des instruments destinés à servir l’Eternel, l’homme possède toute une variété de membres destinés au service de Dieu, dont il doit faire usage tous les jours, et particulièrement le Chabath, en Son honneur, car c’est par l’intermédiaire du Chabath que les six autres jours reçoivent la bénédiction (Zohar II, 88a).

Quand l’homme se réveille le matin, il doit montrer le courage d’un lion pour servir son Créateur (Choul’han Aroukh Ora’h ‘Haïm 1, 1), se conduisant avec ferveur et enthousiasme comme une créature nouvelle pour faire la volonté de son maître. Il doit aussi garder toutes ses pensées fixées en Lui, dans la joie que son intelligence lui soit rendue chaque matin, comme l’écrit le Arizal à propos du verset : « Elles se renouvellent chaque matin, grande est Ta fidélité » (Lamentations 3, 23). Cela signifie que le matin, les Intelligences se renouvellent, alors que la nuit elles se reposent. Par conséquent, pendant la nuit l’homme doit faire de grands efforts pour se détacher de tout ce qui s’est fixé à lui pendant la journée, afin de pouvoir le lendemain se lever avec encore plus d’enthousiasme, de force et d’énergie que la veille, et ainsi chaque jour jusqu’au Chabath. Voilà ce que Moïse voulait faire comprendre aux benei Israël : pour mériter d’arriver au huitième jour, qui est au-delà de la nature (comme dans le verset : « Donne une part au sept, et aussi au huit » (Ecclésiaste 11, 2)), il faut beaucoup travailler tous les jours de la semaine. Et ainsi, par le pouvoir du Chabath qui englobe le travail accompli pendant toute la semaine, une très grande sainteté s’accumule en l’homme le huitième jour, au-delà de la nature. Ce jour-là précède toute la Création.

voilà pourquoi Moïse n’a donné cet ordre que le huitième jour. De même, nous n’avons reçu l’ordre de la circoncision que le huitième jour, ainsi qu’il est écrit : « Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant » (Lévitique 12, 3). En effet, au moment de la circoncision, les benei Israël se rattachent au huitième jour, qui est au-delà de la nature. Or la préparation du père fait partie du compte des huit jours non seulement pour son fils, mais aussi pour lui-même rétrospectivement (à propos du « hara’haman » qu’on dit pendant la circoncision, certains auteurs font la remarque suivante : « à partir du huitième jour son sang sera considéré avec bienveillance», c’est le sang du père...). On connaît la Guemara selon laquelle le monde à venir a été créé avec la lettre yod (et ce monde-ci avec la lettre hé) (Mena’hoth 29b). C’est là toute l’idée du huitième jour, dont les Sages ont dit qu’il a pris pour lui dix couronnes (valeur numérique de yod) (Chabath 87b). En effet, à ce moment-là les benei Israël sont devenus plus capables de se rapprocher de Dieu et d’atteindre le niveau du monde à venir que pendant les autres jours. Comme il se trouvaient alors au-delà de la nature, leurs forces et leur intelligence se sont également revivifiées plus que pendant tous les jours de la semaine, y compris Chabath. Comment cela ? Par la fidélité à l’alliance de la circoncision. L’expression « Quand on fut (VaYéHi) au huitième jour » (Lévitique 9, 1), dont nos Sages ont affirmé qu’elle dénotait une tristesse, fait allusion au fait que si l’homme ne se renouvelle pas chaque jour, et tout particulièrement le huitième, qui est au-delà de tout calcul, cela provoque une tristesse en haut.

Et puisque nous somme arrivés jusque là, nous comprendrons pourquoi Moïse s’est adressé en ces termes aux benei Israël justement le huitième jour. C’est que ce jour-là, il y a une plus grande difficulté à se tenir attaché à la lumière de l’inexprimable infini, car on ne peut plus se contenter de se rapprocher de Dieu, il faut aller jusqu'à extirper du cœur le principal obstacle, à savoir le mauvais penchant. Le fait que le verset : « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel » suive immédiatement « Toute la communauté s’approcha, et se tint debout devant l’Eternel » signifie que si l’on veut vraiment être proche de Dieu et se tenir devant Lui, il faut absolument faire sortir du cœur le mauvais penchant, car il est rusé et peut faire sentir à l’homme qu’il se consacre au service de Dieu, tout en restant profondément caché à l’intérieur de lui (Bérakhoth 61a, Soukah 52b).

