PARACHAT CHEMINI : 11eme Partie QUELQUES REMARQUES De l’inconvénient de la routine
dans le domaine des mitsvoth
Il est écrit : « Les fils
d’Aaron, Nadav et Avihou, prirent chacun
leur encensoir (...) et apportèrent
devant Dieu un feu étranger qu’Il
n’avait pas ordonné. Et un feu sortit
de devant Dieu et les dévora »
(Lévitique 10, 1-2). Or il est déjà
mentionné qu’ils avaient vu la Chekhinah
(« Et ils contemplèrent le
Seigneur » (Exode 24, 11)), ce qui
fait dire au Midrach qu’ils ont jeté
un coup d’œil et se sont rendus passibles
de mort (Chemoth Rabah 3, 2). Malgré
tout, ils ont continué à manger.
Pourquoi ? Quand ils se nourrissaient, c’était
tellement dans l’intention de servir Dieu
qu’en mangeant ils se sont beaucoup rapprochés
de la Chekhinah sans craindre de la regarder,
si bien qu’ils s’y étaient déjà
habitués.
Certes, leurs intentions étaient
entièrement saintes et cette attitude
n’était pas délibérée.
N’oublions d’ailleurs pas qu’il est dit
à leur propos : « Je me sanctifierai
par mes proches » (Lévitique
10, 3). Il n’en reste pas moins que cela
doit nous enseigner à ne tomber dans
aucune routine, car il y a des limites à
tout, et un excès de familiarité
peut mener au péché. Entre
autres, il faut se conduire avec respect
et sainteté à la synagogue
et à la maison d’étude, plutôt
que de s’y rendre par habitude, car l’habitude
peut engendrer un esprit de légèreté.
C’est la raison pour laquelle leur père
Aaron a ensuite été averti
de ne pas rentrer à tout moment dans
le Sanctuaire (Lévitique 16, 2),
pour ne pas mourir comme eux. Pourquoi ?
Il est écrit dans Imrei Chefer que
l’habitude étant néfaste,
il ne faut pas entrer à tout moment
dans le Sanctuaire afin de ne pas s’habituer
à la mitsvah, car un excès
de familiarité avec la mitsvah peut
mener à la traiter à la légère.
Dans ce cas, pourquoi Dieu n’a-t-Il pas
averti aussi Nadav et Avihou de ne pas s’habituer
à venir, comme cela ils n’auraient
subi aucun dommage ? La Torah a écrit
à ce propos : « Je me sanctifierai
par mes proches », pour nous apprendre
qu’ils se sont rapprochés de Dieu
au maximum pour le bien des benei Israël,
afin qu’ils apprennent d’eux à ne
pas trop s’engager dans les habitudes.
L’orgueil constructif doit être
mesuré avec exactitude
Après la mort de ses fils, Aaron
a fait preuve d’une qualité importante.
Il est dit de lui : « Aaron se tut
» (Lévitique 10, 3), et il
en a été récompensé.
Le mot va-idom (« il se tut »)
a quatre fois la valeur numérique
de gaavah (« orgueil »). Que
vient faire ici l’orgueil ? Et pourquoi
l’évoquer précisément
quatre fois dans ce contexte ?
Quand Aaron a vu que ses deux fils les
tsaddikim étaient morts, il risquait
d’en arriver à un orgueil positif
provoqué par l’élévation,
car Moïse lui avait déjà
dit que ses deux fils étaient plus
saints qu’eux-mêmes (Zeva’him 115b),
c’est pourquoi il s’est tu immédiatement,
pour se débarrasser même de
cet orgueil-là sous ses quatre formes,
bien qu’ayant mérité que ses
fils se soient sanctifiés dans leur
vie et dans leur mort.
L’orgueil a parfois un côté
positif, quand il s’agit par exemple de
hausser son cœur dans les voies de Dieu
(II Divrei Hayamim 17, 6), mais il doit
être dosé avec exactitude,
comme le désire Dieu et rien de plus,
sinon « Tout cœur hautain est en horreur
à l’Eternel (Proverbes 16, 5). On
trouve en plusieurs endroits des allusions
à cette idée, par exemple
dans l’explication des versets suivants.
Pourquoi est-il interdit à un
Grand Prêtre d’épouser une
veuve (Lévitique 21, 14) ? Afin qu’il
ne tombe pas dans l’orgueil même positif
en s’imaginant que tout lui est permis.
