PARACHAT TAZRI’A : 1ere Partie Le renouvellement dans le service de Dieu conduit à la sainteté du foyer Sur le verset : « Quand une femme
devient féconde [de la racine «
semer »] et met au monde un fils »
(Lévitique 12, 2), le Zohar (III
42b) émet l’objection suivante :
« Est-ce que parce qu’elle est féconde
elle va nécessairement mettre au
monde ? N’aurait-il pas fallu dire : «
Quand une femme conçoit et met au
monde » ? » L’enfantement ne
découle absolument pas de la fécondité,
tout dépend de la conception, et
ici il n’est pas question de conception.
De plus, il faut se demander pourquoi la
fécondité est évoquée
ici et non pas tout simplement le fait d’enfanter.
Nous allons essayer de l’expliquer le
mieux possible, et pour cela l’introduction
suivante est nécessaire.
L’homme doit se renouveler chaque jour
dans son service de Dieu en se débarrassant
de ce que son passé a de mauvais,
afin de ne pas se détériorer.
Il ne faut pas attendre Roch Hachanah et
Kippour, c’est chaque jour qu’il faut se
renouveler, comme dans le verset : «
[Tes bontés] se renouvellent chaque
matin, infinie est ta bienveillance »
(Lamentations 3, 23). A ce moment-là
on peut devenir un autre homme, même
si les intentions ne sont pas parfaites,
et à plus forte raison si elles le
sont, car lorsqu’on sert Dieu même
pour des motifs égoïstes, on
finira par le faire de façon plus
désintéressée (Pessa’him
50b, Kalah 8, Zohar III 85b). La transformation
peut être extraordinaire. La Guemara
(Baba Metsia 84a) raconte par exemple que
Reich Lakich avait vu Rabbi Yo’hanan de
loin, et l’ayant pris pour une femme, avait
traversé le fleuve d’un bond. Quand
il l’a vu de près, il lui a dit :
« Je t’avais pris pour une femme ».
Alors Rabbi Yo’hanan a répondu :
« J’ai une sœur plus belle que moi,
si tu consacres ta force à l’étude
de la Torah, je te la donnerai pour femme
». Il a immédiatement accepté,
et ensuite il ne pouvait plus retourner
de l’autre côté du fleuve.
Rabbi Yo’hanan lui a expliqué que
c’était parce qu’il avait accepté
d’étudier, et que la Torah épuise
les forces de l’homme.
Cette histoire redoutable nous montre
donc à quel point on peut changer.
En effet, Rabbi Yo’hanan a donné
sa sœur comme épouse à Reich
Lakich, qui était comme on le sait
un chef de brigands (Baba Metsia Ibid.)
et un grand impie. Il n’a pas suivi le conseil
de toujours marier sa fille à un
talmid ‘hakham (Pessa’him 49a), mais au
contraire s’est conduit comme celui qui
marie sa fille à un ignorant, dont
il est dit que « c’est comme s’il
l’attachait pour la déposer devant
un lion » (Ibid.). Pourquoi a-t-il
fait cela ? Parce qu’il savait que l’impureté
peut se transformer en sainteté en
un seul instant, même si les motifs
sont peu avouables et que tout n’est qu’extérieur.
On constate en effet qu’immédiatement
après, Reich Lakich a commencé
à étudier la Torah sans plus
tarder.
Lorsqu’il a vu que Rabbi Yo’hanan lui
donnait sa sœur pour épouse au risque
de lui faire courir un grand danger, puisque
c’est comme si elle se trouvait ligotée
devant un lion, à condition qu’il
prenne sur lui le joug de la Torah, il a
compris en quelques minutes de réflexion
que la vie qu’il menait ne conduisait nulle
part et qu’elle n’aurait de sens que s’il
s’engageait dans les voies de la Torah.
Il était clair que c’était
uniquement dans ces conditions-là
que Rabbi Yo’hanan acceptait de lui donner
sa sœur. Il s’est alors transformé
de chef de brigands en tsaddik, au point
qu’il est devenu l’élève et
le compagnon d’étude de Rabbi Yo’hanan.