Par conséquent, tout homme doit pendant toute la semaine se faire le serviteur de Dieu pour arriver au niveau du « huit » qui dépasse tout calcul et se relier à la sainteté de la circoncision. Il doit sans cesse vérifier si son cœur est vraiment rempli de la crainte de Dieu, où s’il se l’imagine seulement. C’est pourquoi Moïse a attendu le huitième jour pour dire « Voici la chose etc. », afin que dans le service de Dieu, le cœur des benei Israël soit toujours en accord avec leur bouche (Teroumoth ch. 3, 8, Pessa’him 63a), et qu’ils partagent la même décision. Le Zohar (II 82b) appelle les mitsvoth des conseils (ou décisions), car elles indiquent à l’homme la façon de se conduire pour qu’il y ait affinité entre leur bouche et leur cœur (Pessa’him 113a). Il s’agit ici de vérifier si le mauvais penchant reste caché au fond du cœur, au moyen d’une étude véritable de la Torah, dans l’effort. Il s’agit en outre d’être comme un seul homme, de constituer une unité, et alors les benei Israël seront sauvés (Tan’houma Nitsavim 1), alors qu’en l’absence d’unité, ni la Torah ni aucun conseil ne seront d’une utilité quelconque. Pour y parvenir, il suffit que chacun s’efface devant son prochain, ainsi qu’il est écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18). Les benei Israël ressemblent alors à un seul fagot de joncs, et personne ne peut plus rien contre eux (Yalkout Chimoni Nitsavim 1160). C’est la seule façon d’acquérir une nouvelle intelligence et des forces neuves au service du Seigneur, chaque jour, chaque semaine et chaque année, jusqu’au jour de la mort, car il est écrit : « En cas de force, quatre-vingts ans (Psaumes 90, 10)), c’est la force nécessaire pour vaincre le mauvais penchant. « Quatre-vingts ans est l’âge des forces », dit aussi la Michnah (Avoth 5, 21), ces forces qui permettent d’arriver au niveau du huit, au-dessus de la nature et de tout calcul.

Quand les benei Israël ont entendu cela, ils ont réussi à vraiment se rapprocher de Dieu le huitième jour, car ils ont reçu des forces neuves. Or nous avons déjà expliqué ailleurs la grandeur du septième jour de Pessa’h, et le huitième jour vient encore le compléter, car tout est dans le huit. Il est écrit à propos du sacrifice de Pessa’h qu’un homme incirconcis ne doit pas en manger (Exode 12, 48), car la circoncision symbolise l’excision du mauvais penchant, et celui qui ne l’a pas subie n’a pas la sainteté du huitième jour. Si l’on veut se rapprocher de Dieu, il faut faire sortir le yetser hara du cœur, ce qui permet de s’élever.

 

Le ‘hamets et la matsah - annulation du yetser ha-ra

A cause de nos nombreux péchés, nous voyons aujourd’hui beaucoup de gens qui se lèvent avant le jour pour étudier et relient le jour et la nuit par la Torah (Michnah Berourah par 1, al. 2), mais qui à la synagogue avalent leur prière, bavardent, prient sans concentration et lisent le Chema sans penser à ce qu’ils disent, ce qui en principe oblige à recommencer cette lecture (Choul’han Aroukh Ora’h ‘Haïm 60, 5). En effet, le principal n’est pas de se rapprocher de Dieu mais d’arracher le mauvais penchant du cœur, par l’étude de la Torah et l’effacement envers le prochain, pour que tous les benei Israël forment un seul ensemble dans l’accomplissement des mitsvoth, que ce soit vis-à-vis du prochain ou vis-à-vis de Dieu. C’est cela l’essentiel du service de l’homme, comme l’affirme le midrash que nous avons déjà cité : « Soyez tous unis dans la même décision et dans la même crainte, pour servir Dieu ».

Il convient de citer ici les saintes paroles que j’ai lues dans le Beit Israël du Admor de Gour (Chemini 712, 1) : « Le premier Chabath après Pessa’h, il faut se raffermir, et on en retirera de la force pour toute l’année, car Pessa’h est le temps du salut de l’âme, qui est l’annulation du mauvais penchant. Le ‘Hidouchei Harim explique qu’à partir de la sixième heure et au-delà, le ‘hamets n’est plus sous notre contrôle (Pessa’him 6b). Or ce qui n’est habituellement plus sous le contrôle de l’homme, parce que le mauvais penchant le domine, à Pessa’h tout le monde peut le maîtriser. C’est ainsi que même les membres qu’on ne domine pas habituellement peuvent passer sous notre contrôle. »

Cela signifie que nous devons travailler dur pendant Pessa’h pour vaincre le mauvais penchant et l’annuler pour toute l’année, et aussi que le principal est de continuer dans cette voie de sainteté après Pessa’h, le huitième jour du Omer, qui est au-dessus de la nature. Le premier Chabath qui suit Pessa’h, il faut faire un effort tout particulier et ressentir la nostalgie des jours de Pessa’h. Par cet éveil d’en bas, on s’attirera ainsi un éveil d’en haut (Zohar I, 88b) pour toute l’année. Ce n’est pas par hasard qu’on lit souvent la parachat Chemini immédiatement après Pessa’h, car Chemini (« huitième ») fait allusion au Chabath qui suit Pessa’h, ce qui est d’une grande importance.

Expliquons de quoi il s’agit. Pendant ce Chabath, l’homme doit éveiller en lui le service des sept jours de la fête, jours d’annulation du ‘hamets et du levain qui est dans la pâte, symbole du mauvais penchant (Bérakhoth 17a). A Pessa’h, chacun peut apprendre à se faire tout petit, comme la matsah qui est fine et sans levain. Pour arriver à cet effacement total du moi, il faut travailler sur ses instincts, c’est pourquoi l’on mange de la matsah chemourah faite à la main, qui évoque le travail physique nécessaire à l’annulation du ‘hamets. J’ai déjà expliqué que la différence entre le ‘hamets et la matsah est de trois (la valeur numérique de « ‘hamets » est supérieure de trois à celle de « matsah »). Il s’agit des trois défauts qui font sortir l’homme du monde, la jalousie, le désir et la vanité (Avoth 4, 21), et qui le font aussi fermenter. Au moment de Pessa’h, le service de Dieu consiste essentiellement à travailler sur soi-même pour annuler ces trois défauts-là. Or quand on ne mange pas de ‘hamets, on peut améliorer son caractère et le transformer de ‘hamets en matsah. On mérite ainsi d’arriver à la maîtrise du mauvais penchant qui se trouve dans le cœur et cherche à faire trébucher l’homme, sans oublier que s’il s’agit d’un talmid ‘hakham, il est plus puissant encore que chez quelqu’un d’autre (Soukah 52a). On obtient tout cela par l’effort accompli au cours des sept jours de Pessa’h. Si l’on sert Dieu de cette façon, on annule le yetser hara, et l’on redevient semblable à un enfant qui vient de naître, comme l’a écrit le Arizal (consulter notre article sur le septième jour de Pessa’h).

