PARACHAT CHEMINI : 5eme Partie A l’Eternel exclusivement... l’unité, la destruction du mauvais penchant et l’effacement devant le tsaddik Il est écrit : « Voici la
chose qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la
et la gloire du Seigneur vous apparaîtra
» (Lévitique 9, 6). Or ce verset
n’explique nullement ce qu’il faut faire
! Le Or Ha’haïm cite à ce propos
l’explication du Yalkout : « Faites
sortir de vos coeurs le mauvais penchant
et soyez tous unis dans la même décision
et dans la même crainte, pour servir
Dieu ».
Encore faut-il expliquer ce que dit ce
midrash. Le yetser hara (mauvais penchant)
que Moïse leur dit de faire sortir
de leur cœur n’apparaît pas dans le
verset, même en allusion. Pourquoi
en outre leur aurait-il tenu ce discours
le huitième jour plutôt qu’à
n’importe quel autre moment ? Il faudrait
enfin comprendre le verset : « Toute
la communauté s’approcha et se tint
debout devant l’Eternel » (Lévitique
9, 5). Pourquoi à ce moment précis
et non auparavant ?
L’explication suivante recouvre tous
ces points. On sait que pendant les sept
jours de l’inauguration, Moïse dressait
le Sanctuaire tous les jours puis le démontait
(Bemidbar Rabah 12, 11), parce que la Chekhinah
n’y était pas encore descendue. Or
Moïse n’était-il pas prophète
(Deutéronome 34, 10) et père
de tous les prophètes (Vayikra Rabah
1, 15) ? Cela aurait dû lui permettre
de connaître le moment où la
présence divine descendrait et lui
éviter cette fatigue quotidienne
! En réalité, il voulait enseigner
par là aux benei Israël que
le sanctuaire représente le corps
de l’homme, ainsi qu’il est écrit
: « Faites-moi un sanctuaire et je
résiderai parmi vous » (Exode
25, 8), ou encore « Qui réside
avec eux parmi leurs souillures »
(Lévitique 16, 16). De même
que dans le sanctuaire il y a des instruments
destinés à servir l’Eternel,
l’homme possède toute une variété
de membres destinés au service de
Dieu, dont il doit faire usage tous les
jours, et particulièrement le Chabath,
en Son honneur, car c’est par l’intermédiaire
du Chabath que les six autres jours reçoivent
la bénédiction (Zohar II,
88a).
Quand l’homme se réveille le matin,
il doit montrer le courage d’un lion pour
servir son Créateur (Choul’han Aroukh
Ora’h ‘Haïm 1, 1), se conduisant avec
ferveur et enthousiasme comme une créature
nouvelle pour faire la volonté de
son maître. Il doit aussi garder toutes
ses pensées fixées en Lui,
dans la joie que son intelligence lui soit
rendue chaque matin, comme l’écrit
le Arizal à propos du verset : «
Elles se renouvellent chaque matin, grande
est Ta fidélité » (Lamentations
3, 23). Cela signifie que le matin, les
Intelligences se renouvellent, alors que
la nuit elles se reposent. Par conséquent,
pendant la nuit l’homme doit faire de grands
efforts pour se détacher de tout
ce qui s’est fixé à lui pendant
la journée, afin de pouvoir le lendemain
se lever avec encore plus d’enthousiasme,
de force et d’énergie que la veille,
et ainsi chaque jour jusqu’au Chabath. Voilà
ce que Moïse voulait faire comprendre
aux benei Israël : pour mériter
d’arriver au huitième jour, qui est
au-delà de la nature (comme dans
le verset : « Donne une part au sept,
et aussi au huit » (Ecclésiaste
11, 2)), il faut beaucoup travailler tous
les jours de la semaine. Et ainsi, par le
pouvoir du Chabath qui englobe le travail
accompli pendant toute la semaine, une très
grande sainteté s’accumule en l’homme
le huitième jour, au-delà
de la nature. Ce jour-là précède
toute la Création.
voilà pourquoi Moïse n’a
donné cet ordre que le huitième
jour. De même, nous n’avons reçu
l’ordre de la circoncision que le huitième
jour, ainsi qu’il est écrit : «
Au huitième jour, on circoncira l’excroissance
de l’enfant » (Lévitique 12,
3). En effet, au moment de la circoncision,
les benei Israël se rattachent au huitième
jour, qui est au-delà de la nature.
Or la préparation du père
fait partie du compte des huit jours non
seulement pour son fils, mais aussi pour
lui-même rétrospectivement
(à propos du « hara’haman »
qu’on dit pendant la circoncision, certains
auteurs font la remarque suivante : «
à partir du huitième jour
son sang sera considéré avec
bienveillance», c’est le sang du père...).
On connaît la Guemara selon laquelle
le monde à venir a été
créé avec la lettre yod (et
ce monde-ci avec la lettre hé) (Mena’hoth
29b). C’est là toute l’idée
du huitième jour, dont les Sages
ont dit qu’il a pris pour lui dix couronnes
(valeur numérique de yod) (Chabath
87b). En effet, à ce moment-là
les benei Israël sont devenus plus
capables de se rapprocher de Dieu et d’atteindre
le niveau du monde à venir que pendant
les autres jours. Comme il se trouvaient
alors au-delà de la nature, leurs
forces et leur intelligence se sont également
revivifiées plus que pendant tous
les jours de la semaine, y compris Chabath.
Comment cela ? Par la fidélité
à l’alliance de la circoncision.
L’expression « Quand on fut (VaYéHi)
au huitième jour » (Lévitique
9, 1), dont nos Sages ont affirmé
qu’elle dénotait une tristesse, fait
allusion au fait que si l’homme ne se renouvelle
pas chaque jour, et tout particulièrement
le huitième, qui est au-delà
de tout calcul, cela provoque une tristesse
en haut.
