PARACHAT EMOR : 3eme Partie Les remontrances aident l’homme à s’élever en sainteté Sur le verset : « Dis aux cohanim...
et tu diras », on connaît l’objection
(déjà été posée
et résolue par Rachi) : pourquoi
cette répétition du terme
« dire » ? Je vais également
tenter de donner ma propre réponse.
On sait que le Saint béni soit-Il
désire par-dessus tout que les benei
Israël soient saints, ainsi qu’il est
écrit : « Soyez saints »
(Lévitique 19, 2), ou encore : «
Sanctifiez-vous et soyez saints »
(Ibid. 11, 44). Or si l’homme veut se sanctifier,
il doit sortir de la matérialité,
s’effacer totalement devant le Saint béni
soit-Il et Ses mitsvoth et s’annuler lui-même,
en accomplissant les mitsvoth sans poser
de questions, comme des décrets,
et ne pas chercher à les justifier.
Ainsi à propos de l’interdiction
de manger du porc, on ne doit pas dire «
je n’en ai pas envie », mais plutôt
« j’en ai bien envie, mais que puis-je
faire, cela m’a été interdit
» (Sifra et Rachi sur Kedochim 20,
26, Torath Cohanim 20, 128). Cette attitude
représente un anéantissement
de la matérialité pour mieux
rentrer dans la spiritualité, et
c’est ainsi que l’homme devient saint, car
même son côté physique
finira par se transformer en sainteté,
comme s’il était un ange, dans l’esprit
de ce qu’ont dit les Sages : « L’homme
doit toujours se considérer comme
si un saint se trouvait dans ses entrailles
» (Ta’anith 11b), alors il n’en viendra
pas à fauter.
Certes, il est écrit : «
Il n’a pas confiance dans Ses saints »
(Job 15, 15), car tant que l’homme vit en
ce monde matériel, il possède
le libre arbitre et risque toujours de s’égarer
vers le mal, c’est pourquoi il doit se relier
à Dieu tous les jours de sa vie jusqu’au
dernier, se raffermir et s’élever
à nouveau chaque jour sans rester
au même niveau qu’hier, car s’il reste
immobile il risque de tomber. Il est en
effet impossible d’être immobile,
ou l’on s’élève ou l’on descend,
comme nos Sages l’ont dit sur le verset
: « Avram partit en marchant sans
cesse » (Genèse 12, 9), cela
signifie qu’il s’élevait chaque jour.
Il y a une allusion à cette idée
dans l’injonction des Sages : « Que
les paroles de Torah soient chaque jour
comme neuves à tes yeux » (Tan'houma
Ekev 7, Rachi Ytro 19, 1). On doit avoir
l’impression de les recevoir à nouveau
chaque jour, c’est-à-dire qu’hier
est déjà passé et que
l’homme doit recommencer à se renouveler
et à s’élever, en revenant
sans cesse et sans interruption sur les
paroles de la Torah.
Donc quand il est écrit : «
Dis et tu diras », avec répétition,
cela signifie se renouveler sans cesse,
et aussi de se sanctifier selon la volonté
de Dieu, comme l’indique la suite du verset
: « il ne se rendra pas impur par
le contact avec un mort » ; il s’agit
de se sanctifier selon la volonté
de Dieu, sans jamais s’interrompre.
On peut encore dire que l’Ecriture vient
mettre l’homme en garde dans trois domaines
en ce qui concerne les remontrances : envers
lui-même, envers ses enfants et sa
famille, et envers les autres.
1) « Dis et tu diras » :
avant de faire des remontrances aux autres,
fais-en à toi-même, dans l’esprit
du verset : « Ressaisissez-vous, et
aidez les autres à se ressaisir »
(Sophonie 2, 1), ce que la Guemara (Baba
Batra 60b) interprète ainsi : Occupe-toi
de toi-même avant de t’occuper des
autres, afin de te conduire en accord avec
ce que tu enseignes (‘Haguigah 14b). De
plus, désire de tout ton cœur accomplir
tout ce que tu conseilles aux autres. Cette
idée se trouve en allusion dans :
« EmoR VéamarTA », «
Dis et tu diras », la valeur numérique
des dernières lettres étant
la même que celle de kesher («
lien »), ce qui signifie que si tu
es toi-même lié par cette mitsvah,
tu pourras dire aux autres « Ne te
rends pas impur », mais si toi-même
tu ne l’accomplis pas, il sera inutile de
l’exiger des autres.
2) « Dis et tu diras », c’est
pour enjoindre aux grands de mettre en garde
les petits (Yébamoth 114a). L’Ecriture
vient ici enseigner au père la voie
de la vie et de la morale, et lui montrer
comment éduquer ses enfants. En effet,
il ne suffit pas de dire quelque chose une
seule fois à son fils, doucement
et délicatement, pour être
quitte de son devoir. Il faut également
« et tu diras », encore et encore.