De son côté, Rabbi Yo’hanan
ne s’était pas trompé en lui
faisant confiance, même si ses motifs
étaient loin d’être purs, car
il savait que : « Certains acquièrent
leur monde en un seul instant » (Avodah
Zarah 10b, 17a). En un moment, l’homme peut
changer de vie totalement et prendre véritablement
conscience de l’existence de son Créateur.
Lorsque nous disons que l’homme doit
se renouveler chaque jour, nous comprenons
mieux l’adage : « Quiconque n’a pas
d’épouse n’a pas de joie »
(Yébamoth 62b, Zohar 182a). Pourquoi
donc ? Parce que c’est le renouveau de chaque
jour qui réjouit le cœur de l’homme.
Par exemple, quand on change de vêtements
pour en acheter des neufs, la joie qu’on
en éprouve justifie qu’on dise la
bénédiction chéhe’heyanou
(Bérakhoth 60a). Celui qui se renouvelle
sans cesse passe toute sa vie dans la joie,
alors que la routine engendre l’ennui. L’homme
qui n’a pas d’épouse n’a aucune source
de renouvellement, il ne peut pas accomplir
la mitsvah d’avoir des enfants, il n’a personne
avec qui parler, et beaucoup des mitsvoth
qui réjouissent l’homme (ainsi qu’il
est dit :« les ordres de Dieu sont
droits et réjouissent le cœur »
(Psaumes 19, 9)) sont absentes de sa vie.
C’est tout particulièrement vrai
si la femme le soutient dans la Torah aussi
bien que dans la vie de tous les jours et
guide les enfants vers la Torah (Bérakhoth
17a, Sotah 21a). S’il n’a pas d’épouse,
il n’a ni renouvellement ni joie.
De plus, par nature l’homme cherche à
dominer les autres et particulièrement
sa femme, ainsi qu’il est écrit «
Et tu la domineras » (Genèse
3, 15), mais quand il se marie, il aspire
à une vie de famille paisible, et
il apprend à s’effacer devant elle
et à l’aimer. C’est un grand progrès
dans le service de Dieu de modifier ainsi
une nature dominatrice, sans compter que
son épouse l’aide aussi à
s’effacer devant Dieu et devant les autres.
De son côté, la femme par nature
n’aime pas qu’on lui dicte sa conduite,
mais quand elle se marie elle obéit
à son mari et fait ce qu’il désire,
comme une épouse irréprochable
qui fait la volonté de son mari (Tana
Debei Eliahou Rabah 9), et elle préfère
l’avis de son mari au sien propre. En évoluant
ainsi, elle aussi se renouvelle.
Ce sujet du renouvellement est abordé
à propos des femmes dans la sortie
d’Egypte et la vie au désert. Les
Sages ont dit que les benei Israël
sont sortis d’Egypte par le mérite
des femmes vertueuses de cette génération
(Sotah 11b, Bemidbar Rabah 3, 4), et aussi
que le mérite d’avoir refusé
de donner leurs boucles d’oreille pour faire
le Veau d’Or leur a valu Roch ‘Hodech (le
premier jour du mois), qui est pour elles
comme un fête où elles ne doivent
pas faire de travaux lourds (Pirkei Derabbi
Eliezer 43, Tour Ora’h ‘Haïm 417, Mordekhaï).
Or on sait que les femmes sont attachées
à leurs bijoux, on aurait donc pu
croire que c’était la raison de cette
opposition, c’est pourquoi la Torah témoigne
que quand il s’est agi de donner pour la
construction du Sanctuaire, c’était
exactement l’inverse : elles ont apporté
plus qu’il n’en fallait (« Le peuple
apporte abondamment, plus qu’il n’est nécessaire
pour les travaux » (Exode 36, 5)),
au point que Moïse a dû faire
proclamer dans le camp qu’il fallait s’arrêter
d’apporter (« Que ni homme ni femme
ne préparent plus de matériaux
pour la construction des choses saintes
» (Exode 36, 6)).