Et puisque nous somme arrivés
jusque là, nous comprendrons pourquoi
Moïse s’est adressé en ces termes
aux benei Israël justement le huitième
jour. C’est que ce jour-là, il y
a une plus grande difficulté à
se tenir attaché à la lumière
de l’inexprimable infini, car on ne peut
plus se contenter de se rapprocher de Dieu,
il faut aller jusqu'à extirper du
cœur le principal obstacle, à savoir
le mauvais penchant. Le fait que le verset
: « Voici la chose qu’a ordonnée
l’Eternel » suive immédiatement
« Toute la communauté s’approcha,
et se tint debout devant l’Eternel »
signifie que si l’on veut vraiment être
proche de Dieu et se tenir devant Lui, il
faut absolument faire sortir du cœur le
mauvais penchant, car il est rusé
et peut faire sentir à l’homme qu’il
se consacre au service de Dieu, tout en
restant profondément caché
à l’intérieur de lui (Bérakhoth
61a, Soukah 52b).
Par conséquent, tout homme doit
pendant toute la semaine se faire le serviteur
de Dieu pour arriver au niveau du «
huit » qui dépasse tout calcul
et se relier à la sainteté
de la circoncision. Il doit sans cesse vérifier
si son cœur est vraiment rempli de la crainte
de Dieu, où s’il se l’imagine seulement.
C’est pourquoi Moïse a attendu le huitième
jour pour dire « Voici la chose etc.
», afin que dans le service de Dieu,
le cœur des benei Israël soit toujours
en accord avec leur bouche (Teroumoth ch.
3, 8, Pessa’him 63a), et qu’ils partagent
la même décision. Le Zohar
(II 82b) appelle les mitsvoth des conseils
(ou décisions), car elles indiquent
à l’homme la façon de se conduire
pour qu’il y ait affinité entre leur
bouche et leur cœur (Pessa’him 113a). Il
s’agit ici de vérifier si le mauvais
penchant reste caché au fond du cœur,
au moyen d’une étude véritable
de la Torah, dans l’effort. Il s’agit en
outre d’être comme un seul homme,
de constituer une unité, et alors
les benei Israël seront sauvés
(Tan’houma Nitsavim 1), alors qu’en l’absence
d’unité, ni la Torah ni aucun conseil
ne seront d’une utilité quelconque.
Pour y parvenir, il suffit que chacun s’efface
devant son prochain, ainsi qu’il est écrit
: « Tu aimeras ton prochain comme
toi-même » (Lévitique
19, 18). Les benei Israël ressemblent
alors à un seul fagot de joncs, et
personne ne peut plus rien contre eux (Yalkout
Chimoni Nitsavim 1160). C’est la seule façon
d’acquérir une nouvelle intelligence
et des forces neuves au service du Seigneur,
chaque jour, chaque semaine et chaque année,
jusqu’au jour de la mort, car il est écrit
: « En cas de force, quatre-vingts
ans (Psaumes 90, 10)), c’est la force nécessaire
pour vaincre le mauvais penchant. «
Quatre-vingts ans est l’âge des forces
», dit aussi la Michnah (Avoth 5,
21), ces forces qui permettent d’arriver
au niveau du huit, au-dessus de la nature
et de tout calcul.
Quand les benei Israël ont entendu
cela, ils ont réussi à vraiment
se rapprocher de Dieu le huitième
jour, car ils ont reçu des forces
neuves. Or nous avons déjà
expliqué ailleurs la grandeur du
septième jour de Pessa’h, et le huitième
jour vient encore le compléter, car
tout est dans le huit. Il est écrit
à propos du sacrifice de Pessa’h
qu’un homme incirconcis ne doit pas en manger
(Exode 12, 48), car la circoncision symbolise
l’excision du mauvais penchant, et celui
qui ne l’a pas subie n’a pas la sainteté
du huitième jour. Si l’on veut se
rapprocher de Dieu, il faut faire sortir
le yetser hara du cœur, ce qui permet de
s’élever.
Le ‘hamets et la matsah - annulation
du yetser ha-ra
A cause de nos nombreux péchés,
nous voyons aujourd’hui beaucoup de gens
qui se lèvent avant le jour pour
étudier et relient le jour et la
nuit par la Torah (Michnah Berourah par
1, al. 2), mais qui à la synagogue
avalent leur prière, bavardent, prient
sans concentration et lisent le Chema sans
penser à ce qu’ils disent, ce qui
en principe oblige à recommencer
cette lecture (Choul’han Aroukh Ora’h ‘Haïm
60, 5). En effet, le principal n’est pas
de se rapprocher de Dieu mais d’arracher
le mauvais penchant du cœur, par l’étude
de la Torah et l’effacement envers le prochain,
pour que tous les benei Israël forment
un seul ensemble dans l’accomplissement
des mitsvoth, que ce soit vis-à-vis
du prochain ou vis-à-vis de Dieu.
C’est cela l’essentiel du service de l’homme,
comme l’affirme le midrash que nous avons
déjà cité : «
Soyez tous unis dans la même décision
et dans la même crainte, pour servir
Dieu ».
Il convient de citer ici les saintes
paroles que j’ai lues dans le Beit Israël
du Admor de Gour (Chemini 712, 1) : «
Le premier Chabath après Pessa’h,
il faut se raffermir, et on en retirera
de la force pour toute l’année, car
Pessa’h est le temps du salut de l’âme,
qui est l’annulation du mauvais penchant.
Le ‘Hidouchei Harim explique qu’à
partir de la sixième heure et au-delà,
le ‘hamets n’est plus sous notre contrôle
(Pessa’him 6b). Or ce qui n’est habituellement
plus sous le contrôle de l’homme,
parce que le mauvais penchant le domine,
à Pessa’h tout le monde peut le maîtriser.
C’est ainsi que même les membres qu’on
ne domine pas habituellement peuvent passer
sous notre contrôle. »
Cela signifie que nous devons travailler
dur pendant Pessa’h pour vaincre le mauvais
penchant et l’annuler pour toute l’année,
et aussi que le principal est de continuer
dans cette voie de sainteté après
Pessa’h, le huitième jour du Omer,
qui est au-dessus de la nature. Le premier
Chabath qui suit Pessa’h, il faut faire
un effort tout particulier et ressentir
la nostalgie des jours de Pessa’h. Par cet
éveil d’en bas, on s’attirera ainsi
un éveil d’en haut (Zohar I, 88b)
pour toute l’année. Ce n’est pas
par hasard qu’on lit souvent la parachat
Chemini immédiatement après
Pessa’h, car Chemini (« huitième
») fait allusion au Chabath qui suit
Pessa’h, ce qui est d’une grande importance.