Il reste toutefois à expliquer comment, si l’homme se transforme à Pessa’h de ‘hamets en matsah en annihilant ses défauts comme préparation au huitième jour, il peut ensuite recommencer à manger le ‘hamets qui fait allusion au yetser hara. Or, parmi les défauts, il y a le mal fait à autrui, qui n’est pas pardonné le jour de Kippour avant qu’on ait obtenu le pardon de l’autre (Yoma 85b), par conséquent comment peut-on, du moins en apparence, revenir en arrière ?

C’est qu’une fois que l’homme s’est amélioré en se transformant à Pessa’h de ‘hamets en matsah, annulant même ses tendances à la jalousie, au désir et à la vanité, il relève de Pessa’h, qu’on peut aussi lire peh sa’h (« la bouche qui parle ») : il parle avec naturel et se conduit avec droiture devant l’Eternel. Il parvient alors à un niveau tellement élevé que, même s’il est plus tard de nouveau tenté par la jalousie, le désir et la vanité, il ne s’en rapproche pas, comme l’arbre de la connaissance du bien et du mal dont il est interdit de manger (Genèse 2, 17). Si à Pessa’h on s’éloigne du ‘hamets - c’est-à-dire de ses défauts, et qu’on annule le mauvais penchant, il est certain qu’on en restera éloigné après Pessa’h, et que ces défauts n’adhéreront plus à la personne et n’auront plus aucune influence sur elle.

Il y a plus. La personne en question peut dire, en suivant le conseil des Sages (Sanhédrin 37a) que le monde entier n’a été créé que pour elle. En effet, la création n’a pas d’autre but (Bérakhoth 6b), car l’expression Béréchith (« Au commencement ») est interprétée comme signifiant : Pour Israël, qui s’appelle « réchith », les prémices de la récolte de Dieu (Jérémie 2, 3). D’un autre côté, on est justifié à se dire : « Qui suis-je pour que le monde soit créé pour moi ? », ce qui mènera à une attitude d’effacement et d’humilité. Cet apparent paradoxe exige de l’homme un énorme investissement, car s’il pense uniquement que le monde a été créé pour lui, il risque de s’étonner à l’idée de trouver quelqu’un d’autre dans son monde privé... ce qu’il doit savoir, c’est que toutes les créatures lui appartiennent pour qu’il en prenne soin, et que s’il provoque des dégâts, c’est à lui-même qu’il nuit. Il n’a donc pas lieu de s’enorgueillir aux dépens de qui que soit ni à en être jaloux, ce qui reviendrait à se conférer des honneurs à soi-même ou à être jaloux de soi-même ! Par conséquent, dès qu’il y réfléchira, ces mauvais instincts le quitteront et il ressemblera à la matsah tous les jours de l’année.

Ce qu’écrit à ce propos le Admor de Zanz-Kleusenbourg est si merveilleux que j’éprouve le besoin de le citer : « Nous voyons des gens qui prennent sur eux d’étudier la Torah et de faire la volonté du Créateur, et qui s’y emploient au début avec grand enthousiasme, mais il s’avère en fin de compte qu’ils n’ont pas réussi, ce qui est très surprenant. La Guemara ne dit-elle pas : « Celui qui veut se purifier, on l’aide » ? Or ils sont de ceux qui disent : « Je vais me lever tôt pour étudier » (Nédarim 8a), alors pourquoi cet échec ? On peut aussi s’étonner de ce qu’ont dit les Sages : « La pensée a une influence même sur l’étude de la Torah » (Sanhédrin 26b), ce que Rachi explique ainsi : « Les soucis que l’homme se fait pour sa subsistance lui font oublier ce qu’il a appris ». Pourquoi en serait-il ainsi, puisque cela semble fermer la porte à ceux qui voudraient étudier ?

Mais à la réflexion, on s’aperçoit que tous ceux qui désirent étudier et faire la volonté du Créateur disent en réalité : moi je vais étudier, moi je vais me repentir, etc. Or celui qui dit « moi je » est disqualifié dès le départ. En effet, qui es-tu donc et que vaut ta vie, toi qui te diriges vers un lieu de poussière et de vermine et qui proviens d’une matière fétide ? (voir Avoth 3, 1). Quand l’homme veut étudier ou se repentir, il ne doit pas agir seul, mais s’intégrer à la communauté d’Israël pour demander à Dieu d’avoir pitié de lui. Seul, on est totalement impuissant. A l’intérieur de la communauté, on peut tout. C’est pourquoi nous disons dans la prière : « Fais-nous revenir, notre père, à Ta Torah, et rapproche-nous, notre roi, de Ton service » plutôt que « fais-moi revenir, rapproche-moi » au singulier : c’est uniquement en tant que membre de la communauté qu’on a une chance de réussir. »