On constate donc que les femmes ont renversé
leur nature en cessant d’aimer les bijoux
pour les donner au Sanctuaire (mais pas
au Veau d’Or), ce qui leur a valu Roch ‘Hodech,
où elles doivent s’abstenir de travaux
lourds pour avoir le temps de s’arrêter
et de réfléchir, ce qui leur
permet de se renouveler encore davantage
et de mériter une grande récompense
ce jour-là. En outre Roch ‘Hodech
expie les fautes, comme on le dit dans la
prière du Moussaf : « Un temps
d’expiation pour tous leurs descendants
», on peut donc profiter de la sainteté
de ce jour pour se rénover aussi,
ainsi qu’il est écrit : « Que
ta jeunesse se renouvelle comme l’aigle
» (Psaumes 103, 5).
L’homme se régénère
aussi pendant Chabath, à l’image
de la Création, et c’est du Chabath
que les six jours de la semaine reçoivent
leur bénédiction (Zohar I,
75b, II, 63b), surtout quand l’homme va
au mikveh le vendredi, car alors il se transforme
en quelqu’un d’autre. J’ai déjà
dit une fois que celui qui se prépare
au Chabath uniquement pour avoir un jour
de vacances pour manger, boire et se reposer
passe à côté de l’essentiel,
qui est le condiment nommé Chabath
(voir Chabath 119a), à savoir l’essence
de la sainteté de ce jour. Quand
on le néglige, on vit le Chabath
exactement comme les autres jours de la
semaine, alors qu’on doit ressentir la différence
entre le sacré et le profane, percevoir
une occasion de renouvellement, et seulement
alors on le vivra dans le plaisir et on
obtiendra une l’âme supplémentaire
(Beitsah 16a). A ce moment-là, même
le simple fait de manger et de boire aura
un goût du monde à venir. De
plus, la foi grandit de Chabath en Chabath,
ce qui est également un renouvellement
du corps et de l’âme, car bien qu’on
puisse effectivement se rénover tous
les jours, c’est plus particulièrement
vrai du Chabath et de Roch ‘Hodech.
Et je crois que de même que le
monde se renouvelle chaque jour, comme nous
disons dans la prière (« qui
renouvelle sans cesse chaque jour l’acte
de Création »), l’homme qui
est un microcosme (Séfer Yetsirah
212, Zohar I, 90b) doit en faire autant.
Même si, à première
vue, l’univers nous paraît vieillir,
en réalité il ne cesse de
se régénérer, comme
tout un chacun doit le faire chaque jour,
même s’il n’est plus très jeune.
Un bon exemple en est la parole le Chabath.
Il est dit à propos de Dieu : «
Par le souffle de Sa bouche toutes ses armées
» (Psaumes 33, 6), car Il a créé
le monde par des paroles (Avoth 5, 1), sans
devoir du tout accomplir des actes, mais
au moment de l’arrivée du Chabath,
il est malgré tout dit : «
Il se reposa le septième jour de
tout Son travail » (Genèse
2, 2), ou encore : « Il s’est reposé
le septième jour » (Exode 20,
11). Le Zohar (I 117b) affirme qu’Il s’est
reposé même de parler, donc
l’homme, qui n’est que chair et sang et
qui travaille dur toute la semaine pour
gagner sa vie, doit à plus forte
raison se reposer le Chabath, y compris
de parler. Il est d’ailleurs écrit
: « [cesse de] vaquer à tes
affaires et de prononcer des paroles »
(Isaïe 58, 13), ce qui signifie que
la façon de parler le Chabath ne
doit pas être la même que pendant
la semaine (Chabath 113b, Vayikra Rabah
34, 15, Zohar II 63b). Pour l’homme, c’est
un renouvellement considérable de
ne pas travailler et de ne même pas
prononcer de paroles futiles, mais au contraire
d’utiliser sa bouche pour parler de Torah,
en suivant l’injonction de faire de son
Chabath un jour qui est entièrement
de Torah (Tana Debei Eliahou Rabah 1). Dans
ces conditions, il peut ressembler à
son Créateur, et opérer des
merveilles par sa bouche et sa parole comme
au moment de la Création, puisque
le tsaddik a le pouvoir d’annuler ce que
Dieu décrète (Moed Katan 16b).
