Mausolee de Rabbi Haim Pinto
Sous l'égide de Rabbi David Hanania Pinto Chelita, petit fils du saint et vénéré Rabbi Haïm Pinto Zatsal




PARACHAT CHEMINI : 11eme Partie

 

 QUELQUES REMARQUES

 

 

De l’inconvénient de la routine dans le domaine des mitsvoth

 

Il est écrit : « Les fils d’Aaron, Nadav et Avihou, prirent chacun leur encensoir (...) et apportèrent devant Dieu un feu étranger qu’Il n’avait pas ordonné. Et un feu sortit de devant Dieu et les dévora » (Lévitique 10, 1-2). Or il est déjà mentionné qu’ils avaient vu la Chekhinah (« Et ils contemplèrent le Seigneur » (Exode 24, 11)), ce qui fait dire au Midrach qu’ils ont jeté un coup d’œil et se sont rendus passibles de mort (Chemoth Rabah 3, 2). Malgré tout, ils ont continué à manger. Pourquoi ? Quand ils se nourrissaient, c’était tellement dans l’intention de servir Dieu qu’en mangeant ils se sont beaucoup rapprochés de la Chekhinah sans craindre de la regarder, si bien qu’ils s’y étaient déjà habitués.

Certes, leurs intentions étaient entièrement saintes et cette attitude n’était pas délibérée. N’oublions d’ailleurs pas qu’il est dit à leur propos : « Je me sanctifierai par mes proches » (Lévitique 10, 3). Il n’en reste pas moins que cela doit nous enseigner à ne tomber dans aucune routine, car il y a des limites à tout, et un excès de familiarité peut mener au péché. Entre autres, il faut se conduire avec respect et sainteté à la synagogue et à la maison d’étude, plutôt que de s’y rendre par habitude, car l’habitude peut engendrer un esprit de légèreté.

C’est la raison pour laquelle leur père Aaron a ensuite été averti de ne pas rentrer à tout moment dans le Sanctuaire (Lévitique 16, 2), pour ne pas mourir comme eux. Pourquoi ? Il est écrit dans Imrei Chefer que l’habitude étant néfaste, il ne faut pas entrer à tout moment dans le Sanctuaire afin de ne pas s’habituer à la mitsvah, car un excès de familiarité avec la mitsvah peut mener à la traiter à la légère. Dans ce cas, pourquoi Dieu n’a-t-Il pas averti aussi Nadav et Avihou de ne pas s’habituer à venir, comme cela ils n’auraient subi aucun dommage ? La Torah a écrit à ce propos : « Je me sanctifierai par mes proches », pour nous apprendre qu’ils se sont rapprochés de Dieu au maximum pour le bien des benei Israël, afin qu’ils apprennent d’eux à ne pas trop s’engager dans les habitudes.

 

L’orgueil constructif doit être mesuré avec exactitude

 

Après la mort de ses fils, Aaron a fait preuve d’une qualité importante. Il est dit de lui : « Aaron se tut » (Lévitique 10, 3), et il en a été récompensé. Le mot va-idom (« il se tut ») a quatre fois la valeur numérique de gaavah (« orgueil »). Que vient faire ici l’orgueil ? Et pourquoi l’évoquer précisément quatre fois dans ce contexte ?

Quand Aaron a vu que ses deux fils les tsaddikim étaient morts, il risquait d’en arriver à un orgueil positif provoqué par l’élévation, car Moïse lui avait déjà dit que ses deux fils étaient plus saints qu’eux-mêmes (Zeva’him 115b), c’est pourquoi il s’est tu immédiatement, pour se débarrasser même de cet orgueil-là sous ses quatre formes, bien qu’ayant mérité que ses fils se soient sanctifiés dans leur vie et dans leur mort.

L’orgueil a parfois un côté positif, quand il s’agit par exemple de hausser son cœur dans les voies de Dieu (II Divrei Hayamim 17, 6), mais il doit être dosé avec exactitude, comme le désire Dieu et rien de plus, sinon « Tout cœur hautain est en horreur à l’Eternel (Proverbes 16, 5). On trouve en plusieurs endroits des allusions à cette idée, par exemple dans l’explication des versets suivants.