Nous avons déjà souvent rencontré ce « Je » à propos de Dieu, par exemple : « Je suis l’Eternel votre Dieu qui vous a fait sortir du pays d’Egypte » (Nombres 15, 31), « Je suis Dieu qui vous sanctifie » (Exode 31, 13), « Et Je passerai dans le pays d’Egypte cette nuit-là » (Ibid. 12, 12), Moi-même et non un ange, Moi-même et non un séraphin (Yalkout Chimoni Chemoth 199), car l’Eternel est le seul à pouvoir dire « Je ». C’est à Lui et à personne d’autre que convient la fierté, comme le dit le verset : « L’Eternel règne, il est revêtu de fierté » (Psaumes 93, 1). Dieu dit d’un homme orgueilleux : « Lui et Moi ne pouvons pas cohabiter » (Sotah 8a, Arakhin 15b), si bien qu’il lui sera totalement impossible de s’élever dans le service de Dieu ni de se rapprocher de Lui le moins du monde.

L’homme se trouve donc placé devant un paradoxe : d’une part, il doit avoir le sentiment de sa propre importance au point de proclamer : « le monde a été créé pour moi », et d’autre part ne jamais oublier qu’il n’est rien d’autre qu’une malheureuse goutte fétide et qu’il lui siérait mal de dire « moi, je ». En y réfléchissant, il va tout faire pour éliminer son égocentrisme afin de servir Dieu d’une seule crainte et d’une seule intention. Le meilleur moment pour ce faire se situe précisément après le septième jour de Pessa’h, quand il ne lui reste plus aucun ‘hamets dans le cœur.

C’est le sens des paroles de Hillel l’Ancien : « Si je n’agis pas pour moi-même, qui le fera ? » (Avoth 1, 14), car l’homme doit beaucoup travailler sur ce « moi », pour lequel le monde a été créé. C’est même sa tâche ici-bas : d’une part être conscient de son immense importance, et d’autre part considérer sa propre insignifiance afin de ne pas tomber dans l’orgueil, car « Quiconque s’enorgueillit dans son cœur est en horreur à l’Eternel » (Proverbes 16, 5), étant donné qu’en réalité il n’est absolument rien (« Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3, 19)) et doit donc s’effacer totalement devant les autres. Ainsi l’ordre de Moïse : « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la et la gloire du Seigneur vous apparaîtra », ne s’applique que si les benei Israël forment un seul bloc, chacun se préoccupant du prochain. Alors seulement ils pourront vraiment se rapprocher de Dieu, se rattacher à Lui et se trouver ensemble à proximité de Lui.

On trouve la même idée à propos d’Aaron : Quand il est entré pour offrir un sacrifice le huitième jour, il a attendu, et ni la présence divine ni le feu ne sont descendus. Il a dit à Moïse : Cela doit être à cause de moi, parce que j’ai péché dans l’épisode du Veau d’Or (Tan’houma fin de Tetsavé). Comment Aaron, qui a reçu l’onction du Grand Prêtre et qui a été choisi par Dieu, peut-il avoir de telles idées sur lui-même ? C’est que comme nous l’avons dit, il était à un niveau extrêmement élevé. Il était le saint de Dieu et le juste sur qui le monde repose (Proverbes 10, 25), la Nuée de gloire protégeait Israël par son mérite (Ta’anith 9a), et pourtant il s’est effacé comme s’il n’était absolument rien, en se disant que la Chekhinah ne descendait peut-être pas sur Israël par sa faute. Or n’oublions pas qu’au moment de cet épisode, il avait eu uniquement l’intention de servir l’Eternel. Il a dit : « C’est une fête pour Dieu demain », pour Dieu et non pas pour le Veau (Vayikra Rabah 10, 3). Pourtant il s’est attribué toute la responsabilité de l’échec, afin de ne pas médire des benei Israël. De plus, il est ensuite sorti pour bénir le peuple (Lévitique 9, 23), et de quelle bénédiction ? « Que la Chekhinah repose sur les œuvres de vos mains, et que la bienveillance de l’Eternel notre Dieu soit sur nous » (Yalkout Chimoni Chemoth 117, Rachi, Targoum Yonathan). Il a fait descendre la Chekhinah par ses actes, mais a dit aux benei Israël : « Que la Chekhinah repose sur l’œuvre de vos mains » ! Cela montre bien son effacement total vis-à-vis d’eux : il se considère comme faisant partie de toute la communauté d’Israël, donc il leur dit que la Chekhinah résidera dans le Sanctuaire par leur mérite. C’est cela le huitième jour, une attitude faite d’humilité et d’effacement qui dépasse la nature.

Ainsi : « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la et la gloire du Seigneur vous apparaîtra » (Lévitique 9, 7), car quand l’homme fait sortir de son cœur tous ses intérêts particuliers et s’efface totalement devant son prochain, Dieu apparaît à Israël. C’est ce que faisait Aaron : il ajoutait encore à son service et faisait des barrières pour la Torah (Avoth 1, 1), comme les ‘hassidim des premiers temps qui se mortifiaient (voir Béréchith Rabah 62b) et s’éloignaient même de ce qui est permis, en suivant le précepte « Tu mangeras du pain trempé dans le sel » (Avoth7, 4, Tana Debei Eliahou Zoutah 17), dans la modestie et l’effacement (or la valeur numérique de Path baméla’h toukhal (« Tu mangeras du pain trempé dans le sel ») est la même que celle de Hi anavah véhitbatlouth (« C’est l’humilité et l’effacement de soi »)). De cette façon, au moyen de cet effacement, on extirpe le mauvais penchant du cœur et l’on parvient à une véritable crainte de Dieu.