Il est possible que ce soit la raison pour
laquelle beaucoup de justes s’abstiennent
de parler le Chabath (voir ce qu’écrit
à ce propos le livre Chabath Hamalkah).
Tout ce que nous avons dit jusqu’à
présent va nous permettre de mieux
comprendre notre parachah. Comme on le sait,
la femme aide son mari à se renouveler
chaque jour, ainsi que Chabath et Roch ‘Hodech,
car ce sont des moments où elle-même
se renouvelle tout particulièrement.
De plus, la réussite du foyer repose
essentiellement sur la femme, comme l’a
dit Rabbi Akiba à ses disciples :
« Ce qui est à moi et ce qui
est à vous, est à elle »
(Ketouboth 63a). Par conséquent elle
ressemble à quelqu’un qui «
sème » une mitsvah, car l’éducation
est un acte d’ensemencement. Semer, cela
signifie préparer à la mitsvah
dans le cadre de la pureté familiale,
en surveillant les enfants dans la sainteté
(car s’il suffisait d’enfanter, il y en
a beaucoup qui le font...). Le renouvellement
de la sainteté de la maison au jour
le jour est sa fécondité.
C’est pourquoi il est écrit «
Quand une femme devient féconde («
sème ») », sans que la
grossesse soit du tout évoquée,
car cela ne dépend nullement de la
grossesse mais de la fécondité,
du renouvellement de la sainteté
chez la femme. En contrepartie, Dieu la
récompense en lui donnant un fils,
ce qui représente à la fois
un changement (ne pas enfanter une fille
comme elle-même) et un cadeau (ce
fils apprendra la Torah et mettra les tefilin).
En effet, dans une maison juive Il accorde
une grande récompense, conformément
aux actes humains et selon un calcul d’ensemble,
car dès le mariage on assiste à
un changement et un renouvellement quotidiens,
alors qu’un foyer non-juif vit uniquement
selon la nature, sans aucun renouveau. Les
versets de la parachah convergent tous dans
ce sens.
Tout cela nous permet de comprendre le
rapport entre la parachat Tazri’a et la
parachat Metsor’a, qui se suivent dans la
Torah. La lèpre vient comme on le
sait en punition de la médisance
et de l’orgueil (Arakhin 17a). Nos Sages
ont dit que le mot « lépreux
», Metsor’a, évoque phonétiquement
motsi r’a (« celui qui propage le
mal ») (Arakhin 15b, Vayikra Rabah
15a). Un seul mot du médisant peut
engendrer des milliers de mauvaises paroles,
parce que chacun renchérit sur ce
que vient de dire l’autre. Ainsi l’expression
« Quand une femme devient féconde
(« sème ») » renvoie
au fait qu’en bavardant, la femme sème
des médisances, et la lèpre
la frappe, ainsi que son mari qui s’est
laissé entraîner lui aussi
à parler. En médisant de telle
ou telle personne, elle peut faire de lui
un homme nouveau (car ses fautes sont effacées
(‘Hafets ‘Haïm 87) et il redevient
comme un enfant qui vient de naître).
C’est ce que signifie « elle met au
monde un fils ». Elle devient alors
impure pendant sept jours, ce qui signifie
qu’elle peut abîmer toute sa vie,
car les sept jours représentent les
soixante-dix ans de la vie de l’homme (voir
Psaumes 90, 10) [on peut trouver une allusion
à ce sujet dans le fait que la valeur
numérique de Tazri’a est la même
que celle des mots zeh hou be-lachon ha-ra
(« c’est par la médisance »)].
En revanche, si la femme fait attention
à ce qu’elle dit, elle ne fera que
du bien à Israël, en se renouvelant
dans la pureté et la sainteté.
Comment faut-il se conduire ?
Le désir de se renouveler dans
le service de Dieu dépend de la sainteté
et de la pureté de la famille. En
effet, la femme sème des mitsvoth,
préparant ainsi la voie à
la sainteté. On n’atteint la pureté
que par le renouvellement, et aussi en s’abstenant
de dire du mal d’autrui. Si l’on se garde
de toute mauvaise parole, on peut arriver
à la sainteté pendant toute
la vie.
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