La Guemara raconte que dans la génération
de Rabbi ‘Hanina l’adjoint du Grand Prêtre,
qui était pourtant assez grand pour
prendre des décisions dans des questions
de pureté et d’impureté, beaucoup
de gens sont néanmoins morts, parce
qu’il n’y avait pas assez d’humilité,
et qu’ils ont été atteints
par l’impureté de l’orgueil (Pessa’him
14a). Nos Sages ont également dit
qu’il manquait cinq choses dans le
Deuxième Temple, l’Arche, le Kaporet
avec les chérubins, le feu et la
Chekhinah, l’esprit saint, les ourim et
les toumim (Yoma 21b, Bemidbar Rabah 15,
7, Tan’houma Béha’alotkha 6), et
aussi que les vêtements sacerdotaux
expient différentes fautes (Zeva’him
88b), par conséquent dans le Deuxième
Temple où il manquait les cinq choses
et où les vêtements sacerdotaux
étaient incomplets, on risquait de
nouveau d’en arriver à toutes les
fautes graves (voir Tossafoth Ibid.), en
particulier l’orgueil qui est la source
de tout péché. C’est pourquoi
ils ajoutent que l’expiation a néanmoins
continué, malgré tous ces
obstacles, afin que l’on n’arrive pas à
l’orgueil, même positif.
Il est dit : « Je t’ai multipliée
comme la végétation des champs,
tu as augmenté, grandi, tu as revêtu
la plus belle des parures, mais tu étais
nue et dénudée » (Ezéchiel
16, 7), ce qui signifie que Dieu désire
que nous soyons bas et modestes comme la
végétation des champs ; mais
si nous revêtons les parures de l’orgueil,
même constructif, cela s’appelle une
nudité de toutes les mitsvoth. C’est
un des enseignements de ce passage, que
nous lisons à Pessa’h (voir Mekhilta
Bo). Or après Pessa’h, il y a un
peu de lumière, car le mois de Iyar
s’appelle également Ziv («
l’éclat ») (Roch Hachanah 11a),
c’est donc un moment où il est possible
de recevoir la lumière et l’éclat
de Dieu. Et c’est justement la raison pour
laquelle pendant les jours du Omer on lit
la parachat Kedochim, où Dieu dit
aux benei Israël que Sa sainteté
est au-dessus de leur sainteté (Vayikra
Rabah 24, 9), tout cela pour éviter
à l’homme de s’enorgueillir même
dans des buts de sainteté, car Dieu
connaît le fond du cœur de l’homme.
Si en Egypte les benei Israël se
sont enfoncés dans les quarante-neuf
portes de l’impureté (Zohar ‘Hadach
Ytro 39a), c’est parce qu’ils s’étaient
enorgueillis, et cela leur a fait perdre
la tête. Le Ben Ich ‘Haï raconte
une belle histoire : un jour, il a voulu
acheter un champ avec sa moisson, et il
a dit que seule la moisson déjà
moissonnée (courbée) était
bonne, et non celle qui était debout...
afin que ce ne soit pas un acte qui évoque
l’orgueil. On raconte aussi sur un certain
Rav qu’au moment de vérifier son
‘hamets, il examinait une pièce vide
pendant plusieurs heures, et on racontait
qu’il vérifiait le fond de son cœur
pour voir s’il ne contenait pas d’orgueil,
car dans le cas contraire « tu es
nue et dénudée ». Aaron
a également beaucoup travaillé
sur lui-même à ce propos.
Dans l’avenir, l’impureté et la
kelipah seront annulées
Il est écrit : « Et le porc
(...) est pour vous impur » (Lévitique
11, 7). En quoi consiste son impureté
? On sait qu’aujourd’hui, l’impureté
est absorbée dans les choses impures
afin d’augmenter le pouvoir de la kelipah
dans le monde. Mais dans l’avenir, Dieu
éliminera totalement l’impureté,
par conséquent le porc pourra être
permis. Nos Sages ont dit en plusieurs endroits
(Chééloth Outechouvoth du
Radbaz II 828, Yéfé Toar sur
Vayikra Rabah 13, 3, Or Yékaroth
fin de Chemini, et autres) : « Pourquoi
s’appelle-t-il ‘hazir (« porc »)
? Parce que Dieu le rendra (atid leha’HAZIRo)
à Israël, et il sera permis.
» Le Or Ha’haïm a écrit
qu’à ce moment-là il ruminera,
car la kelipah sera totalement annulée
du monde et il ne restera aucune impureté,
tout sera fait entièrement de sainteté.
|