Expliquons de quoi il s’agit. Pendant
ce Chabath, l’homme doit éveiller
en lui le service des sept jours de la fête,
jours d’annulation du ‘hamets et du levain
qui est dans la pâte, symbole du mauvais
penchant (Bérakhoth 17a). A Pessa’h,
chacun peut apprendre à se faire
tout petit, comme la matsah qui est fine
et sans levain. Pour arriver à cet
effacement total du moi, il faut travailler
sur ses instincts, c’est pourquoi l’on mange
de la matsah chemourah faite à la
main, qui évoque le travail physique
nécessaire à l’annulation
du ‘hamets. J’ai déjà expliqué
que la différence entre le ‘hamets
et la matsah est de trois (la valeur numérique
de « ‘hamets » est supérieure
de trois à celle de « matsah
»). Il s’agit des trois défauts
qui font sortir l’homme du monde, la jalousie,
le désir et la vanité (Avoth
4, 21), et qui le font aussi fermenter.
Au moment de Pessa’h, le service de Dieu
consiste essentiellement à travailler
sur soi-même pour annuler ces trois
défauts-là. Or quand on ne
mange pas de ‘hamets, on peut améliorer
son caractère et le transformer de
‘hamets en matsah. On mérite ainsi
d’arriver à la maîtrise du
mauvais penchant qui se trouve dans le cœur
et cherche à faire trébucher
l’homme, sans oublier que s’il s’agit d’un
talmid ‘hakham, il est plus puissant encore
que chez quelqu’un d’autre (Soukah 52a).
On obtient tout cela par l’effort accompli
au cours des sept jours de Pessa’h. Si l’on
sert Dieu de cette façon, on annule
le yetser hara, et l’on redevient semblable
à un enfant qui vient de naître,
comme l’a écrit le Arizal (consulter
notre article sur le septième jour
de Pessa’h).
Il reste toutefois à expliquer
comment, si l’homme se transforme à
Pessa’h de ‘hamets en matsah en annihilant
ses défauts comme préparation
au huitième jour, il peut ensuite
recommencer à manger le ‘hamets qui
fait allusion au yetser hara. Or, parmi
les défauts, il y a le mal fait à
autrui, qui n’est pas pardonné le
jour de Kippour avant qu’on ait obtenu le
pardon de l’autre (Yoma 85b), par conséquent
comment peut-on, du moins en apparence,
revenir en arrière ?
C’est qu’une fois que l’homme s’est amélioré
en se transformant à Pessa’h de ‘hamets
en matsah, annulant même ses tendances
à la jalousie, au désir et
à la vanité, il relève
de Pessa’h, qu’on peut aussi lire peh sa’h
(« la bouche qui parle ») :
il parle avec naturel et se conduit avec
droiture devant l’Eternel. Il parvient alors
à un niveau tellement élevé
que, même s’il est plus tard de nouveau
tenté par la jalousie, le désir
et la vanité, il ne s’en rapproche
pas, comme l’arbre de la connaissance du
bien et du mal dont il est interdit de manger
(Genèse 2, 17). Si à Pessa’h
on s’éloigne du ‘hamets - c’est-à-dire
de ses défauts, et qu’on annule le
mauvais penchant, il est certain qu’on en
restera éloigné après
Pessa’h, et que ces défauts n’adhéreront
plus à la personne et n’auront plus
aucune influence sur elle.
Il y a plus. La personne en question
peut dire, en suivant le conseil des Sages
(Sanhédrin 37a) que le monde entier
n’a été créé
que pour elle. En effet, la création
n’a pas d’autre but (Bérakhoth 6b),
car l’expression Béréchith
(« Au commencement ») est interprétée
comme signifiant : Pour Israël, qui
s’appelle « réchith »,
les prémices de la récolte
de Dieu (Jérémie 2, 3). D’un
autre côté, on est justifié
à se dire : « Qui suis-je pour
que le monde soit créé pour
moi ? », ce qui mènera à
une attitude d’effacement et d’humilité.
Cet apparent paradoxe exige de l’homme un
énorme investissement, car s’il pense
uniquement que le monde a été
créé pour lui, il risque de
s’étonner à l’idée
de trouver quelqu’un d’autre dans son monde
privé... ce qu’il doit savoir, c’est
que toutes les créatures lui appartiennent
pour qu’il en prenne soin, et que s’il provoque
des dégâts, c’est à
lui-même qu’il nuit. Il n’a donc pas
lieu de s’enorgueillir aux dépens
de qui que soit ni à en être
jaloux, ce qui reviendrait à se conférer
des honneurs à soi-même ou
à être jaloux de soi-même
! Par conséquent, dès qu’il
y réfléchira, ces mauvais
instincts le quitteront et il ressemblera
à la matsah tous les jours de l’année.
Ce qu’écrit à ce propos
le Admor de Zanz-Kleusenbourg est si merveilleux
que j’éprouve le besoin de le citer
: « Nous voyons des gens qui prennent
sur eux d’étudier la Torah et de
faire la volonté du Créateur,
et qui s’y emploient au début avec
grand enthousiasme, mais il s’avère
en fin de compte qu’ils n’ont pas réussi,
ce qui est très surprenant. La Guemara
ne dit-elle pas : « Celui qui veut
se purifier, on l’aide » ? Or ils
sont de ceux qui disent : « Je vais
me lever tôt pour étudier »
(Nédarim 8a), alors pourquoi cet
échec ? On peut aussi s’étonner
de ce qu’ont dit les Sages : « La
pensée a une influence même
sur l’étude de la Torah » (Sanhédrin
26b), ce que Rachi explique ainsi : «
Les soucis que l’homme se fait pour sa subsistance
lui font oublier ce qu’il a appris ».