Ce que nous avons dit jusqu'à présent va nous permettre de comprendre qu’il en va de même pour Nadav et Avihou. « Ils apportèrent devant Dieu un feu étranger qu’Il ne leur avait pas ordonné » (Lévitique 10, 1) signifie que le service de tout homme consiste à tuer son moi et à l’apporter en sacrifice, même en ce qui touche des sujets que la Torah ne mentionne pas. « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la et la gloire du Seigneur vous apparaîtra », à ce moment-là même ce qui n’est pas écrit deviendra aussi clair qu’un ordre et on l’exécutera. De quoi s’agit-il ? De se sanctifier dans ce qui est permis (Yébamoth 20a), ce qui est la voie de la grande piété. Mais tout cela n’est possible que le huitième jour, quand on se trouve au-dessus de la nature et des calculs humains, car il faut un travail considérable pour s’effacer soi-même et combattre ses défauts au point d’exécuter même ce qui n’a pas été ordonné, jusqu'à donner sa vie par amour de Dieu. Le roi Salomon dit : « Tout le travail de l’homme est dans sa bouche » (Ecclésiaste 6, 7), et c’est dans ce domaine qu’il doit s’investir. A ce propos, dans la parachat Chemini, le Zohar (III, 27a) écrit qu’Aaron avait reçu l’ordre d’apporter un veau pour réparer la faute du Veau d’Or (or le veau est fils de la vache, et il évoque la dimension du huit, car on ne peut pas le sacrifier avant le huitième jour), afin que cet acte accompli en bas éveille un acte en haut. C’est cela « accomplissez-la » : l’acte d’Aaron aide les benei Israël à être accomplis en tout, dans la bouche et le cœur, pour atteindre la perfection.

Ce que nous venons de dire explique parfaitement l’expression : « Tout le travail de l’homme est dans sa bouche ». Dans sa bouche littéralement, car la bouche de l’homme témoigne qu’il est bon, droit et craignant Dieu, alors que son cœur est loin de donner la même assurance : il a une chose dans la bouche et une autre dans le cœur (Pessa’him 113b). Or ce n’est pas ainsi que doit se comporter celui qui veut monter à la maison du Seigneur, bien au contraire. « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel », il s’agit d’extirper le mauvais penchant du cœur, pour que le cœur soit lui aussi bon et droit devant Dieu, en accord avec la bouche (Teroumoth 83 8, Pessa’him 63a). C’est précisément cela qu’a écrit le Admor d’Alexander sur le sujet qui nous occupe, dans Ysma’h Israël :

« Ce passage de Torath Cohanim (« Faites sortir de vos coeurs ce mauvais penchant, etc. »), signifie : « Vous devez tous avoir les mêmes intentions et la même crainte du ciel », car il est écrit auparavant « toute la communauté s’est rapprochée », et aussi « aujourd’hui Dieu va se montrer à vous ». On voit donc que les benei Israël s’étaient rapprochés de Dieu avec un attachement extraordinaire et une concentration intense, c’est pourquoi Moïse leur a dit que toute la faute du Veau d’Or était due à un manque de foi, parce qu’il leur manquait un jour de la lumière de la face de Moïse, comme l’a écrit le Rabbi de Varka en ce qui concerne la vache rousse (voir ce qui est écrit dans Bemidbar Rabah 19, 4 : « Vienne la mère, et elle enlèvera les saletés faites par son fils »). Ils devaient donc éviter de se comporter hautainement, car quand la lumière leur manquait, ils en arrivaient à des erreurs graves. Il fallait faire la chose qu’avait ordonnée Dieu, avec une foi simple et parfaite, comme un ordre du Seigneur inscrit dans le cœur.

Le principal est donc d’obéir à un ordre, et non de donner les apparences de la sagesse tout en ayant l’intention de n’en faire qu’à sa tête. Ce sujet est également traité par le Admor de Gour dans Beit Israël sur notre parachah (Année 5711, chapitre 3) : « Le texte ne précise pas quelle est la chose ordonnée par Dieu, mais spécifie à propos de Nadav et Avihou qu’ils ont fait quelque chose qui ne leur avait pas été ordonné.

Le Sefat Emet au nom du ‘Hidouchei Harim y voit matière à un raisonnement a fortiori : Si eux qui étaient saints et ont agi par amour pour Dieu, en faisant simplement quelque chose dont ils n’avaient pas reçu l’ordre, ont atteint un tel niveau, à plus forte raison celui qui obéit à un ordre de Dieu sans en connaître la raison a une grande importance à Ses yeux. Si Moïse leur a dit : « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel », c’est parce que celui qui sert Dieu se trouve dans l’ombre au début, il ne ressent rien. Il doit avant tout se raffermir, et ensuite « la gloire du Seigneur vous apparaîtra ». La même chose s’applique au verset « Approche-toi de l’autel » (Lévitique 9, 7). Aaron ne voyait pas la lumière à cause de la faute du Veau d’Or, alors Moïse lui a dit de s’approcher sans y prêter attention. C’est un enseignement pour toutes les générations. En effet il y a véritablement une sainteté cachée chez les benei Israël, mais l’obscurité est grande, et c’est seulement en recevant un ordre qu’ils vont pouvoir s’approcher. Le principal est de se comporter avec modestie, comme Aaron qui avait honte [Moïse lui a dit : Pourquoi as-tu honte, c’est pour cela que tu as été choisi (Torath Cohanim Chemini), à cause de ta modestie]. Les benei Israël ont obéi, et tout le peuple a vu, a poussé des cris de joie et s’est prosterné (Lévitique 9, 24), tout cela grâce à sa retenue. Toutes les générations doivent en apprendre que sans ordre de Dieu il est impossible de subsister. Nadav et Avihou étaient de très grands hommes, puisqu’il est dit « Je me sanctifierai par mes proches » (Ibid. 10, 3), et cependant ils ont disparu. »

