PARACHAT CHEMINI : 9eme Partie De la grandeur du Kiddouch Hachem Notre parachah traite de la grandeur
d’Aaron. Après la mort de Nadav et
Avihou, il est écrit : « Et
Aaron se tut » (Lévitique 10,
3), à savoir qu’il a justifié
la sentence par son silence, et a montré
à tous que Dieu avait agi justement
en prenant la vie de ses deux fils le jour
même où il était intronisé
Grand Prêtre, le jour de la joie de
son cœur, le jour de la joie de l’Eternel,
le jour qui avait reçu dix couronnes
(Séder Olam 7, Torath Cohanim 9,
1), le jour que le monde entier attendait
depuis sa création, le jour enfin
où Dieu établirait Sa résidence
dans le monde.
Apparemment, Aaron aurait pu demander
à Dieu pourquoi Il avait mis à
mort ses fils, qui étaient des justes.
Ils n’avaient agi que par amour du ciel
et pour se rapprocher de Dieu, et même
s’ils avaient donné un enseignement
devant leurs maîtres (Erouvin 63a),
quelle importance cela avait-il ? Ce n’était
vraiment pas leur propos. Les benei Israël
eux aussi auraient pu poser ces questions,
mais voyant qu’Aaron s’était tu et
avait accepté le décret, ils
en ont conclu qu’il n’y avait pas lieu de
protester.
C’est pourquoi le silence est précisément
la façon dont le Nom de Dieu a été
sanctifié en public. Il est écrit
à propos des fils d’Aaron : «
Je me sanctifierai par mes proches »
(Lévitique 10, 3), et cela s’est
réalisé dans le fait qu’Aaron
a ratifié le jugement, conscient
que tout ce que fait le Miséricordieux
est pour le bien (Bérakhoth 60b,
Zohar I 181a), et que Dieu réprimande
ceux qu’Il aime (Proverbes 3, 12). Moïse
avait dit à Aaron (Vayikra Rabah
1é, 2, Tan'houma Chemini 1) : «
Je croyais que Dieu se sanctifierait par
moi ou par toi, maintenant je vois qu’ils
étaient plus grands et plus saints
que moi et que toi. » Ton silence
prouve donc que tout ton être adhère
à Dieu. Quand Aaron s’est tu, il
a sanctifié le Nom de Dieu aux yeux
de tous les benei Israël, car tous
ont vu qu’il acceptait Sa décision.
S’il avait protesté, il aurait provoqué
une profanation du Nom, alors qu’au contraire
il l’a sanctifié en public.
Les deux fils d’Aaron ont ainsi mérité
de ressembler à Isaac. De même
que Dieu se rappelle la cendre d’Isaac,
qui est présente à Ses yeux
le jour de Kippour (Vayikra Rabah 36, 5),
Il se rappelle la mort des deux fils d’Aaron
par laquelle Son Nom a été
sanctifié [c’est d’ailleurs grâce
à eux que les benei Israël ont
mérité le jour de Kippour,
comme l’a dit le Admor de Gour à
table pendant le repas du Chabath A’harei
Mot-Kedochim (année 5753)]. En effet,
quiconque sanctifie le Nom de Dieu en public
et ratifie ses décrets sans protester
est digne que son mérite protège
toute sa génération et toutes
les générations, en ce monde
et dans le monde à venir.
Par conséquent, la mort des justes
est une expiation pour les benei Israël
(Moed Katan 28a, Yoma 1, 1, Vayikra Rabah
20, 7), car dans leur vie Dieu leur envoie
des épreuves, qu’ils acceptent avec
amour en reconnaissant qu’elles sont justes,
et ce mérite est tel qu’à
cause d’eux Dieu pardonne au monde entier.
En outre ils sont plus grands encore dans
leur mort que pendant leur vie (‘Houlin
7b), et ils peuvent expier pour toute la
communauté d’Israël.
En écrivant ces mots, je me souviens
d’une visite que j’ai faite à un
malade, un homme jeune qui craignait Dieu.
