PARACHAT EMOR : 4eme Partie L’orgueil est la source de toutes les fautes « Parle aux cohanim et dis-leur
de ne pas se rendre impurs au contact d’une
âme de leur peuple » (Lévitique
21, 1). Que signifie « une âme
» ? On peut comprendre qu’il s’agit
du corps d’un mort, de ses 248 membres et
265 tendons, qui sont appelés le
« peuple » du corps [voir à
ce propos Nédarim 32b]. L’homme ne
doit pas rendre ce « peuple »
impur par l’orgueil.
Le Zohar (III 68a) s’interroge sur la
proximité des parachioth Kedochim
et Emor. Au début de Kedochim (Lévitique
19, 2), le verset enjoint à toute
la communauté d’Israël de se
sanctifier, c’est pourquoi dans la parachat
Emor on exige également des cohanim
qu’ils soient saints. Les membres de la
tribu de Lévi sont aussi mis en garde,
dans le verset : « Parle aux Lévites
et dis-leur... » (Nombres 18, 26),
afin que tous soient saints et purs, même
les grands, qu’ils préservent leurs
248 membres qui correspondent aux mitsvoth
positives (Makoth 23b, Tan'houma Tetsé
2), et se sanctifient d’une sainteté
supérieure.
Encore faut-il expliquer pourquoi, puisque
dans la parachat Kedochim la Torah met en
garde tout le peuple d’Israël, qui
comprend les cohanim et les Lévites,
il faut encore s’adresser à eux séparément
?
C’est que sans cette mise en garde spécifique
de la parachat Emor envers les cohanim et
les Lévites, on aurait pu croire
par erreur que puisqu’ils sont plus saints
que les autres benei Israël, on peut
leur faire confiance, et ils n’ont pas besoin
de barrières supplémentaires.
On leur adresse donc une mise en garde spéciale
: justement parce qu’ils sont les plus saints,
ils doivent se sanctifier encore plus de
peur d’en arriver à l’orgueil qui
ressemble à l’impudicité (voir
ci-dessous). Et ce sont précisément
eux, qui se trouvent dans la Tente d’Assignation,
qui ont besoin d’une sanctification supplémentaire,
dans l’esprit de ce qu’ont dit les Sages
: « Plus quelqu’un est grand, plus
ses instincts sont puissants » (Soukah
52a). C’est l’explication que donne la Guemara
de la répétition « Dis
et tu diras » (Lévitique 21,
1) : mettre en garde les grands en plus
des petits (Yébamoth 114a), ce qui
signifie que la Torah ayant averti les petits,
qui sont toute la communauté d’Israël,
dans la parachat Kedochim, elle avertit
maintenant également les grands,
qui sont les cohanim et les Lévites,
pour qu’eux aussi se gardent du péché
et de l’orgueil.
Or dans la parachat Pin’has, on trouve
les mots suivants : « Pin’has fils
d’Elazar fils d’Aaron le cohen » (Nombres
25, 11). Les Sages expliquent que les tribus
le méprisaient et disaient : «
Avez-vous vu ce fils de Pouti dont le père
de la mère (Ytro) engraissait (Pitem)
des veaux pour des sacrifices idolâtres,
et qui a tué un prince d’une tribu
d’Israël ? » C’est pourquoi le
verset rappelle qu’il descend d’Aaron (Sotah
43a, Rachi Ibid.).
Cela demande explication : 1) Pourquoi
les tribus méprisaient-elles Pin’has,
qui avait tué Zimri ben Salou, prince
de la tribu de Chimon (Nombres 25, 14),
alors que celui-ci était passible
de mort, et que Pin’has l’avait tué
avec la permission de Moïse ? Etait-ce
une raison de le mépriser ? 2) Pourquoi
rappeler à Pin’has les fautes de
son grand-père Ytro, alors que celui-ci
s’était repenti et converti et était
devenu un juste (Mekhilta Ytro), au point
qu’il a mérité d’ajouter à
la Torah une parachah qui porte son nom
(Chemoth Rabah 27, 7, Sifri Béha’alotkha
10, 29) ? Est-ce donc sa vie antérieure
qu’il faut rattacher à son petit-fils
Pin’has ? 3) Et si l’on rappelle à
Pin’has les fautes de son grand-père,
pourquoi le faire justement à propos
de l’incident de Zimri et non en toute autre
circonstance ?
Ce qui a éveillé la colère
des tribus contre Pin’has, c’est qu’il était
cohen, et qu’en tuant Zimri il s’est mis
en danger d’être rendu impur par un
cadavre au cas où les coupables seraient
morts sous sa main, sans compter qu’il aurait
pu lui aussi être tué dans
la lutte. C’est pourquoi on ne lui a pas
donné le bénéfice du
doute, et on n’a pas attribué sa
jalousie à l’amour du Ciel, sinon
il n’aurait pas cru devoir précéder
des hommes plus grands et meilleurs que
lui dans l’accomplissement de la vengeance
divine. Et même si c’était
avec la permission de Moïse, comme
l’ont dit les Sages (Sanhédrin 82a),
les tribus estimaient malgré tout
que c’était un acte d’orgueil de
tuer le prince d’une tribu d’Israël.
Le simple fait qu’il soit entré dans
la tente et ait vu la laideur de leur faute
était pour eux une preuve qu’il était
frappé par l’orgueil. Or on sait
que l’orgueil contient un peu d’idolâtrie,
d’impudicité et de meurtre. Il s’est
donc mis en danger par un orgueil qui ressemble
à l’idolâtrie, et a subi la
vue d’un spectacle impudique. Pourquoi donc
entrer, puisqu’il risquait tout cela ?
Les tribus se sont alors demandé
d’où venait cet orgueil, et ont conclu
qu’il avait sa racine chez le grand-père
Ytro, qui était idolâtre avant
de se repentir (Chemoth Rabah 1, 38). Ce
trait avait été transmis à
sa descendance, et bien qu’ensuite il soit
devenu un juste, la racine était
restée mauvaise. C’est ainsi qu’ils
ont expliqué comment Pin’has avait
enfreint la mise en garde de l’Ecriture
aux cohanim de se préserver de l’orgueil,
comme nous l’avons dit sur le verset : «
Dis et tu diras, qu’il ne se rende pas impur
pour une âme » ?
A cause de tout cela, le verset le fait
descendre d’Aaron, ce qui signifie que bien
qu’il descende d’Ytro, ses actes ont leur
source chez Aaron qui a dit de lui-même
(avec Moïse) : « Que sommes-nous
? » (Exode 16, 7), et en qui il n’y
avait que de l’humilité, c’est pourquoi
beaucoup de miracles ont été
faits à Pin’has en cette occasion
et il a été préservé
de tout mal (Sanhédrin 82b, Targoum
Jonathan Nombres 25, 8).
Tout cela était dû au mérite
d’Aaron. Il est vrai qu’un homme qui manifeste
de l’orgueil a certainement hérité
un peu des défauts de ses ancêtres,
mais comme par ailleurs il portait en lui
Aaron qui était humble et n’agissait
jamais que pour l’amour du Ciel, l’ascendance
d’Ytro ne s’est pas faite sentir, au point
que la Torah témoigne : « Il
s’est montré jaloux de ma cause au
milieu d’eux » (Nombres 25, 11), sans
aucune arrière-pensée ni aucun
orgueil, mais uniquement par amour du Ciel.
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