Pourquoi en serait-il ainsi, puisque cela
semble fermer la porte à ceux qui
voudraient étudier ?
Mais à la réflexion, on
s’aperçoit que tous ceux qui désirent
étudier et faire la volonté
du Créateur disent en réalité
: moi je vais étudier, moi je vais
me repentir, etc. Or celui qui dit «
moi je » est disqualifié dès
le départ. En effet, qui es-tu donc
et que vaut ta vie, toi qui te diriges vers
un lieu de poussière et de vermine
et qui proviens d’une matière fétide
? (voir Avoth 3, 1). Quand l’homme veut
étudier ou se repentir, il ne doit
pas agir seul, mais s’intégrer à
la communauté d’Israël pour
demander à Dieu d’avoir pitié
de lui. Seul, on est totalement impuissant.
A l’intérieur de la communauté,
on peut tout. C’est pourquoi nous disons
dans la prière : « Fais-nous
revenir, notre père, à Ta
Torah, et rapproche-nous, notre roi, de
Ton service » plutôt que «
fais-moi revenir, rapproche-moi »
au singulier : c’est uniquement en tant
que membre de la communauté qu’on
a une chance de réussir. »
Nous avons déjà souvent
rencontré ce « Je » à
propos de Dieu, par exemple : « Je
suis l’Eternel votre Dieu qui vous a fait
sortir du pays d’Egypte » (Nombres
15, 31), « Je suis Dieu qui vous sanctifie
» (Exode 31, 13), « Et Je passerai
dans le pays d’Egypte cette nuit-là
» (Ibid. 12, 12), Moi-même et
non un ange, Moi-même et non un séraphin
(Yalkout Chimoni Chemoth 199), car l’Eternel
est le seul à pouvoir dire «
Je ». C’est à Lui et à
personne d’autre que convient la fierté,
comme le dit le verset : « L’Eternel
règne, il est revêtu de fierté
» (Psaumes 93, 1). Dieu dit d’un homme
orgueilleux : « Lui et Moi ne pouvons
pas cohabiter » (Sotah 8a, Arakhin
15b), si bien qu’il lui sera totalement
impossible de s’élever dans le service
de Dieu ni de se rapprocher de Lui le moins
du monde.
L’homme se trouve donc placé devant
un paradoxe : d’une part, il doit avoir
le sentiment de sa propre importance au
point de proclamer : « le monde a
été créé pour
moi », et d’autre part ne jamais oublier
qu’il n’est rien d’autre qu’une malheureuse
goutte fétide et qu’il lui siérait
mal de dire « moi, je ». En
y réfléchissant, il va tout
faire pour éliminer son égocentrisme
afin de servir Dieu d’une seule crainte
et d’une seule intention. Le meilleur moment
pour ce faire se situe précisément
après le septième jour de
Pessa’h, quand il ne lui reste plus aucun
‘hamets dans le cœur.
C’est le sens des paroles de Hillel l’Ancien
: « Si je n’agis pas pour moi-même,
qui le fera ? » (Avoth 1, 14), car
l’homme doit beaucoup travailler sur ce
« moi », pour lequel le monde
a été créé.
C’est même sa tâche ici-bas
: d’une part être conscient de son
immense importance, et d’autre part considérer
sa propre insignifiance afin de ne pas tomber
dans l’orgueil, car « Quiconque s’enorgueillit
dans son cœur est en horreur à l’Eternel
» (Proverbes 16, 5), étant
donné qu’en réalité
il n’est absolument rien (« Tu es
poussière et tu retourneras à
la poussière » (Genèse
3, 19)) et doit donc s’effacer totalement
devant les autres. Ainsi l’ordre de Moïse
: « Voici la chose qu’a ordonnée
l’Eternel, accomplissez-la et la gloire
du Seigneur vous apparaîtra »,
ne s’applique que si les benei Israël
forment un seul bloc, chacun se préoccupant
du prochain. Alors seulement ils pourront
vraiment se rapprocher de Dieu, se rattacher
à Lui et se trouver ensemble à
proximité de Lui.
On trouve la même idée à
propos d’Aaron : Quand il est entré
pour offrir un sacrifice le huitième
jour, il a attendu, et ni la présence
divine ni le feu ne sont descendus. Il a
dit à Moïse : Cela doit être
à cause de moi, parce que j’ai péché
dans l’épisode du Veau d’Or (Tan’houma
fin de Tetsavé). Comment Aaron, qui
a reçu l’onction du Grand Prêtre
et qui a été choisi par Dieu,
peut-il avoir de telles idées sur
lui-même ? C’est que comme nous l’avons
dit, il était à un niveau
extrêmement élevé. Il
était le saint de Dieu et le juste
sur qui le monde repose (Proverbes 10, 25),
la Nuée de gloire protégeait
Israël par son mérite (Ta’anith
9a), et pourtant il s’est effacé
comme s’il n’était absolument rien,
en se disant que la Chekhinah ne descendait
peut-être pas sur Israël par
sa faute. Or n’oublions pas qu’au moment
de cet épisode, il avait eu uniquement
l’intention de servir l’Eternel. Il a dit
: « C’est une fête pour Dieu
demain », pour Dieu et non pas pour
le Veau (Vayikra Rabah 10, 3). Pourtant
il s’est attribué toute la responsabilité
de l’échec, afin de ne pas médire
des benei Israël. De plus, il est ensuite
sorti pour bénir le peuple (Lévitique
9, 23), et de quelle bénédiction
? « Que la Chekhinah repose sur les
œuvres de vos mains, et que la bienveillance
de l’Eternel notre Dieu soit sur nous »
(Yalkout Chimoni Chemoth 117, Rachi, Targoum
Yonathan). Il a fait descendre la Chekhinah
par ses actes, mais a dit aux benei Israël
: « Que la Chekhinah repose sur l’œuvre
de vos mains » ! Cela montre bien
son effacement total vis-à-vis d’eux
: il se considère comme faisant partie
de toute la communauté d’Israël,
donc il leur dit que la Chekhinah résidera
dans le Sanctuaire par leur mérite.