Quand je l’ai vu, j’ai parlé à
l’ami qui m’accompagnait de l’épreuve
terrible que devait traverser la famille
du patient, et je lui ai dit que c’était
justement à ce moment-là que
lui et sa famille devaient se dominer et
accepter cette peine en prenant conscience
du fait qu’elle était provoquée
par l’amour de Dieu pour eux (Bérakhoth
5a). C’est difficile, parce que le Satan
accuse l’homme au moment du danger (Tan'houma
Vayigach 1), accroissant ainsi le trouble
dans le cœur du malade et de sa famille.
A ce moment-là ils risquent de se
demander pourquoi il doit tant souffrir
alors qu’il observe la Torah et les mitsvoth,
qu’il est rempli de foi et qu’il se comporte
avec bonté envers les autres. Est-ce
cela la récompense de sa Torah ?
(Bérakhoth 61b, Mena’hoth 29b, Yérouchalmi
‘Haguiga 2, 1).
Ils doivent savoir que ces épreuves
sont justement des épreuves d’amour,
qui n’entraînent pas de négligence
dans l’étude de la Torah et la prière,
et que Dieu tient compte de tout. Par conséquent
c’est précisément pendant
ces durs moments que la famille et surtout
le malade doivent surmonter les doutes et
la confusion et accepter la souffrance avec
amour. Alors, heureux est-il de pouvoir
sanctifier le Nom de Dieu en public et en
justifiant ce qui lui arrive, dans la certitude
que « Dieu châtie celui
qu’Il aime » (Proverbes 3, 12), et
que « Celui que Dieu aime, Il l’a
frappé de maladie » (Isaïe
53, 10). Mais hélas ! Malheur à
celui qui profane ce Nom en protestant contre
Ses décrets et en demandant ce qui
lui a valu de telles souffrances, car il
montre par là qu’à son avis
elles sont injustes. Il doit se dominer
et les accepter avec amour.
On voit donc à quel point l’homme
peut favoriser le monde entier en un seul
instant de sanctification publique du Nom
de Dieu, surtout s’il Lui consacre toute
sa vie, car alors sa récompense est
absolument indicible. En outre, Dieu lui
en est reconnaissant et l’appelle «
Mon fils, celui qui œuvre pour moi »,
comme il est dit des benei Israël qu’ils
oeuvrent pour leur Père des Cieux
(Zohar III 7b), Le ceignent de dix vêtements
(Devarim Rabah 2, 26), ou Le délivrent
de parmi les peuples (Bérakhoth 8a,
Zohar III, 281a).
Il est écrit : « Donnez
la puissance à Dieu, Sa majesté
repose sur Israël » (Psaumes
68, 35), ce qui signifie que par l’intermédiaire
des benei Israël qui Le sanctifient,
Il a puissance et majesté non seulement
dans les Cieux, mais aussi sur la terre,
comme en témoigne le verset : «
L’Eternel règne, Il est revêtu
de majesté » (Psaumes 93, 1).
Une fois ceci réalisé, on
en arrive également à «
Sa force est dans les cieux » (Ibid.
68, 35), en haut comme en bas. En effet
celui qui sanctifie le Nom de Dieu est comme
un char pour son maître, en ce qu’il
porte et protège Son honneur. Et
malheur à quiconque profane Son Nom,
car il montre que pour lui, il n’existe
ni justice ni juge (Yoma 72a, Baba Batra
78b, Vayikra Rabah début du par.
28). S’il a profané le Nom de Dieu
fût-ce en secret, on le punit en public
(Avoth 4, 4, Tana Debei Eliahou Rabah 13),
car il prive Son Maître de sa force,
et à cause de lui ce n’est pas l’abondance
mais uniquement le malheur qui descendra
sur le monde. Quant à celui qui accepte
le décret en se taisant comma Aaron,
il élève le Nom de Dieu. Le
mot vayidom (« il se tut »,
écrit sans vav) a la même valeur
numérique que les mots Y-A-H (un
des noms de Dieu) et Adam (« l’homme
») ensemble, et le nom Y-A-H a la
même valeur numérique que gaavah
(« majesté »), ce qui
nous rappelle que « La puissance est
à Dieu, sa fierté repose sur
Israël », car toute Sa fierté
ne devient manifeste que lorsque l’homme
s’abstient de protester contre Ses actes
et accepte Sa sentence avec amour.
