PARACHAT CHEMINI : 6eme Partie De l’importance de s’attacher à Dieu et à ses mitsvoth Notre parachah raconte l’histoire de
la mort de Nadav et Avihou, au moment où
ils ont offert un feu étranger qui
ne leur avait pas été ordonné
(Lévitique10, 1). Les Sages rapportent
qu’ils avaient déjà commis
auparavant une faute que Dieu n’avait pas
punie jusqu’alors. Sur le verset : «
Ils contemplèrent Dieu, mangèrent
et burent » (Exode 24, 11), ils disent
que Nadav et Avihou ont contemplé
Dieu d’un cœur grossier, en mangeant et
buvant, et qu’à ce moment-là
ils ont encouru la mort pour avoir regardé
ce qu’il était interdit de regarder
(Bérakhoth 17a, Vayikra Rabah 20,
10, Tan'houma Béhaalotkha 16). Mais
comme Dieu ne voulait pas altérer
la joie de cette occasion, Il a attendu
pour exécuter la sentence qu’ils
se trouvent dans la Tente d’Assignation.
Ces affirmations comportent plusieurs
difficultés. Si Nadav et Avihou ont
regardé, cela signifie que c’étaient
des justes et qu’ils en avaient le droit,
sans quoi ils n’auraient rien vu du tout.
Dans ce cas-là, pourquoi l’Eternel
a-t-Il jugé bon de les punir ? S’ils
avaient reçu un signe évident
qu’ils pourraient voir, en quoi sont-ils
passibles de mort ? Et si l’on dit qu’en
vérité, il était interdit
de regarder ce qu’ils ont regardé,
comment ont-ils pu le faire en continuant
à manger et à boire ?
Il y a plus. Les Sages ont énuméré
une quantité de fautes commises par
Nadav et Avihou. Ils marchaient derrière
Moïse et Aaron en se disant : «
Quand ces deux vieillards-là vont-ils
mourir pour que toi et moi puissions mener
la génération ? » (Sanhédrin
52a, Vayikra Rabah 20, 7). Ils ne se sont
pas mariés (Vayikra Rabah Ibid.).
De plus, ils sont entrés dans le
Sanctuaire en état d’ivresse (Vayikra
Rabah 12, 1, Tan'houma A’harei Mot 6). Comment
concevoir que ces deux tsaddikim maudissent
Moïse leur maître et Aaron leur
père en souhaitant qu’ils meurent
et que ce soit eux qui dirigent la génération
? Leur droiture est connue de tous [certains
ouvrages disent qu’ils sont morts par la
faute de l’arbre de la connaissance du bien
et du mal...]. S’ils avaient vraiment prononcé
de telles paroles, comment pourrions-nous
continuer à les admirer ? Pourquoi
sont-ils entrés en état d’ivresse
dans le Sanctuaire et ne se sont-ils pas
mariés, ils devaient pourtant bien
savoir que la première des mitsvoth
est celle de croître et multiplier.
Comment ont-ils espéré pouvoir
mener le peuple d’Israël sans être
mariés, et qui plus est en pénétrant
en état d’ivresse dans le lieu où
réside la Présence divine
?
Par dessus tout, il n’en reste pas moins
que Dieu a dit d’eux « Je me sanctifierai
par mes proches » (Lévitique
10, 3), et que Moïse a dit à
Aaron : « Je pensais qu’il s’agissait
de moi ou de toi, maintenant je vois qu’ils
sont plus saints que nous » (Vayikra
Rabah 12, 2). C’est donc qu’ils étaient
de grands tsaddikim, au point que Dieu a
ordonné aux benei Israël : «
Et vos frères, toute la maison d’Israël,
pleureront ceux qu’a brûlés
le Seigneur » (Lévitique 10,
6). Comment concilier ces faits avec tout
ce qu’on leur reproche ?