C’est cela le huitième jour, une
attitude faite d’humilité et d’effacement
qui dépasse la nature.
Ainsi : « Voici la chose qu’a ordonnée
l’Eternel, accomplissez-la et la gloire
du Seigneur vous apparaîtra »
(Lévitique 9, 7), car quand l’homme
fait sortir de son cœur tous ses intérêts
particuliers et s’efface totalement devant
son prochain, Dieu apparaît à
Israël. C’est ce que faisait Aaron
: il ajoutait encore à son service
et faisait des barrières pour la
Torah (Avoth 1, 1), comme les ‘hassidim
des premiers temps qui se mortifiaient (voir
Béréchith Rabah 62b) et s’éloignaient
même de ce qui est permis, en suivant
le précepte « Tu mangeras du
pain trempé dans le sel » (Avoth7,
4, Tana Debei Eliahou Zoutah 17), dans la
modestie et l’effacement (or la valeur numérique
de Path baméla’h toukhal («
Tu mangeras du pain trempé dans le
sel ») est la même que celle
de Hi anavah véhitbatlouth («
C’est l’humilité et l’effacement
de soi »)). De cette façon,
au moyen de cet effacement, on extirpe le
mauvais penchant du cœur et l’on parvient
à une véritable crainte de
Dieu.
Ce que nous avons dit jusqu'à
présent va nous permettre de comprendre
qu’il en va de même pour Nadav et
Avihou. « Ils apportèrent devant
Dieu un feu étranger qu’Il ne leur
avait pas ordonné » (Lévitique
10, 1) signifie que le service de tout homme
consiste à tuer son moi et à
l’apporter en sacrifice, même en ce
qui touche des sujets que la Torah ne mentionne
pas. « Voici la chose qu’a ordonnée
l’Eternel, accomplissez-la et la gloire
du Seigneur vous apparaîtra »,
à ce moment-là même
ce qui n’est pas écrit deviendra
aussi clair qu’un ordre et on l’exécutera.
De quoi s’agit-il ? De se sanctifier dans
ce qui est permis (Yébamoth 20a),
ce qui est la voie de la grande piété.
Mais tout cela n’est possible que le huitième
jour, quand on se trouve au-dessus de la
nature et des calculs humains, car il faut
un travail considérable pour s’effacer
soi-même et combattre ses défauts
au point d’exécuter même ce
qui n’a pas été ordonné,
jusqu'à donner sa vie par amour de
Dieu. Le roi Salomon dit : « Tout
le travail de l’homme est dans sa bouche
» (Ecclésiaste 6, 7), et c’est
dans ce domaine qu’il doit s’investir. A
ce propos, dans la parachat Chemini, le
Zohar (III, 27a) écrit qu’Aaron avait
reçu l’ordre d’apporter un veau pour
réparer la faute du Veau d’Or (or
le veau est fils de la vache, et il évoque
la dimension du huit, car on ne peut pas
le sacrifier avant le huitième jour),
afin que cet acte accompli en bas éveille
un acte en haut. C’est cela « accomplissez-la
» : l’acte d’Aaron aide les benei
Israël à être accomplis
en tout, dans la bouche et le cœur, pour
atteindre la perfection.
Ce que nous venons de dire explique parfaitement
l’expression : « Tout le travail de
l’homme est dans sa bouche ». Dans
sa bouche littéralement, car la bouche
de l’homme témoigne qu’il est bon,
droit et craignant Dieu, alors que son cœur
est loin de donner la même assurance
: il a une chose dans la bouche et une autre
dans le cœur (Pessa’him 113b). Or ce n’est
pas ainsi que doit se comporter celui qui
veut monter à la maison du Seigneur,
bien au contraire. « Voici la chose
qu’a ordonnée l’Eternel »,
il s’agit d’extirper le mauvais penchant
du cœur, pour que le cœur soit lui aussi
bon et droit devant Dieu, en accord avec
la bouche (Teroumoth 83 8, Pessa’him 63a).
C’est précisément cela qu’a
écrit le Admor d’Alexander sur le
sujet qui nous occupe, dans Ysma’h Israël
:
« Ce passage de Torath Cohanim
(« Faites sortir de vos coeurs ce
mauvais penchant, etc. »), signifie
: « Vous devez tous avoir les mêmes
intentions et la même crainte du ciel
», car il est écrit auparavant
« toute la communauté s’est
rapprochée », et aussi «
aujourd’hui Dieu va se montrer à
vous ». On voit donc que les benei
Israël s’étaient rapprochés
de Dieu avec un attachement extraordinaire
et une concentration intense, c’est pourquoi
Moïse leur a dit que toute la faute
du Veau d’Or était due à un
manque de foi, parce qu’il leur manquait
un jour de la lumière de la face
de Moïse, comme l’a écrit le
Rabbi de Varka en ce qui concerne la vache
rousse (voir ce qui est écrit dans
Bemidbar Rabah 19, 4 : « Vienne la
mère, et elle enlèvera les
saletés faites par son fils »).
Ils devaient donc éviter de se comporter
hautainement, car quand la lumière
leur manquait, ils en arrivaient à
des erreurs graves. Il fallait faire la
chose qu’avait ordonnée Dieu, avec
une foi simple et parfaite, comme un ordre
du Seigneur inscrit dans le cœur.
Le principal est donc d’obéir
à un ordre, et non de donner les
apparences de la sagesse tout en ayant l’intention
de n’en faire qu’à sa tête.
Ce sujet est également traité
par le Admor de Gour dans Beit Israël
sur notre parachah (Année 5711, chapitre
3) : « Le texte ne précise
pas quelle est la chose ordonnée
par Dieu, mais spécifie à
propos de Nadav et Avihou qu’ils ont fait
quelque chose qui ne leur avait pas été
ordonné.