Après avoir cité tout ce passage, j’ai réfléchi sur la perfidie du mauvais penchant, qui pousse l’homme à s’imaginer qu’il est dans la voie de la vérité, y compris lorsqu’il s’oppose à des principes de base de la Torah. C’est cela : « Voici la chose », il faut que l’acte soit conforme à la pensée et l’on doit s’assurer que tout ne provient pas du mauvais penchant, même si l’on a une impression de très grande proximité de Dieu, car c’est la façon dont le Satan attire l’homme.

L’homme doit considérer qu’il est le seul coupable, qu’il est la cause des décrets sévères qui s’abattent sur le monde, pour s’efforcer de tout réparer. Même si ce n’est pas vraiment le cas, cela l’empêchera de se croire juste et droit ou de penser que le monde entier lui appartient, ce qui ouvrirait la voie à l’orgueil. Quand Aaron est entré dans le Sanctuaire et que la Chekhinah n’est pas descendue, il a dit à Moïse : « C’est peut-être à cause de la faute du Veau d’Or ». Il défendait Israël et se tenait rigueur à lui-même. Or quiconque prie pour autrui est exaucé en premier (Baba Kama 92a), il a donc décidé de lui-même que tout était à cause d’Israël, et que la Chekhinah résidait sur l’œuvre de leurs mains à eux, c’est pourquoi il a également béni le peuple, et a si bien réussi que quand il l’a fait, les cataractes du ciel se sont ouvertes et la présence divine est descendue sur le Sanctuaire.

On peut également expliquer que dans « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel, faites-la », l’accent est mis sur le « faire », comme dans « le temps est venu d’agir [de faire] pour l’Eternel » (Psaumes 119, 126). L’homme doit être entièrement tourné vers Dieu, toutes ses pensées façonnées uniquement pour Lui, c’est pourquoi « faites-la », il ne suffit pas d’être attaché à Dieu et de se rapprocher de Lui, il faut effectivement agir avec perfection, sans aucune défectuosité. L’homme qui se conduit ainsi est digne que Dieu se révèle à lui, et il ressentira Sa présence en tous lieux jusqu’au jour de sa mort. Cela rappelle ce qu’ont dit les Sages à propos du verset : « Tout mâle se fera voir » Exode 23, 17), à savoir qu’on se fait voir et aussi qu’on voit, car Dieu se montre à lui, mais pour tout cela il faut une profonde humilité et un grand effacement de soi, conditions indispensables à la révélation de la gloire divine.

Dans le même ordre d’idées, on peut expliquer ainsi ce qui s’est passé pour les benei Israël. Au moment où ils sont sortis d’Egypte, ils se sont élevés et sont arrivés au plus haut niveau spirituel, au point de voir sur la mer des miracles et des merveilles plus considérables que tout ce qu’ont vu les prophètes (Mekhilta Béchala’h 15b), et ils ont pu dire : « Voici mon Dieu , je lui rends hommage » (Ibid.). Comment est-il donc concevable qu’il leur ait encore fallu quarante-neuf jours pour se purifier et se détacher des quarante-neuf degrés d’impureté où ils étaient plongés (Zohar Ytro 39a) ? La raison en est qu’ils ne s’étaient élevés que vers l’extérieur, alors que l’essentiel est ce qui se passe à l’intérieur du cœur, là où le mauvais penchant peut encore résider. Et de fait, ils étaient encore imprégnés des défauts acquis en Egypte. Dieu leur a donc montré des miracles afin que cela les aide à accepter de travailler pour purifier leur intériorité. D’un côté, ils étaient vraiment au-dessus de la nature quand ils sont sortis d’Egypte, au niveau du « huitième jour », au-dessus de tout nombre et calcul, mais de l’autre, le mauvais penchant habitait encore l’intérieur de leur cœur. Il trompe l’homme en lui faisant croire qu’il est un grand tsaddik et qu’il est arrivé au niveau du « huit », alors que lui, le mauvais penchant, est resté à l’intérieur, si bien que toute la progression de l’homme n’a servi à rien. C’est pourquoi il est écrit « Voici (zeh) la chose », zeh ayant la valeur numérique de douze, car il fallait inclure les douze tribus, tout le peuple d’Israël, ce qui demandait une préparation de quarante-neuf jours, valeur numérique de midah (« trait de caractère »). Cela signifie qu’il fallait purifier les mauvaises midoth qui étaient restées à l’intérieur du cœur.

