PARACHAT CHEMINI : 7eme Partie La faute de Nadav et Avihou et leur infinie grandeur En plusieurs endroits, les Sages ont
parlé de la nature de la faute de
Nadav et Avihou, que la Torah exprime en
disant : « Les fils d’Aaron, Nadav
et Avihou, prirent chacun leur encensoir
(...) et apportèrent devant le Seigneur
un feu étranger qu’Il n’avait pas
commandé » (Lévitique
10, 1). Ils disent entre autres (Sanhédrin
52a, Vayikra Rabah 20, 7) qu’ils marchaient
derrière Moïse et Aaron en disant
: « Quand ces deux vieillards-là
vont-ils mourir pour que moi et toi nous
dirigions la génération ?»,
ou encore (Vayikra Rabah Ibid., Yalkout
Chimoni Chemini 554, Zohar III 39a) qu’ils
ne s’étaient pas mariés, qu’ils
étaient entrés dans le Sanctuaire
en état d’ivresse, et que c’était
la cause de leur châtiment.
Tout cela est très surprenant.
Comment Nadav et Avihou ont-ils pu se sentir
supérieurs à Moïse et
Aaron au point d’en arriver à enseigner
une halakhah devant leur maître (Erouvin
63a, Torath Cohanim 10, 24) ? N’ont-ils
pas compris que cela leur vaudrait une punition,
de même que le fait de ne pas accomplir
les mitsvoth de l’Eternel ?
Cela peut s’expliquer parfaitement (et
nous l’avons déjà fait longuement
dans l’article précédent,
« De l’importance de s’attacher à
Dieu et à ses mitsvoth »).
Nadav et Avihou estimaient que Moïse
avait atteint toute sa grandeur parce qu’il
était monté aux cieux avec
la permission de Dieu, et que c’était
là qu’il avait atteint la plénitude
de sa sainteté. Son frère
Aaron avait suivi le même processus
en montant avec Moïse, ainsi qu’il
est écrit : « Tu monteras,
toi et ton frère avec toi »
(Exode 19, 24). Mais eux, Nadav et Avihou,
étaient arrivés à leur
niveau par leurs propres forces, sans monter
au ciel, sans aucune aide extérieure,
par conséquent ils se sentaient plus
grands que Moïse et Aaron. C’est ce
qui leur a fait croire qu’ils étaient
dignes de diriger les benei Israël,
mais ils en ont été punis,
car ils auraient dû savoir que le
Ciel ne confère pas la grandeur à
quelqu’un sans raison, et qu’il était
absolument interdit de douter de la façon
de gouverner le peuple de Moïse et
Aaron. Cet aveuglement leur a fait encourir
la mort.
En réalité, Moïse
et Aaron étaient plus grands que
Nadav et Avihou. En effet, Moïse ne
s’est jamais comparé avantageusement
à qui que ce soit, car il estimait
tout le monde. Par exemple, quand son fils
Guershom a couru vers lui pour lui dire
: « Eldad et Médad prophétisent
dans le camp » (Nombres 11, 27), et
que son serviteur Josué a ajouté
: « Mon maître Moïse, empêche-les
! » (Ibid. 28), il a répondu
: « Es-tu jaloux pour moi ? Si seulement
tout le peuple de Dieu pouvait être
composé de prophètes ! »
(Ibid. 29). Son frère Aaron ne s’imaginait
pas non plus avoir un niveau exceptionnel,
il se considérait comme le moindre
d’entre les benei Israël, au point
de dire : « Que sommes-nous... »
(Exode 16, 7). Ils ne s’attribuaient aucune
importance personnelle, c’est pourquoi Dieu
n’a pas admis la revendication de Nadav
et Avihou. Il préférait nommer
comme dirigeant quelqu’un qui n’ait pas
de prétention et se montrerait humble
et modeste avec le peuple. Nous devons en
apprendre la conduite à tenir et
celle qu’il faut adopter pour diriger les
benei Israël : ne se comparer avantageusement
à personne, de façon à
ne mépriser personne. Au contraire,
un chef doit constamment avoir l’impression
de transporter un insecte impur, comme l’ont
dit les Sages : « On ne nomme quelqu’un
dirigeant que s’il transporte une boite
remplie d’insectes impurs » (Yoma
22b) [à savoir qu’il a quelque chose
à se reprocher, ce qui l’empêche
de s’enorgueillir], car le peuple, lui,
ne porte rien de semblable... [il n’a rien
à se reprocher a priori], c’est ce
qui permet de juger le peuple en toute équité.
Or Nadav et Avihou se sentaient supérieurs
à Moïse et Aaron, alors que
l’inverse n’était pas vrai. Bien
au contraire, Moïse et Aaron avaient
beaucoup d’estime pour eux, par exemple
quand ils leur ont appliqué la parole
de Dieu « Je me sanctifierai par mes
proches » (Lévitique 10, 3).
Et c’est précisément cela
qui est considéré comme la
grandeur de Moïse.
A présent, réfléchissons
à l’instruction que Dieu a donnée
: « Toute la maison d’Israël
pleurera ceux qu’a brûlés le
Seigneur » (Ibid. 10, 6). Peut-il
venir à l’esprit que les benei Israël
ne les pleurent pas, au point qu’il ait
fallu un ordre ? De plus, il ressort de
ce verset que Dieu demande aux benei Israël
de faire une oraison funèbre à
Nadav et Avihou, ce qui semble impliquer
qu’ils ne l’auraient pas fait autrement.
Est-ce concevable ?
Tout cela est parfaitement compréhensible.
Nadav et Avihou voulaient être plus
grands que Moïse et Aaron, comme nous
l’avons déjà rappelé
longuement dans l’étude précédente
(« De l’importance de s’attacher à
Dieu et à ses mitsvoth »).
Ils souhaitaient leur mort, sont entrés
dans le Sanctuaire en état d’ivresse,
ne se sont pas mariés parce qu’ils
pensaient être appelés à
diriger les benei Israël selon la stricte
justice et non selon la miséricorde,
et ont eu des comportements bizarres. De
plus, ils se sont comparés avantageusement
à Moïse et Aaron. Tout cela
ne plaisait guère aux benei Israël,
car leurs yeux de chair constataient qu’ils
méprisaient Moïse et Aaron,
les plus grands de leur génération.
On peut donc logiquement supposer qu’ils
ne voulaient ni les pleurer ni leur faire
une oraison funèbre convenable.
C’est pourquoi Dieu, qui est comme on
le sait un juge équitable qui sonde
les reins et les cœurs (Jérémie
11, 6), leur a ordonné de pleurer
Nadav et Avihou. Il savait qu’ils n’avaient
été mus que par l’amour du
ciel, car « l’homme voit ce que les
yeux lui montrent, et Dieu voit le cœur
» (I Samuel 17, 7). Il a donc dit
: « Toute la maison d’Israël
pleurera ceux qu’a brûlés le
Seigneur », pour que les benei Israël
apprennent d’eux tout au moins comment se
dévouer pour le prochain en servant
Dieu. Cela ne doit toutefois pas être
aux dépens de l’obéissance
aux grands de la génération,
dont il faut toujours suivre les directives.
Comment faut-il se comporter ?
Tout homme a le devoir de se dévouer
corps et âme pour le prochain, car
c’est ce qu’a ordonné Dieu. Mais
en même temps, on doit continuer à
obéir scrupuleusement aux grands
de la génération, sans rien
enfreindre de leurs paroles, alors que Nadav
et Avihou l’ont fait sans obéir à
Moïse et Aaron.
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