PARACHAT KEDOCHIM : 4eme Partie La Torah et l’humilité sont les fondements de la sainteté (La grandeur de la fête de Pessa’h) Il est écrit : « Soyez saints,
car Je suis saint, Moi l’Eternel »
(Lévitique 19, 2). Nous allons devoir
comprendre le rapport entre les parachioth
A’harei Mot et Kedochim, qui sont lues ensemble
la plupart du temps, ainsi que la raison
pour laquelle le Saint béni soit-Il
parle très souvent d’Israël
au singulier, par exemple : « Je suis
l’Eternel ton Dieu qui t’ai fait sortir
du pays d’Egypte » (Exode 20, 2),
« Souviens-toi du jour du Chabath
pour le sanctifier » (Ibid., 8) ou
« Honore ton père et ta mère
», alors qu’ici Il a utilisé
le pluriel, « Soyez saints ».
Quelle différence y a-t-il ?
On peut comprendre ainsi : Dieu annonce
aux benei Israël que pour atteindre
le niveau de « saint » et accéder
aux cinquante portes de la sainteté,
ils doivent observer deux conditions.
La première, c’est d’étudier
la Torah, qui a été donnée
à Moïse au Sinaï au bout
de quarante jours (Mena’hoth 99b, Chemoth
Rabah 41, 7). De plus, cette étude
doit être intense au point qu’on soit
disposé à se tuer pour les
paroles de la Torah (Bérakhoth 63b,
Zohar II, 158b), comme il est expliqué
à propos du verset : « Voici
la loi (« la Torah »), quand
un homme meurt dans la tente », ce
qui représente un effort intense.
La deuxième, c’est de s’efforcer
d’acquérir l’humilité, car
c’est la racine de toute la Torah. Il est
dit : « Moïse a reçu la
Torah du Sinaï » (Avoth 1, 1),
parce que le mont Sinaï s’était
rabaissé et fait tout petit, ce qui
lui a valu que la Torah soit donnée
sur lui (Sotah 8a, Yalkout Chimoni Ytro).
Moïse a appris cette humilité
du mont Sinaï, et étant devenu
le plus humble de tous les hommes de la
terre (Nombres 12, 3), il était le
seul par qui la Torah puisse être
donnée à Israël, car
la Torah ne subsiste que chez celui qui
est rempli de modestie (Ta’anith 7a), et
chez celui qui s’abaisse (Derekh Erets Zoutah
8).
Il faut donc deux choses pour accéder
aux cinquante portes de la sainteté
: étudier la Torah en se tuant pour
elle, et être rempli d’humilité.
Or on sait que même le roi Salomon
n’y est pas parvenu, tant c’est difficile
: comment donc un homme ordinaire le pourrait-il
? C’est qu’en tout homme il y a une étincelle
de Moïse, qui est presque arrivé
à la cinquantième porte de
sainteté (voir Nédarim 38a),
ainsi qu’il est écrit : « Moïse
s’étend sur toutes les générations
» (Tikounei Zohar 69, 114a), par conséquent
tout homme peut arriver au moins à
un niveau qui lui sera compté comme
s’il avait atteint la cinquantième
porte de la sainteté, au moyen de
l’étincelle de Moïse qui est
en lui. Il goûtera ainsi à
toutes les cinquante sortes de sainteté
que contient cette étincelle.
Cela permet d’expliquer pourquoi le verset
dit « saints » (kedochim) au
pluriel : c’est une allusion au mot kadoch
Y-M, car les lettres Yod et Mem ont ensemble
la valeur numérique de cinquante,
évocation des cinquante portes de
sainteté auxquelles l’homme doit
arriver par la Torah, les mitsvoth et les
bonnes actions. Ces lettres font également
allusion aux dix (Yod) Commandements que
Dieu a données au mont Sinaï,
et à la Torah qui a été
donnée en quarante (Mem) jours. Ce
n’est pas par hasard que les parachioth
A’harei Mot et Kedochim sont reliées.
Si l’on se rappelle que le deuxième
principe est l’humilité et l’effacement
de soi, alors que le premier est de se tuer
pour la Torah, on comprend que c’est cela
A’HaRei Mot : le mot A’harei est de la même
racine que A’HaRon (dernier), ce qui désigne
la modestie et l’effacement, dans l’esprit
de la michnah qui enseigne : « Mieux
vaut être le dernier parmi les lions
que le premier parmi les renards »
(Avoth 4, 14). Quand on se conduit modestement
avec les autres, on arrive à la «
mort », qui est de se tuer soi-même
pour acquérir la Torah, et on atteint
une sainteté (Kedochim) et une pureté
considérables.