Il est vrai que nos Sages ont déjà
beaucoup parlé de la parachah de
Nadav et Avihou, mais chacun a le droit
de donner son interprétation, et
je vais également présenter
ma contribution, avec l’aide de Dieu.
Nadav et Avihou se sont attachés
à Dieu d’une façon qui dépassait
la nature et les forces ordinaires, au point
de désirer modifier des règles
bien établies. Or on sait que tout
homme peut progresser dans le service de
Dieu en fonction de sa compréhension
et de son niveau, car au fur et à
mesure qu’il élargit son cœur pour
y faire entrer la crainte du Ciel, il reçoit
dans les mêmes proportions une abondance
de rayonnement et de sainteté, à
l’infini, comme un robinet d’eau qui coule
abondamment tant qu’il est ouvert.
Nadav et Avihou avaient le sentiment
qu’ils pouvaient prendre la responsabilité
des benei Israël et les diriger dans
les voies de Dieu, et leur cœur leur disait
que la voie qui convenait était celle
de la vigueur, à savoir de la justice
et non de la miséricorde, alors que
ces deux vieillards, Moïse et Aaron,
conduisaient le peuple avec mansuétude
parce qu’ils n’avaient pas la force de leur
imposer l’intransigeance. C’est pourquoi
ils ont dit : Quand ces deux vieillards-là
vont-ils mourir ! Ils estimaient qu’il fallait
faire preuve de rigorisme plutôt que
de miséricorde. Par conséquent,
se disaient-ils, nous, qui sommes encore
jeunes, nous pouvons gouverner la génération
par la justice et enseigner la Torah aux
benei Israël de cette façon.
Leurs intentions étaient totalement
pures, et n’étaient nullement de
maudire Moïse leur maître ni
Aaron leur père. Leur répugnance
au mariage provenait également de
la même source, car ils pensaient
que les dirigeants étaient âgés,
allaient mourir, et qu’eux allaient avoir
la charge des benei Israël. Ils devaient
donc se tenir prêts en état
constant de pureté pour parler avec
la Chekhinah, ce qui impliquait de s’écarter
de la femme comme l’avait fait Moïse
qui s’était séparé
de sa femme Tsipporah (Chabath 87a, Avoth
Derabbi Nathan 2, 3), ainsi qu’il est écrit
« à propos de la femme noire
qu’il avait prise » (Nombres 12, 1)
- et dont il s’était séparé.
Ils ne se sont donc pas mariés et
n’ont pas eu de descendance, pour ne pas
s’embarrasser des problèmes causés
par la femme et les enfants. Tout cela était
dans le but de mieux servir Dieu, car l’Ecriture
témoigne sur eux qu’ils étaient
des justes, c’est pourquoi les benei Israël
devaient les pleurer (Lévitique 10,
6). Une autre raison pour laquelle ils voulaient
prendre la conduite du peuple à leur
maître et à leur père
est qu’ils voulaient donner leur vie pour
les benei Israël, dans la ligne de
la plus grande rigueur (midath hadin).
Cela explique également leur «
état d’ivresse », comparable
à celui de ‘Hana dans sa prière,
quand le grand prêtre Héli
l’a crue chikorah (« ivre »)
(I Samuel 1, 13). Un homme ivre se conduit
de façon irrationnelle, et même
si son ivresse n’est qu’apparente, le résultat
paraît suffisamment bizarre pour qu’on
le croit ivre. Ainsi ‘Hana « parlait
à son cœur » (Ibid.), ce qui
signifie qu’elle était totalement
plongée dans sa prière, mais
Héli l’a crue ivre. Il en va de même
de Nadav et Avihou, qui adhéraient
si intimement à Dieu qu’ils s’étaient
élevés à un niveau
de sainteté extrême, semblable
en tous points à celui des anges,
si bien que pour un regard humain, leur
comportement paraissait insolite. En réalité,
ils n’agissaient que par amour du ciel,
dans le but de conduire les benei Israël
selon la rigueur et de les élever
à des sommets glorieux.