Le Sefat Emet au nom du ‘Hidouchei Harim
y voit matière à un raisonnement
a fortiori : Si eux qui étaient saints
et ont agi par amour pour Dieu, en faisant
simplement quelque chose dont ils n’avaient
pas reçu l’ordre, ont atteint un
tel niveau, à plus forte raison celui
qui obéit à un ordre de Dieu
sans en connaître la raison a une
grande importance à Ses yeux. Si
Moïse leur a dit : « Voici la
chose qu’a ordonnée l’Eternel »,
c’est parce que celui qui sert Dieu se trouve
dans l’ombre au début, il ne ressent
rien. Il doit avant tout se raffermir, et
ensuite « la gloire du Seigneur vous
apparaîtra ». La même
chose s’applique au verset « Approche-toi
de l’autel » (Lévitique 9,
7). Aaron ne voyait pas la lumière
à cause de la faute du Veau d’Or,
alors Moïse lui a dit de s’approcher
sans y prêter attention. C’est un
enseignement pour toutes les générations.
En effet il y a véritablement une
sainteté cachée chez les benei
Israël, mais l’obscurité est
grande, et c’est seulement en recevant un
ordre qu’ils vont pouvoir s’approcher. Le
principal est de se comporter avec modestie,
comme Aaron qui avait honte [Moïse
lui a dit : Pourquoi as-tu honte, c’est
pour cela que tu as été choisi
(Torath Cohanim Chemini), à cause
de ta modestie]. Les benei Israël ont
obéi, et tout le peuple a vu, a poussé
des cris de joie et s’est prosterné
(Lévitique 9, 24), tout cela grâce
à sa retenue. Toutes les générations
doivent en apprendre que sans ordre de Dieu
il est impossible de subsister. Nadav et
Avihou étaient de très grands
hommes, puisqu’il est dit « Je me
sanctifierai par mes proches » (Ibid.
10, 3), et cependant ils ont disparu. »
Après avoir cité tout ce
passage, j’ai réfléchi sur
la perfidie du mauvais penchant, qui pousse
l’homme à s’imaginer qu’il est dans
la voie de la vérité, y compris
lorsqu’il s’oppose à des principes
de base de la Torah. C’est cela : «
Voici la chose », il faut que l’acte
soit conforme à la pensée
et l’on doit s’assurer que tout ne provient
pas du mauvais penchant, même si l’on
a une impression de très grande proximité
de Dieu, car c’est la façon dont
le Satan attire l’homme.
L’homme doit considérer qu’il
est le seul coupable, qu’il est la cause
des décrets sévères
qui s’abattent sur le monde, pour s’efforcer
de tout réparer. Même si ce
n’est pas vraiment le cas, cela l’empêchera
de se croire juste et droit ou de penser
que le monde entier lui appartient, ce qui
ouvrirait la voie à l’orgueil. Quand
Aaron est entré dans le Sanctuaire
et que la Chekhinah n’est pas descendue,
il a dit à Moïse : « C’est
peut-être à cause de la faute
du Veau d’Or ». Il défendait
Israël et se tenait rigueur à
lui-même. Or quiconque prie pour autrui
est exaucé en premier (Baba Kama
92a), il a donc décidé de
lui-même que tout était à
cause d’Israël, et que la Chekhinah
résidait sur l’œuvre de leurs mains
à eux, c’est pourquoi il a également
béni le peuple, et a si bien réussi
que quand il l’a fait, les cataractes du
ciel se sont ouvertes et la présence
divine est descendue sur le Sanctuaire.
On peut également expliquer que
dans « Voici la chose qu’a ordonnée
l’Eternel, faites-la », l’accent est
mis sur le « faire », comme
dans « le temps est venu d’agir [de
faire] pour l’Eternel » (Psaumes 119,
126). L’homme doit être entièrement
tourné vers Dieu, toutes ses pensées
façonnées uniquement pour
Lui, c’est pourquoi « faites-la »,
il ne suffit pas d’être attaché
à Dieu et de se rapprocher de Lui,
il faut effectivement agir avec perfection,
sans aucune défectuosité.
L’homme qui se conduit ainsi est digne que
Dieu se révèle à lui,
et il ressentira Sa présence en tous
lieux jusqu’au jour de sa mort. Cela rappelle
ce qu’ont dit les Sages à propos
du verset : « Tout mâle se fera
voir » Exode 23, 17), à savoir
qu’on se fait voir et aussi qu’on voit,
car Dieu se montre à lui, mais pour
tout cela il faut une profonde humilité
et un grand effacement de soi, conditions
indispensables à la révélation
de la gloire divine.
Dans le même ordre d’idées,
on peut expliquer ainsi ce qui s’est passé
pour les benei Israël. Au moment où
ils sont sortis d’Egypte, ils se sont élevés
et sont arrivés au plus haut niveau
spirituel, au point de voir sur la mer des
miracles et des merveilles plus considérables
que tout ce qu’ont vu les prophètes
(Mekhilta Béchala’h 15b), et ils
ont pu dire : « Voici mon Dieu , je
lui rends hommage » (Ibid.). Comment
est-il donc concevable qu’il leur ait encore
fallu quarante-neuf jours pour se purifier
et se détacher des quarante-neuf
degrés d’impureté où
ils étaient plongés (Zohar
Ytro 39a) ? La raison en est qu’ils ne s’étaient
élevés que vers l’extérieur,
alors que l’essentiel est ce qui se passe
à l’intérieur du cœur, là
où le mauvais penchant peut encore
résider. Et de fait, ils étaient
encore imprégnés des défauts
acquis en Egypte. Dieu leur a donc montré
des miracles afin que cela les aide à
accepter de travailler pour purifier leur
intériorité. D’un côté,
ils étaient vraiment au-dessus de
la nature quand ils sont sortis d’Egypte,
au niveau du « huitième jour
», au-dessus de tout nombre et calcul,
mais de l’autre, le mauvais penchant habitait
encore l’intérieur de leur cœur.