Ce n’est pas en vain que Moïse a donné aux benei Israël trois jours de préparation avant le don de la Torah, ainsi qu’il est écrit : « Tenez-vous prêts pour le troisième jour » (Exode 19, 15), ou encore « Tu maintiendras le peuple tout autour » (Ibid. 12). Il fallait qu’ils se préparent encore plus, car plus le moment approche plus l’enthousiasme risque de faire trébucher l’homme en le poussant à enfreindre l’interdiction d’ajouter quoi que ce soit à un ordre de Dieu. Moïse les a donc prévenus de ne pas chercher à entreprendre autre chose  pour apporter des améliorations, mais de les apporter là où ils se trouvaient, car c’est une tentation fréquente de vouloir réparer ce qui n’a jamais été abîmé alors que les fautes réelles restent bien en place. Ici aussi, le huitième jour Moïse a ordonné aux benei Israël de déraciner complètement le mauvais penchant, car il se pouvait qu’il y ait encore un très léger défaut qu’ils ne ressentaient pas, et qui ne les empêchait pas d’éprouver un sentiment d’élévation. Une fois qu’il serait totalement extirpé, ils pourraient s’élever véritablement, se rapprocher de Dieu, la Chekhinah descendrait du ciel pour résider dans le Sanctuaire, et ils seraient bénis dans tout ce qu’ils entreprendraient.

 

L’effacement devant le tsaddik

En approfondissant le sujet, on s’aperçoit qu’il y a ici une allusion au fait de s’attacher au tsaddik en s’effaçant devant lui, afin qu’il épanche sur nous des bénédictions en provenance du Ciel pour nous permettre de nous élever et de nous rapprocher de Dieu.

On sait que Lag Baomer est le jour de la Hilloula du saint Tanna Rabbi Chimon bar Yo’haï (Zohar III 127b, 296b, Birkei Yossef Ora’h ‘Haïm 493, 4), qui est enterré à Méron, d’où il nous envoie son rayonnement bénéfique [le présent article a été écrit par l’auteur CHeLITA le jour même de Lag Baomer]. Quelques jours avant, le 14 Iyar, Pessa’h Chéni, est le jour de la Hilloula du Tanna Rabbi Méïr Ba’al Haness. N’est-il pas surprenant que la Hilloula de ces deux grands Tannaïm se situe avant le jour du don de la Torah ?

Voici les réflexions que je me suis faites à ce propos. Pendant le Omer, nous nous préparons à recevoir le jour de Chavouoth à la fois la Torah écrite et la Torah orale. Les deux sont intimement liées, et quiconque rejette l’une d’elles, c’est comme s’il rejetait toutes les mitsvoth pour pratiquer l’idolâtrie (Kidouchin 40a, Sifri Chela’h 15, 22). L’homme doit par conséquent épouser les deux et se relier à elles, sans tenir compte des impies qui ne croient qu’à la Torah écrite. Or il faut une force considérable pour être parfait dans la préparation au don de la Torah. On l’obtient au moment où l’on se relie au tsaddik, qui est la base du monde (d’après Proverbes 10, 25). A ce moment-là, le jour de Chavouoth on accepte la Torah avec perfection, de tout son cœur et de toute son âme, dans la joie, sans aucune arrière-pensée ni mauvaise pensée, car le tsaddik nous fait profiter de toute son influence.

C’est pourquoi l’homme doit s’attacher au tsaddik de sa génération, qui est semblable à un saint rouleau de la Torah sans cesse relié à Dieu. Par sa personnalité et par la Torah qu’il enseigne, il mène son disciple à confesser ses fautes, si bien que son cœur se brise en lui et que le mauvais penchant le quitte. C’est le sens du verset : « Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la » : le huitième jour les benei Israël voulaient se rapprocher de Dieu, alors Moïse leur a dit que s’ils voulaient y arriver par l’intermédiaire du tsaddik , ils devaient avoir le cœur brisé et soumis (voir Psaumes 51, 19), en expulser le mauvais penchant, se repentir totalement de la faute du Veau d’Or, comme dans le verset « les coupables reviendront à Toi » (Ibid. 15), ensuite la présence divine résiderait parmi eux, et « la gloire du Seigneur vous apparaîtra », à vous, à l’intérieur de vous-mêmes.

Mais à cause de nos nombreux péchés, après la sortie d’Egypte et pour toutes les générations subséquentes, il y a une grande chute spirituelle, que les Sages ont définie ainsi : « Si les premières générations ressemblaient à des anges, alors nous sommes des hommes, mais si les premières générations ressemblaient à des hommes, alors nous ressemblons à des ânes, et pas à l’âne de Rabbi Pin’has ben Yaïr [qui refusait de manger une nourriture sur laquelle planait le moindre doute] » (Chabath112a). Cependant, la bonté de Dieu s’est manifestée, et aujourd’hui, bien que nous n’ayons plus ni Temple ni sacrifices ni cohanim pour accomplir le service divin, l’Eternel nous a envoyé des grands tsaddikim qui peuvent rayonner sur nous, et quand nous nous relions au tsaddik de notre génération, nous arrivons à nous préparer au don de la Torah. Nous avons déjà expliqué ci-dessus que l’homme doit épouser les deux formes de la Torah, Torah écrite et Torah orale, c’est pourquoi nous avons deux Hillouloth, mot qui signifie « mariage », des Tannaïm Rabbi Chimon bar Yo’haï et Rabbi Méïr Ba’al Haness, qui se situent précisément avant le don de la Torah, pendant le Omer, car Rabbi Méïr Ba’al Haness représente la Torah écrite (en effet, quand la Michnah cite une opinion sans en donner l’auteur, il s’agit de Rabbi Méïr (Sanhédrin 86a)), et Rabbi Chimon bar Yo’haï, qui a révélé les secrets cachés de la Torah, représente la Torah orale. En se reliant à ces deux tsaddikim, on peut donc recevoir ensemble la Torah écrite et la Torah orale et se rapprocher de Dieu.