Il n’en reste pas moins que cette démarche
ne coïncidait pas avec ce que voulait
Dieu, puisqu’elle est qualifiée de
« feu étranger qui ne leur
avait pas été ordonné
» (Lévitique 10, 1). Ils sont
entrés dans le Sanctuaire pendant
leur service en introduisant un feu étranger,
c’est-à-dire une Torah étrangère,
car il est écrit à propos
de la Torah : « De lui une loi de
feu » (Deutéronome 33, 2),
et les Sages disent à ce propos que
la Torah est de feu et a été
donnée dans le feu (Tan'houma Ytro
13, Mekhilta Ibid. 19, 18). Or ils ont cherché
à introduire un feu étranger,
une Torah étrangère, qui n’était
pas bonne pour les benei Israël. En
effet, d’une part il est interdit de modifier
la voie tracée par Dieu, et d’autre
part la génération n’était
pas digne de tels chefs, elle avait besoin
d’être dirigée selon la voie
de la miséricorde et non selon la
voie de la rigueur, qui aurait risqué
de provoquer son anéantissement complet.
Chacun doit d’ailleurs se comporter envers
le prochain avec indulgence (Baba Kama 100a,
Baba Metsia 30b), même s’il lui a
causé du tort. Si Nadav et Avihou
avaient pris la tête des benei Israël
et que quelqu’un ait encouru la justice
divine, ils n’auraient pas du tout intervenu,
estimant que le châtiment était
mérité, alors qu’avec Moïse
et Aaron tout se passait selon la miséricorde
et ils priaient pour les pécheurs,
comme au moment de la faute du Veau d’Or
et de la révolte de Coré,
quand ils ont dit : « Vas-tu sévir
contre toute la communauté parce
qu’un seul homme a péché ?
» (Nombres 16, 22). C’est pourquoi
Nadav et Avihou ont été punis
: même si toute leur intention était
de servir Dieu, ce n’était pas la
bonne façon de conduire les benei
Israël, et nous savons que plus une
personne est proche de Dieu, plus Il se
conduit sévèrement avec elle
(Yébamoth 121b, Vayikra Rabah 27,
1).
En outre, le fait qu’ils ne se soient
pas mariés pour que leur cœur reste
libre de parler avec Dieu leur est également
compté comme une faute, car ils auraient
pu se marier jusqu'à la disparition
de Moïse et Aaron et ensuite seulement
se séparer de leur femme, comme l’avait
fait Moïse. En ne se mariant pas du
tout, ils ont négligé la mitsvah
d’avoir des enfants, au lieu d’attendre
la mort de Moïse et Aaron pour se séparer
de leur femme. Ils ont donc agi en hommes
ivres en approchant un feu étranger,
à savoir des opinions étrangères
et inacceptables, car tout ce que Dieu n’ordonne
pas s’appelle étranger. Il est interdit
de se comporter avec les autres selon la
stricte justice, il faut avoir pitié
de chacun et ne pas ressembler à
un homme ivre, car nos actes doivent être
acceptables pour tout le monde, comme nous
l’enjoint la Torah : « Soyez irréprochables
devant Dieu et devant Israël »
(Nombres 32, 22).
Mais par ailleurs, Dieu savait que leur
intention était entièrement
de manifester leur amour pour Lui, Il connaissait
la droiture de leur cœur et la pureté
de toutes leurs actions, Il s’est donc sanctifié
par eux, car Il se montre exigeant à
l’extrême envers ceux qui sont proches,
et Il « veille sur les pas de ses
adorateurs » (I Samuel 2, 9). C’est
pourquoi les benei Israël les ont pleurés,
car ils sont morts pour eux.