On trouve une allusion à ce sujet
dans l’épisode où les benei
Israël se sont plaints contre Dieu
en disant : « Dieu se trouve-t-Il
parmi nous ou non ? » (Exode 17, 7),
portant ainsi atteinte à Son Nom,
puisque cela montre qu’ils n’acceptaient
pas de bon cœur ce qui leur arrivait. Immédiatement,
« Amalek vint et lutta contre Israël
» (Ibid. 8). Amalek, qui avait créé
une imperfection dans le nom Y-A-H, est
venu attaquer Israël avec tout son
orgueil. C’est pourquoi Dieu a dit : «
Puisque sa main s’attaque au trône
de Y-A-H, Dieu est en guerre avec Amalek
» (Ibid. 17, 16), car il faut maintenant
réparer ce que l’orgueil a abîmé
en enlevant une unité à la
valeur numérique de Y-A-H (quinze)
pour le transformer en YAD (« main
», valeur numérique : 14).
En effet, les forces du mal ont un pouvoir
sur la sephirah de Hod (« gloire »),
dont la valeur numérique est 15,
à savoir Y-A-H (Zohar III 282a).
C’est ce que signifie « Puisque sa
main etc. ». Quant au mot KESS («
trône »), il s’agit là
aussi de lui rendre la lettre aleph pour
en faire KISSÉ (la forme complète
du mot « trône »), et
alors : Y-A-H sera complété
et aura de nouveau la valeur de quinze,
le trône sera complet, et la sephirah
de Hod sera dans sa plénitude, au
moment où le royaume de Dieu se révélera
sur toute la terre. Quand tout cela se produira-t-il
? Avec la victoire sur Amalek, qui avait
porté atteinte à toutes ces
notions.
Quand Aaron s’est tu et a accepté
la sentence, il a annulé sa propre
personne devant Dieu et a élevé
la sephirah de Hod jusqu’à sa place,
car nous savons que c’est la sephirah qui
est représentée par Aaron
(Zohar II, 276b). Lui aussi a été
élevé par la sephirah de Hod,
car quiconque fuit les honneurs et la grandeur
se voit poursuivi par eux (Erouvin 13b,
Pessikta Zouta Chemoth 4, 1). C’est ce que
signifie « il se tut » : il
a tout fait remonter jusqu’à sa racine,
a rendu la majesté à Dieu,
comme dans « L’Eternel règne,
Il est revêtu de majesté »
(Psaumes 93, 1), et a régénéré
le Nom de Dieu et le Hod.
De plus, par son silence et son effacement
vis-à-vis de Dieu, il a amené
la paix sur le monde entier, ce qui est
sa qualité la plus caractéristique
: Aaron «aime la paix et poursuit
la paix » (Avoth 1, 12). Quand il
voit qu’il y a lieu d’accuser Israël,
il sait que la cause en est la haine gratuite,
c’est pourquoi il poursuit la paix afin
d’étendre la sephirah de hod et de
l’élever à sa place, pour
qu’elle ne tombe pas au pouvoir de la kelipah.
Son silence est également la qualité
qui permet d’entendre des affronts sans
protester, et cette attitude entraîne
le rétablissement de la sephirah
et du Nom de Dieu.
Le silence d’Aaron a donc eu de nombreux
résultats positifs : il a sanctifié
le Nom de Dieu, lui a rendu toute sa dimension,
a restauré la sephirah de Hod, a
amené la paix, et a réalisé
un perfectionnement de toute la communauté
d’Israël. C’est donc son silence qui
a donné du mérite à
ses fils Nadav et Avihou, sans quoi le dommage
aurait été considérable,
mais comme il s’était tu, cette qualité
a agi en faveur de ses fils, le Nom de Dieu
a été sanctifié à
travers eux, l’accusateur a été
réduit au silence et la sephirah
de Hod (spécifique à Aaron)
a été réparée,
ainsi que le Nom de Dieu. Quant à
Nadav et Avihou, ils se sont élevés
et ont atteint la place qui leur convient
en ayant sanctifié le Nom de Dieu
en public.
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