Tout cela se trouve en allusion dans
l’ordre donné aux benei Israël
de manger à Pessa’h de la matsah,
le pain de pauvreté, et ceci au moment
précis où l’homme a une sensation
de liberté, où il doit se
conduire comme un fils de roi (voir Pessa’him
99b), dans une élévation extraordinaire,
car comme on le sait, à Pessa’h on
décore sa maison et sa table avec
ce qu’on possède de plus beau, selon
les instructions du Choul’han Aroukh (Ora’h
‘Haïm 472, 2). Mais par ailleurs on
doit manger le pain de pauvreté (Deutéronome
16, 3), tout cela pour que l’homme, même
entouré de luxe et de plaisirs, brise
son cœur et mange le sacrifice de Pessa’h
avec la matsah et les herbes amères
(Exode 12, 8), afin de ressentir l’effacement
et l’abaissement.
Ce n’est pas par hasard que nous avons
reçu l’ordre de vérifier le
‘hamets et le levain avant Pessa’h dans
tous les trous et toutes les fentes (Pessa’him
2a). Nous avons déjà dit que
le levain représente les péchés
graves (Bérakhoth 17a) : le levain
qui est dans la pâte (le mauvais penchant)
empêche l’homme de progresser. Les
trous et les fentes sont les petits péchés
dont on ne s’aperçoit pas. Après
avoir tout soigneusement vérifié,
on peut arriver à l’annulation, alors
que si le cœur reste orgueilleux, rien n’aura
la moindre utilité. Après
la vérification vient l’annulation
de soi devant le Ciel, à l’image
de ce qui est dit : « selon la loi
stricte de la Torah, il suffit de l’annulation
» (Pessa’him 4b).
Quant à la matsah, le fait qu’elle
est difficile à manger et ne se digère
pas vite est une allusion à l’humilité,
car même si l’on travaille pour l’acquérir,
il faut un effort considérable accompagné
de beaucoup d’amertume pour atteindre un
réel niveau en ce domaine.
Voici une histoire personnelle. Il y
a quelques années, j’ai beaucoup
travaillé à nettoyer la maison
pour Pessa’h, j’ai vérifié
le ‘hamets plusieurs fois, en faisant attention
au moindre petit détail, ce nettoyage
de fond m’a pris plusieurs nuits, jusqu’à
la veille de Pessa’h. Ce soir-là,
quand je suis rentré de la synagogue,
j’ai monté avec difficulté
mes cinq étages car j’étais
très fatigué de ce travail
épuisant que j’avais fait avec joie.
Mais dès que je suis arrivé
à la maison et que je l’ai vue claire
et toute brillante de l’éclat de
la fête, j’ai eu un sentiment de sainteté
tel que je ne l’avais jamais ressenti de
ma vie.
Je me suis donc dit que tout ce que j’avais
fait de mes mains en l’honneur de Pessa’h
valait la peine, ne fût-ce que pour
ressentir pendant quelques minutes un goût
du monde à venir... Et au moment
où j’ai vu le plateau de matsoth,
je me suis dit : toute la nature de cette
fête, c’est la matsah et les herbes
amères, au point que les Sages ont
dit : « Quiconque n’a pas dit ces
trois choses à Pessa’h n’a pas accompli
son devoir » (Pessa’him 116b), car
elles représentent le souvenir même
des tortures et de l’amertume que les Egyptiens
ont fait endurer à nos pères.
Par conséquent, me suis-je demandé,
est-ce que tous les efforts que j’ai faits
pour ma maison en l’honneur de la fête
valaient vraiment la peine, toute cette
fatigue uniquement pour voir sur la table
des matsoth et des herbes amères,
est-ce vraiment par leur mérite qu’on
ressent la sainteté ?
Mais je me suis tout de suite rappelé
la michnah qui dit : « Ce n’est pas
l’étude qui est l’essentiel mais
les actes » (Avoth 1, 17). Dans notre
cas, toute la préparation de la fête
ressemble à l’étude, alors
que les actes sont la matérialisation
de cette étude, à savoir la
matsah et les herbes amères, pour
nous faire ressentir cette sainteté
qui rappelle celle du monde à venir.
De quoi s’agit-il donc ?
L’homme travaille comme un esclave pour
débarrasser sa maison de la moindre
trace de ‘hamets. Même dans le cas
d’un grand homme, s’il ne connaît
même pas la signification de la servitude,
comment va-t-il mentir la nuit de Pessa’h
en disant : « Nous avons été
esclaves de Pharaon en Egypte » (Deutéronome
6, 21), alors qu’il ignore tout de l’esclavage
? Quand il travaille effectivement et nettoie
la maison de toutes ses forces, il a un
petit aperçu de l’esclavage et de
la souffrance que nos pères ont connus
en Egypte, et il ressent alors le miracle
qui leur a été fait. S’il
est orgueilleux, cela l’aidera à
se repentir de son orgueil et à s’abaisser
et s’humilier devant Dieu, c’est comme cela
qu’il Le servira, car servir l’Eternel est
le seul domaine dans lequel on a le droit
à la fierté, comme en témoigne
le verset : « Il fut rempli de fierté
dans les voies de Dieu » (II Chroniques
17, 6). Tout autre forme de fierté
relève d’un orgueil interdit, dont
il est dit : « Tout orgueilleux est
en abomination à Dieu » (Proverbes
16, 5), et celui qui s’y complaît
ne sert pas Dieu mais Pharaon, qui représente
la kelipah.