Il trompe l’homme en lui faisant croire
qu’il est un grand tsaddik et qu’il est
arrivé au niveau du « huit
», alors que lui, le mauvais penchant,
est resté à l’intérieur,
si bien que toute la progression de l’homme
n’a servi à rien. C’est pourquoi
il est écrit « Voici (zeh)
la chose », zeh ayant la valeur numérique
de douze, car il fallait inclure les douze
tribus, tout le peuple d’Israël, ce
qui demandait une préparation de
quarante-neuf jours, valeur numérique
de midah (« trait de caractère
»). Cela signifie qu’il fallait purifier
les mauvaises midoth qui étaient
restées à l’intérieur
du cœur.
Ce n’est pas en vain que Moïse a
donné aux benei Israël trois
jours de préparation avant le don
de la Torah, ainsi qu’il est écrit
: « Tenez-vous prêts pour le
troisième jour » (Exode 19,
15), ou encore « Tu maintiendras le
peuple tout autour » (Ibid. 12). Il
fallait qu’ils se préparent encore
plus, car plus le moment approche plus l’enthousiasme
risque de faire trébucher l’homme
en le poussant à enfreindre l’interdiction
d’ajouter quoi que ce soit à un ordre
de Dieu. Moïse les a donc prévenus
de ne pas chercher à entreprendre
autre chose pour apporter des améliorations,
mais de les apporter là où
ils se trouvaient, car c’est une tentation
fréquente de vouloir réparer
ce qui n’a jamais été abîmé
alors que les fautes réelles restent
bien en place. Ici aussi, le huitième
jour Moïse a ordonné aux benei
Israël de déraciner complètement
le mauvais penchant, car il se pouvait qu’il
y ait encore un très léger
défaut qu’ils ne ressentaient pas,
et qui ne les empêchait pas d’éprouver
un sentiment d’élévation.
Une fois qu’il serait totalement extirpé,
ils pourraient s’élever véritablement,
se rapprocher de Dieu, la Chekhinah descendrait
du ciel pour résider dans le Sanctuaire,
et ils seraient bénis dans tout ce
qu’ils entreprendraient.
L’effacement devant le tsaddik
En approfondissant le sujet, on s’aperçoit
qu’il y a ici une allusion au fait de s’attacher
au tsaddik en s’effaçant devant lui,
afin qu’il épanche sur nous des bénédictions
en provenance du Ciel pour nous permettre
de nous élever et de nous rapprocher
de Dieu.
On sait que Lag Baomer est le jour de
la Hilloula du saint Tanna Rabbi Chimon
bar Yo’haï (Zohar III 127b, 296b, Birkei
Yossef Ora’h ‘Haïm 493, 4), qui est
enterré à Méron, d’où
il nous envoie son rayonnement bénéfique
[le présent article a été
écrit par l’auteur CHeLITA le jour
même de Lag Baomer]. Quelques jours
avant, le 14 Iyar, Pessa’h Chéni,
est le jour de la Hilloula du Tanna Rabbi
Méïr Ba’al Haness. N’est-il
pas surprenant que la Hilloula de ces deux
grands Tannaïm se situe avant le jour
du don de la Torah ?
Voici les réflexions que je me
suis faites à ce propos. Pendant
le Omer, nous nous préparons à
recevoir le jour de Chavouoth à la
fois la Torah écrite et la Torah
orale. Les deux sont intimement liées,
et quiconque rejette l’une d’elles, c’est
comme s’il rejetait toutes les mitsvoth
pour pratiquer l’idolâtrie (Kidouchin
40a, Sifri Chela’h 15, 22). L’homme doit
par conséquent épouser les
deux et se relier à elles, sans tenir
compte des impies qui ne croient qu’à
la Torah écrite. Or il faut une force
considérable pour être parfait
dans la préparation au don de la
Torah. On l’obtient au moment où
l’on se relie au tsaddik, qui est la base
du monde (d’après Proverbes 10, 25).
A ce moment-là, le jour de Chavouoth
on accepte la Torah avec perfection, de
tout son cœur et de toute son âme,
dans la joie, sans aucune arrière-pensée
ni mauvaise pensée, car le tsaddik
nous fait profiter de toute son influence.
C’est pourquoi l’homme doit s’attacher
au tsaddik de sa génération,
qui est semblable à un saint rouleau
de la Torah sans cesse relié à
Dieu. Par sa personnalité et par
la Torah qu’il enseigne, il mène
son disciple à confesser ses fautes,
si bien que son cœur se brise en lui et
que le mauvais penchant le quitte. C’est
le sens du verset : « Voici la chose
qu’a ordonnée l’Eternel, accomplissez-la
» : le huitième jour les benei
Israël voulaient se rapprocher de Dieu,
alors Moïse leur a dit que s’ils voulaient
y arriver par l’intermédiaire du
tsaddik , ils devaient avoir le cœur brisé
et soumis (voir Psaumes 51, 19), en expulser
le mauvais penchant, se repentir totalement
de la faute du Veau d’Or, comme dans le
verset « les coupables reviendront
à Toi » (Ibid. 15), ensuite
la présence divine résiderait
parmi eux, et « la gloire du Seigneur
vous apparaîtra », à
vous, à l’intérieur de vous-mêmes.
Mais à cause de nos nombreux péchés,
après la sortie d’Egypte et pour
toutes les générations subséquentes,
il y a une grande chute spirituelle, que
les Sages ont définie ainsi : «
Si les premières générations
ressemblaient à des anges, alors
nous sommes des hommes, mais si les premières
générations ressemblaient
à des hommes, alors nous ressemblons
à des ânes, et pas à
l’âne de Rabbi Pin’has ben Yaïr
[qui refusait de manger une nourriture sur
laquelle planait le moindre doute] »
(Chabath112a). Cependant, la bonté
de Dieu s’est manifestée, et aujourd’hui,
bien que nous n’ayons plus ni Temple ni
sacrifices ni cohanim pour accomplir le
service divin, l’Eternel nous a envoyé
des grands tsaddikim qui peuvent rayonner
sur nous, et quand nous nous relions au
tsaddik de notre génération,
nous arrivons à nous préparer
au don de la Torah. Nous avons déjà
expliqué ci-dessus que l’homme doit
épouser les deux formes de la Torah,
Torah écrite et Torah orale, c’est
pourquoi nous avons deux Hillouloth, mot
qui signifie « mariage », des
Tannaïm Rabbi Chimon bar Yo’haï
et Rabbi Méïr Ba’al Haness,
qui se situent précisément
avant le don de la Torah, pendant le Omer,
car Rabbi Méïr Ba’al Haness
représente la Torah écrite
(en effet, quand la Michnah cite une opinion
sans en donner l’auteur, il s’agit de Rabbi
Méïr (Sanhédrin 86a)),
et Rabbi Chimon bar Yo’haï, qui a révélé
les secrets cachés de la Torah, représente
la Torah orale. En se reliant à ces
deux tsaddikim, on peut donc recevoir ensemble
la Torah écrite et la Torah orale
et se rapprocher de Dieu.