Tout ce que nous venons de dire nous
permet de comprendre la nature de ce qu’ils
ont regardé au moment où ils
mangeaient (« Ils contemplèrent
Dieu, mangèrent et burent »
(Exode 24, 11)). Il est écrit à
propos de ce repas : « Aaron et tous
les Anciens d’Israël vinrent partager
le repas du beau-père de Moïse
devant Dieu » (Ibid. 18, 12). La Guemara
(Bérakhoth 64a) fait remarquer qu’ils
n’ont pas mangé devant Dieu, mais
devant Moïse et Aaron, ce qui nous
enseigne que lorsqu’on se trouve à
la même table qu’un talmid ‘hakham,
c’est comme si l’on accueillait la Chekhinah.
Elle affirme ailleurs (Chabath 127a, Chavouoth
35b) que recevoir des invités est
plus important que d’accueillir la Chekhinah.
A ce repas de Ytro, Tsipporah et ses enfants
étaient invités, et Moïse
ne s’est pas assis, il s’est tenu debout
et les servait (Sotah 13b). Il avait appris
cela d’Abraham qui avait demandé
à Dieu de l’attendre pendant qu’il
s’occuperait des invités qui venaient
de se présenter (Genèse 18,
3). Or Moïse aurait pu regarder la
Chekhinah et parler avec elle, car Dieu
se présentait toujours à lui.
C’est pourquoi Nadav et Avihou, constatant
eux aussi cette présence de la Chekhinah
au cours de ce repas, se sont considérablement
élevés, au point que Dieu
s’est révélé à
eux. Alors, au lieu de se couvrir la face
au moment de ce dévoilement, comme
Moïse le faisait sans cesse («
Moïse se couvrit le visage, craignant
de regarder le Seigneur » (Exode 3,
6)), ils ont contemplé la gloire
de l’Eternel, si bien que la colère
de Dieu s’est enflammée contre eux,
leur reprochant de vouloir prendre la place
de Moïse sans pour autant se comporter
comme lui, qui se voilait le visage, alors
qu’eux n’avaient pas hésité
à regarder la Chekhinah dès
sa première apparition. Il ne les
a pas punis immédiatement pour ne
pas abîmer la joie de l’occasion,
mais il n’en reste pas moins que leur façon
de vouloir s’élever et adhérer
à Dieu était erronée.
Il ressort de tout ce qui précède
que même sans voir Dieu, l’homme doit
croire en Lui et Le servir, voir et sentir
Sa présence en chaque chose. Quand
un serviteur qui voit continuellement son
maître le sert avec droiture, cela
n’a rien de surprenant. Mais s’il travaille
avec ardeur en rajoutant même des
heures sans voir son maître et sans
demander de salaire, sa récompense
est très grande, car il s’affaire
même en l’absence de son maître,
si quelqu’un fait une bêtise il la
répare rapidement pour ne pas l’irriter,
et il trouve son bonheur dans le fait que
son travail soit exécuté parfaitement.
Il mérite donc le nom de serviteur
droit et bon, et il est certain que son
maître ne lui ménagera pas
sa récompense. C’est ainsi qu’il
en va de tout juif, qui sert Dieu avec joie
et droiture même sans le voir, et
dont la récompense est considérable.
C’était l’attitude de Moïse,
et il l’a enracinée dans le cœur
de chaque ben Israël. Il aurait toujours
eu la possibilité de contempler Dieu,
qui parlait avec lui, ainsi qu’il est écrit
: « C’est l’image de Dieu même
qu’il contemple » (Nombres 12, 8).
Pourtant il préférait se couvrir
le visage d’un voile (« Moïse
remettait le voile sur son visage »
(Exode 34, 35)), car il ne voulait pas regarder
Celui qui gouverne le monde entier, et qu’on
peut servir sans le voir, par la seule conscience
de Son existence. Nadav et Avihou ont voulu
Le voir véritablement, et ils ont
été punis, car ils auraient
dû prendre exemple sur Moïse.
Ils ressemblaient au serviteur qui ne sert
son maître que lorsqu’il le voit,
alors qu’il faut servir Dieu en toutes circonstances
pour arriver à adhérer à
Lui et à Ses mitsvoth.
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