On le constate chez tous les juifs, dont
même la pensée et les mouvements
sont différents de ceux des non-juifs.
Dans les voies de Dieu, tout ce qui concerne
le juif a une grande signification, car
celui qui se donne du mal pour une mitsvah
devient serviteur de la mitsvah, dans l’esprit
de l’enseignement de nos Sages : «
Les mitsvoth n’ont pas été
données pour en jouir » (Erouvin
31a, Yérouchalmi fin de Teroumoth),
mais comme un joug autour du cou de l’homme.
Quand il devient serviteur de Dieu, il ressent
un contentement qui évoque le monde
à venir, et au moment où il
donne satisfaction à son Créateur
par l’accomplissement des mitsvoth, la sainteté
de la mitsvah provoque en lui une élévation
considérable, qui représente
un goût du monde à venir.
De plus, quand quelqu’un transpire en
faisant une mitsvah, c’est un signe qu’il
ne sert que Dieu, et s’il transpire en s’effaçant
totalement devant l’Eternel, il est évident
qu’il reçoit un grand épanchement
de bénédictions, et que ses
fautes lui sont pardonnées, car cet
épanchement ne descend que sur un
homme saint que rien ne relie à l’impureté.
Dans le même ordre d’idées,
j’ai vu dans Noam Elimelekh qu’avant de
faire une mitsvah, il faut se repentir,
ce qui est tout à fait compréhensible
d’après ce qui précède,
car l’abondance ne s’épanche que
sur une personne sainte et sans aucun péché.
On voit donc que la qualité de
la sainteté et le sentiment qu’on
en a ne peuvent s’atteindre que par l’annulation
du moi et l’étude intensive de la
Torah. Cette idée nous permet de
comprendre le verset : « Tu aimeras
ton prochain comme toi-même »
(Lévitique 19, 18), dont Rabbi Akiba
a dit : « C’est un grand principe
de la Torah » (Yérouchalmi
Nédarim 9, 4), à savoir que
quand l’homme veut enseigner la Torah à
quelqu’un afin qu’il lui ressemble, il lui
faut beaucoup d’amour pour consentir à
lui transmettre toute la Torah qu’il a apprise
et acquise à force de travail et
d’efforts. Pour arriver à ce niveau
de transmission de la Torah, de tout son
cœur et de toute son âme, dans un
amour extraordinaire, il faut faire totalement
abstraction de soi-même et se réjouir
de ce que l’autre comprenne ce qu’on lui
transmet, même s’il comprend mieux
que son maître et découvre
de nouvelles explications. C’est une façon
de porter le joug avec son prochain, et
de ne pas s’enorgueillir de son étude
(Avoth 6, 5). Quant à l’élève,
il doit aussi faire abstraction de lui-même
devant son ami afin de bien comprendre ce
que celui-ci lui enseigne.
Pour rester dans le même sujet,
c’est une grande qualité de s’effacer
devant l’autre, d’être de ceux qui
« sont humiliés mais n’humilient
pas, et entendent qu’on leur fait honte
sans répliquer » (Chabath 88b,
Guittin 36b). Ainsi même quand l’autre
fait quelque chose qui nous semble déplaisant,
il faut s’effacer, ne rien répondre
et ne pas se mettre en colère. Il
n’y a pas de plus grande humilité
que cela, et c’est la base de la progression
spirituelle de l’homme. Quelqu’un qui ne
répond pas quand on lui fait honte
ne proteste pas non plus envers Dieu (qui
l’a mis dans cette situation), et fera certainement
le raisonnement que s’il s’efface devant
un homme, à plus forte raison doit-il
le faire devant l’Eternel. Ces pensées
doivent imprégner tous ses actes,
vis-à-vis de Dieu ou d’autrui, auquel
cas il recevra certainement une profusion
de sainteté, de l’ordre du monde
à venir, car il s’efface en toute
chose devant la volonté de Dieu.