Le Arizal a déjà fait allusion
à tout cela quand à propos
du verset « Tu es monté au
ciel, tu t’es emparé d’un butin,
tu as pris des cadeaux parmi les hommes
» (Psaumes 68, 19), il a dit que le
mot CHeVI (« butin ») est composé
des initiales de Chimon Bar Yo’hai [note
du rédacteur : peut-être peut-on
ajouter que ADaM, « homme »,
peut se lire « Voici (DA) Méïr,
allusion à Rabbi Méïr
Ba’al Haness... ]. Il m’est venu à
l’esprit d’ajouter que la suite du verset,
« tu as pris des cadeaux parmi les
hommes », représente Rabbi
Méïr, car le mot « cadeau
» (MaTaNoth) évoque MaTniTin
(une michnah), mot employé dans l’expression
« quand la Michnah (MaTniTin) cite
une opinion sans en donner l’auteur,
il s’agit de Rabbi Méïr ».
Or « tu as pris des cadeaux »
évoque la Torah écrite, et
nous savons que Rabbi Méïr a
été sauvé par miracle,
c’est pourquoi on l’appelle Ba’al Haness
(celui à qui il a été
fait un miracle) (Avodah Zarah 18a) ; cette
Torah, Moïse l’a capturée quand
il est monté au ciel, et en a fait
un instrument de salut pour les tsaddikim
qui étudient la Torah écrite
et la Torah orale. Elle les garde et les
protège, car dans leur racine, ces
tsaddikim ne sont autres que le premier
homme (Adam Harichon, or le verset parlait
de BaAdam, « parmi les hommes »
mais aussi « dans Adam »).
Nous constatons donc qu’en ces jours-là,
pendant ces années très difficiles,
Dieu nous a manifesté une grande
bonté. Or il n’y a pas de génération
dont les soucis ne surpassent ceux de la
précédente (Pessikta Rabbati
15, 16), si bien que la Torah est oubliée,
et qu’il est difficile de se préparer
à la recevoir comme il convient.
Par conséquent lorsqu’on se rattache
pendant le Omer à ces deux tsaddikim
qui représentent la Torah écrite
et la Torah orale, une grande joie pénètre
dans nos cœurs pour nous aider à
faire disparaître l’écorce
d’impureté, il nous devient plus
facile de nous rattacher à Dieu et
d’extirper le mauvais penchant de nos cœurs,
et tout cela nous mène à mieux
nous préparer et à recevoir
la Torah comme il se doit. Sans ces deux
Hillouloth, cela nous serait très
difficile, car en réalité
la génération ne le mérite
pas. C’est pourquoi heureux somme-nous et
bon est notre sort (Tana Debei Eliahou 21)
d’avoir ces deux Hillouloth, mot qui signifie
« mariages », et qui sont notre
lien avec ces deux tsaddikim, lesquels sont
à leur tour le lien avec la Torah
et avec Dieu au moment de Chavouoth. Rachi
rapporte au nom des Sages (Mekhilta Ytro
19, 17) que Dieu est sorti vers Israël
comme un fiancé vers sa fiancée.
Si l’on veut sincèrement atteindre
ce niveau, il faut une très grande
préparation, alors Dieu se rapproche
de nous.
On comprend parfaitement d’après
tout cela la déclaration suivante
de nos Sages : « Combien sont grands
les actes de ‘Hiya, qui chassait des daims,
les égorgeait, faisait du parchemin
de leur peau, et sur ce parchemin écrivait
la Torah et l’enseignait aux enfants des
benei Israël » (Baba Metsia 85b).
Apparemment, on ne voit pas où est
la grandeur. Il faut également expliquer
pourquoi il fallait qu’il égorge
les bêtes, il aurait pu les vendre
et acheter du parchemin, neuf ou déjà
écrit, avec l’argent de la vente.
De plus, que signifie l’expression «
les actes de ‘Hiya » ?
Rabbi ‘Hiya voulait montrer à
toutes les générations comment
l’éducateur doit enseigner aux benei
Israël les voies de la Torah. Pour
faire rentrer la Torah dans la tête
d’un enfant, il faut un dévouement
absolument extraordinaire. Il ne suffit
pas de vendre sa chasse et d’acheter du
parchemin avec, il faut chasser et égorger
le mauvais penchant, pour que l’éducateur
devienne pur de tout défaut, alors
l’enfant pourra saisir ce qu’il lui enseigne.
C’est cela « combien sont grands les
actes de ‘Hiya ». Il ne s’agit pas
seulement du fait de son enseignement, mais
aussi des actes qui le précédaient.
Cette grande préparation devait s’opérer
avec un dévouement incroyable. La
grandeur, c’est la préparation de
l’enseignant lui-même, et la préparation
de l’enfant, pour qu’il puisse étudier
sans défaut ni péché.
« Voici la chose qu’a ordonnée
l’Eternel, accomplissez-la » désigne
cette préparation intense qui précède
l’étude, et qui consiste à
faire sortir le mauvais penchant du cœur,
à l’égorger, et à s’attacher
au tsaddik. Un tel dévouement permet
de s’élever et de se rapprocher de
Dieu, ce qui a pour conséquence :
« la gloire du Seigneur vous apparaîtra
», la Chekhinah se révélera
à vous, quand vous serez unis devant
Dieu par les intentions et la crainte du
ciel.
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