Par exemple, si le père réveille
son fils pour aller à la prière
et que celui-ci répond qu’il est
fatigué, il ne doit pas le laisser
tranquille, mais « dis et tu diras
», il faut le réveiller encore
et encore pour qu’il accomplisse les mitsvoth
de son Créateur (voir Choul’han Aroukh
Ora’h ‘Haïm 1, 1), sans quoi
il perdra le lien avec Dieu en écoutant
ses instincts, et à la fin il se
rendra impur, deviendra méchant et
prendra la mauvaise voie. C’est pourquoi
la Torah prévient le père
de veiller à l’âme de son fils
afin qu’il ne se rende pas impur. Il ne
doit pas laisser son fils tranquille, la
culpabilité en retomberait sur ses
propres épaules, mais au contraire
« dis et tu diras », il le réprimandera
encore et encore et lui enseignera les voies
de Dieu.
Or à cause de nos nombreuses fautes,
aujourd’hui beaucoup de parents voient leurs
enfants commettre des fautes légères,
et il est vrai qu’ils les réprimandent
ou les réveillent, mais une fois
seulement, délicatement ou avec un
sourire, et pas avec le sérieux qui
s’impose. Dans ces conditions-là,
les reproches ne rentrent pas dans le cœur
des enfants, qui continuent à mal
se conduire jusqu’à ce qu’ils en
arrivent à des infractions plus graves.
Par exemple, le camarade de classe d’un
écolier vient parfois chez lui pour
étudier ou faire ses devoirs avec
lui. Seulement il se trouve que ce camarade
n’est pas juif... Au début, le père
et la mère sont légèrement
choqués en voyant leur fils en compagnie
d’un non-juif, et ils le réprimandent.
Mais le fils répond à son
père : « N’aie pas peur, ce
n’est qu’un camarade de classe qui vient
préparer ses devoirs avec moi ».
Le père se laisse convaincre. Seulement
ce non-juif peut avoir une influence très
néfaste sur le juif qui n’a pas l’habitude
de sa façon de vivre, et ainsi se
crée un lien entre eux, jusqu’à
ce que l’âme du juif risque de s’éloigner
complètement du judaïsme, au
point d’épouser un jour une non-juive,
car l’avenir n’est entre les mains de personne,
et qui va l’en empêcher ? Une fois
que son âme s’est complètement
abîmée, ni son père
ni sa mère ne pourront plus avoir
aucune influence sur lui pour le ramener
dans le droit chemin, et il se rendra impur
dans son peuple. Ce sont des histoires qu’on
entend tous les jours, que Dieu nous prenne
en pitié.
Qui est fautif ? Le père et la
mère, qui ne lui ont pas immédiatement
interdit de se lier d’amitié avec
ce non-juif. Ils n’ont pas extirpé
le mal à la racine et ne l’ont pas
réprimandé à plusieurs
reprises jusqu’à ce qu’il cède,
ils sont donc responsables des mauvaises
actions de leur fils. C’est cela «
Dis et tu diras », ne pas se contenter
de dire une seule fois, cela ne suffit pas,
le risque de se rendre impur dans son peuple
demeure, mais il faut dire et répéter
à ses enfants qu’ils fuient la façon
de vivre des non-juifs pour se rattacher
uniquement à leur Créateur
en accomplissent Ses mitsvoth selon Sa volonté.
3) Il y a aussi là une leçon
pour les rabbanim qui réprimandent
le public : les grands doivent faire attention
aux petits. Les grands sont les rabbanim
qui admonestent les petits, les gens du
peuple, en leur enjoignant sans cesse paisiblement
de suivre les voies de nos pères
Abraham, Isaac et Jacob [ce qui se trouve
en allusion dans le fait que le mot Emor
(« dis ») a la même valeur
numérique que Abraham, alors que
Lehazhir guedolim (« mettre en garde
les grands ») a la même valeur
numérique que Isaac et Jacob, en
ajoutant la lettre mem (valeur numérique
: quarante), qui représente la Torah
reçue en quarante jours, et qu’il
faut observer...], car c’est uniquement
ainsi qu’on sera relié à Dieu
et qu’on s’élèvera sans cesse
dans la sainteté et la pureté.
Comment faut-il se conduire ?
« Dis et tu diras » nous
enseigne la mitsvah de se réprimander
soi-même avant de réprimander
les autres, faute de quoi ils ne nous écouteront
pas. Il faut également ne pas se
lasser de réprimander ses enfants
et sa famille, c’est uniquement ainsi qu’on
pourra les voir prendre la voie de leurs
pères en sainteté et en pureté.
C’est ce que signifie « mettre en
garde les grands à propos des petits
».
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