En y réfléchissant, on
retrouve ce sujet à propos du mois
de Nissan. C’est le mois des miracles, et
aussi le premier mois de l’année
(Exode 12, 2). Si pendant Nissan nous ressentons
les miracles faits à nos pères,
nous pourrons les ressentir aussi pendant
tous les mois de l’année et recevoir
l’abondance de la sainteté, c’est
pourquoi il est dit (Deutéronome
16, 3) : « Pour que tu te souviennes
du jour où tu es sorti d’Egypte tous
les jours de ta vie ». Cela nous permet
de puiser de la sainteté des miracles
de Pessa’h, et de la lumière du passage
de l’esclavage à la Rédemption
du mois de Nissan, pour tous les mois de
l’année. De plus, il est important
de se rappeler la sortie d’Egypte et de
la ressentir nuit et jour, ainsi qu’il est
écrit : « Les jours de ta vie,
ce sont les journées, tous les jours
de ta vie, ce sont les nuits » (Bérakhoth
12b), car chaque jour nous sortons d’Egypte,
à savoir de l’emprise de nos instincts.
Ceux-ci ont chaque jour la possibilité
de nous réduire en esclavage, mais
nous, par un réveil venu d’en haut,
du fait que nous nous rappelons la sortie
d’Egypte, nous les vainquons et nous passons
de la servitude à la liberté
et de l’esclavage à la Rédemption.
Il est en effet dit : « A chaque
génération, l’homme doit se
considérer comme s’il était
sorti d’Egypte » (Pessa’him 116b).
Nous avons donc un devoir de sentir que
nous en sommes sortis. La chose est difficile
à comprendre : nulle part on ne trouve
le devoir de ressentir qu’on a été
esclave et qu’on a été libéré,
d’ailleurs dans notre vie individuelle nous
n’avons jamais été esclaves,
donc comment accomplir cet ordre ?
D’après ce qui a été
dit, on comprend parfaitement que quand
l’homme prépare Pessa’h en vérifiant
le ‘hamets, par ses propres forces, et l’annule,
il ressent presque l’esclavage de ses ancêtres,
et vit l’idée que si Dieu ne les
avait pas sortis de là, lui aussi
aurait été esclave là-bas.
Or si la Torah se contente d’une simple
annulation du ‘hamets (Pessa’him 4b), ce
n’est pas le cas des Rabbanim, qui exigent
une vérification soignée (voir
le Ran sur le début de Pessa’him),
tout cela pour faciliter une véritable
sensation d’esclavage et de Rédemption.
Mais l’essentiel de cette sensation doit
se manifester dans l’aide à autrui,
car au moment où l’on vérifie
son ‘hamets, on sait qu’il y a des pauvres
qui n’ont rien à vérifier...
et on sait qu’en Egypte, les benei Israël
ont fait monter des étincelles de
sainteté. Comment s’y sont-ils pris
? En aidant le prochain. C’est pourquoi
l’on dit au début du séder
: « Que quiconque a faim vienne manger
», car c’est cela l’essentiel de la
Rédemption, aider le pauvre dans
un esprit d’effacement et de soutien au
moment où sa situation est difficile
matériellement et spirituellement.
C’est là-dessus que porte la fête
de Pessa’h : se sanctifier, s’effacer, s’abaisser,
et ne pas ressembler aux non-juifs, ainsi
qu’il est écrit : « Vous direz
: c’est un sacrifice de Pessa’h, car Dieu
a passé (passa’h) par-dessus les
maisons des benei Israël » (Exode
12, 27), pour sauver Israël et frapper
les Egyptiens. C’est cela Pessa’h : L’Eternel
a passé par-dessus le samekh (du
mot PeSSa’H, ce qui laisse Pa’H), six cent
mille benei Israël (évoqués
par la valeur numérique de samekh,
soixante), et Il a tué le Pa’H, à
savoir les Egyptiens, qui ressemblent au
piège (Pa’H) du verset : «
C’est Lui qui te préserve du piège
(Pa’H) de l’oiseleur, de la peste meurtrière
» (Psaumes 91, 3). L’homme doit vivre
tout cela et se préparer à
ce que Dieu le sauve et annihile le piège
(Pa’H), réalisant ainsi le verset
: « le piège s’est rompu et
nous nous sommes échappés
» (Ibid. 124, 7).
Mais pour cela, il est impératif
de ne pas sortir des normes du judaïsme.
C’est pourquoi Moïse a dit aux benei
Israël sur l’ordre de Dieu : «
Pour vous, que personne ne sorte de sa maison
jusqu’au matin » (Exode 12, 22), à
savoir qu’il faut rester chez soi et ne
pas sortir vers des coutumes mauvaises et
étrangères, mais demeurer
dans la maison d’étude et de prière.
Il faut se préparer beaucoup pour
obtenir cette liberté-là.
Mais quand on se conduit avec humilité
et qu’on étudie la Torah, on parvient
au judaïsme et à la sainteté,
et on reçoit du Ciel de bonnes influences
pour aider à s’élever et à
se rapprocher de Dieu.
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