Le Arizal a déjà fait allusion à tout cela quand à propos du verset « Tu es monté au ciel, tu t’es emparé d’un butin, tu as pris des cadeaux parmi les hommes » (Psaumes 68, 19), il a dit que le mot CHeVI (« butin ») est composé des initiales de Chimon Bar Yo’hai [note du rédacteur : peut-être peut-on ajouter que ADaM, « homme », peut se lire « Voici (DA) Méïr, allusion à Rabbi Méïr Ba’al Haness... ]. Il m’est venu à l’esprit d’ajouter que la suite du verset, « tu as pris des cadeaux parmi les hommes », représente Rabbi Méïr, car le mot « cadeau » (MaTaNoth) évoque MaTniTin (une michnah), mot employé dans l’expression « quand la Michnah (MaTniTin) cite une opinion  sans en donner l’auteur, il s’agit de Rabbi Méïr ». Or « tu as pris des cadeaux » évoque la Torah écrite, et nous savons que Rabbi Méïr a été sauvé par miracle, c’est pourquoi on l’appelle Ba’al Haness (celui à qui il a été fait un miracle) (Avodah Zarah 18a) ; cette Torah, Moïse l’a capturée quand il est monté au ciel, et en a fait un instrument de salut pour les tsaddikim qui étudient la Torah écrite et la Torah orale. Elle les garde et les protège, car dans leur racine, ces tsaddikim ne sont autres que le premier homme (Adam Harichon, or le verset parlait de BaAdam, « parmi les hommes » mais aussi « dans Adam »).

Nous constatons donc qu’en ces jours-là, pendant ces années très difficiles, Dieu nous a manifesté une grande bonté. Or il n’y a pas de génération dont les soucis ne surpassent ceux de la précédente (Pessikta Rabbati 15, 16), si bien que la Torah est oubliée, et qu’il est difficile de se préparer à la recevoir comme il convient. Par conséquent lorsqu’on se rattache pendant le Omer à ces deux tsaddikim qui représentent la Torah écrite et la Torah orale, une grande joie pénètre dans nos cœurs pour nous aider à faire disparaître l’écorce d’impureté, il nous devient plus facile de nous rattacher à Dieu et d’extirper le mauvais penchant de nos cœurs, et tout cela nous mène à mieux nous préparer et à recevoir la Torah comme il se doit. Sans ces deux Hillouloth, cela nous serait très difficile, car en réalité la génération ne le mérite pas. C’est pourquoi heureux somme-nous et bon est notre sort (Tana Debei Eliahou 21) d’avoir ces deux Hillouloth, mot qui signifie « mariages », et qui sont notre lien avec ces deux tsaddikim, lesquels sont à leur tour le lien avec la Torah et avec Dieu au moment de Chavouoth. Rachi rapporte au nom des Sages (Mekhilta Ytro 19, 17) que Dieu est sorti vers Israël comme un fiancé vers sa fiancée. Si l’on veut sincèrement atteindre ce niveau, il faut une très grande préparation, alors Dieu se rapproche de nous.

On comprend parfaitement d’après tout cela la déclaration suivante de nos Sages : « Combien sont grands les actes de ‘Hiya, qui chassait des daims, les égorgeait, faisait du parchemin de leur peau, et sur ce parchemin écrivait la Torah et l’enseignait aux enfants des benei Israël » (Baba Metsia 85b). Apparemment, on ne voit pas où est la grandeur. Il faut également expliquer pourquoi il fallait qu’il égorge les bêtes, il aurait pu les vendre et acheter du parchemin, neuf ou déjà écrit, avec l’argent de la vente. De plus, que signifie l’expression « les actes de ‘Hiya » ?

Rabbi ‘Hiya voulait montrer à toutes les générations comment l’éducateur doit enseigner aux benei Israël les voies de la Torah. Pour faire rentrer la Torah dans la tête d’un enfant, il faut un dévouement absolument extraordinaire. Il ne suffit pas de vendre sa chasse et d’acheter du parchemin avec, il faut chasser et égorger le mauvais penchant, pour que l’éducateur devienne pur de tout défaut, alors l’enfant pourra saisir ce qu’il lui enseigne. C’est cela « combien sont grands les actes de ‘Hiya ». Il ne s’agit pas seulement du fait de son enseignement, mais aussi des actes qui le précédaient. Cette grande préparation devait s’opérer avec un dévouement incroyable. La grandeur, c’est la préparation de l’enseignant lui-même, et la préparation de l’enfant, pour qu’il puisse étudier sans défaut ni péché.

« Voici la chose qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la » désigne cette préparation intense qui précède l’étude, et qui consiste à faire sortir le mauvais penchant du cœur, à l’égorger, et à s’attacher au tsaddik. Un tel dévouement permet de s’élever et de se rapprocher de Dieu, ce qui a pour conséquence : « la gloire du Seigneur vous apparaîtra », la Chekhinah se révélera à vous, quand vous serez unis devant Dieu par les intentions et la crainte du ciel.

 

 

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