Pourquoi est-il interdit à un Grand Prêtre d’épouser une veuve (Lévitique 21, 14) ? Afin qu’il ne tombe pas dans l’orgueil même positif en s’imaginant que tout lui est permis. La Guemara raconte que dans la génération de Rabbi ‘Hanina l’adjoint du Grand Prêtre, qui était pourtant assez grand pour prendre des décisions dans des questions de pureté et d’impureté, beaucoup de gens sont néanmoins morts, parce qu’il n’y avait pas assez d’humilité, et qu’ils ont été atteints par l’impureté de l’orgueil (Pessa’him 14a). Nos Sages ont également dit  qu’il manquait cinq choses dans le Deuxième Temple, l’Arche, le Kaporet avec les chérubins, le feu et la Chekhinah, l’esprit saint, les ourim et les toumim (Yoma 21b, Bemidbar Rabah 15, 7, Tan’houma Béha’alotkha 6), et aussi  que les vêtements sacerdotaux expient différentes fautes (Zeva’him 88b), par conséquent dans le Deuxième Temple où il manquait les cinq choses et où les vêtements sacerdotaux étaient incomplets, on risquait de nouveau d’en arriver à toutes les fautes graves (voir Tossafoth Ibid.), en particulier l’orgueil qui est la source de tout péché. C’est pourquoi ils ajoutent que l’expiation a néanmoins continué, malgré tous ces obstacles, afin que l’on n’arrive pas à l’orgueil, même positif.

Il est dit : « Je t’ai multipliée comme la végétation des champs, tu as augmenté, grandi, tu as revêtu la plus belle des parures, mais tu étais nue et dénudée » (Ezéchiel 16, 7), ce qui signifie que Dieu désire que nous soyons bas et modestes comme la végétation des champs ; mais si nous revêtons les parures de l’orgueil, même constructif, cela s’appelle une nudité de toutes les mitsvoth. C’est un des enseignements de ce passage, que nous lisons à Pessa’h (voir Mekhilta Bo). Or après Pessa’h, il y a un peu de lumière, car le mois de Iyar s’appelle également Ziv (« l’éclat ») (Roch Hachanah 11a), c’est donc un moment où il est possible de recevoir la lumière et l’éclat de Dieu. Et c’est justement la raison pour laquelle pendant les jours du Omer on lit la parachat Kedochim, où Dieu dit aux benei Israël que Sa sainteté est au-dessus de leur sainteté (Vayikra Rabah 24, 9), tout cela pour éviter à l’homme de s’enorgueillir même dans des buts de sainteté, car Dieu connaît le fond du cœur de l’homme.

Si en Egypte les benei Israël se sont enfoncés dans les quarante-neuf portes de l’impureté (Zohar ‘Hadach Ytro 39a), c’est parce qu’ils s’étaient enorgueillis, et cela leur a fait perdre la tête. Le Ben Ich ‘Haï raconte une belle histoire : un jour, il a voulu acheter un champ avec sa moisson, et il a dit que seule la moisson déjà moissonnée (courbée) était bonne, et non celle qui était debout... afin que ce ne soit pas un acte qui évoque l’orgueil. On raconte aussi sur un certain Rav qu’au moment de vérifier son ‘hamets, il examinait une pièce vide pendant plusieurs heures, et on racontait qu’il vérifiait le fond de son cœur pour voir s’il ne contenait pas d’orgueil, car dans le cas contraire « tu es nue et dénudée ». Aaron a également beaucoup travaillé sur lui-même à ce propos.

 

Dans l’avenir, l’impureté et la kelipah seront annulées

 

Il est écrit : « Et le porc (...) est pour vous impur » (Lévitique 11, 7). En quoi consiste son impureté ? On sait qu’aujourd’hui, l’impureté est absorbée dans les choses impures afin d’augmenter le pouvoir de la kelipah dans le monde. Mais dans l’avenir, Dieu éliminera totalement l’impureté, par conséquent le porc pourra être permis. Nos Sages ont dit en plusieurs endroits (Chééloth Outechouvoth du Radbaz II 828, Yéfé Toar sur Vayikra Rabah 13, 3, Or Yékaroth fin de Chemini, et autres) : « Pourquoi s’appelle-t-il ‘hazir (« porc ») ? Parce que Dieu le rendra (atid leha’HAZIRo) à Israël, et il sera permis. » Le Or Ha’haïm a écrit qu’à ce moment-là il ruminera, car la kelipah sera totalement annulée du monde et il ne restera aucune impureté, tout sera fait entièrement de sainteté.

 

 

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