PARACHAT EMOR : 5eme Partie Son cœur s’enorgueillit dans les voies de l’Eternel... (la Torah à travers l’humilité) Sur le verset : « Dis aux cohanim
et tu leur diras » (Lévitique
21, 1), la Guemara explique : « C’est
pour mettre en garde les grands à
propos des petits » (Yébamoth
114a). Le verset vient prévenir les
grands, comme les fils d’Aaron et leurs
semblables, d’avoir à ressembler
à leurs ancêtres et à
continuer dans leurs traces, mais avec une
grande humilité comme Aaron, dans
l’esprit de la michnah : « Fais partie
des disciples d’Aaron » (Avoth 1,
12). Même s’ils ont déjà
atteint des sommets spirituels et ne cessent
de s’élever dans le service de Dieu,
ils doivent demeurer petits et humbles à
leurs propres yeux, faute de quoi ils se
rendraient impurs au contact d’un mort dans
leur peuple, ce qui n’est permis que pour
les proches, son père et sa mère
(Lévitique 21, 2), ce qui signifie
que lorsqu’il s’agit de sanctifier le Nom
de Dieu, qui est notre père dans
la Torah et la spiritualité, on a
le droit de se sentir supérieur,
dans l’esprit du verset : « Son cœur
s’enorgueillit dans les voies de l’Eternel
» (II Chroniques 17, 6). C’est uniquement
dans ce contexte qu’il est permis à
l’homme de s’enorgueillir.
Non seulement cela, mais ce genre d’orgueil
est un devoir. Quand il s’agit de Dieu,
qui est notre père et notre mère,
et de l’honneur de Sa Torah, un petit peu
de fierté est légitime, comme
l’affirme la Guemara : « Il est permis
à un talmid ‘hakham d’avoir un huitième
de huitième d’orgueil » (Sotah
5a), car s’il était trop petit à
ses propres yeux, il finirait par en arriver
au désespoir. C’est pourquoi la Torah
lui permet et même lui recommande
un sentiment de fierté. Il deviendra
ainsi un homme saint et pur, car quand il
se tue pour la Torah, qui est la sagesse,
elle résidera en lui, ainsi qu’il
est écrit : « La sagesse est
avec les humbles » (Proverbes 11,
2), ou encore : « Dis à la
sagesse : tu es ma sœur » (Ibid. 7,
3). Pour l’amour de cette Torah, on a le
droit de s’enorgueillir, cette fierté
même étant une élévation
dans le service de Dieu.
C’est cela le lien entre la parachat
Kedochim, la parachat Emor et la parachat
A’harei Mot. L’homme doit se tuer pour les
paroles de Torah, comme les Sages l’expliquent
sur le verset : « Voici la règle
(litt. : la Torah), un homme qui meurt dans
la tente » (Nombres 19, 14) (Bérakhoth
63b, Chabath 83b, Zohar II, 158b), c’est
cela : A’harei Mot, « après
la mort », et ensuite seulement il
peut arriver à la sainteté
(Kedochim) et sentir son cœur se gonfler
dans l’amour pour Dieu (Emor). Si l’on inversait
l’ordre en commençant par la fierté,
on risquerait de tomber dans l’erreur en
s’imaginant que c’est pour le Nom de Dieu
qu’on se gonfle, alors qu’en réalité
c’est pour soi-même, on serait donc
impur au milieu de son peuple, car on ne
marcherait pas dans les voies des pères
qui se sont enorgueillis uniquement pour
Dieu. C’est cela « Dis et tu diras
», mettre en garde les grands à
propos des petits, qu’ils regardent leurs
ancêtres pour rester petits, et ne
s’enorgueillissent que pour le Nom de l’Eternel.
Dans la suite du verset, il est écrit
: « Dis aux cohanim fils d’Aaron...
qu’ils ne se rendent pas impurs par le contact
d’un cadavre ». C’est une allusion
aux mitsvoth, qui s’appellent les «
enfants » du juste (lequel est ici
symbolisé par Aaron), car pour observer
les mitsvoth correctement, il faut le faire
avec humilité et effacement, comme
un serviteur qui accomplit les ordres de
son maître. Le juste doit prendre
garde à ne pas trop s’effacer mais
à garder le sens de la mesure, pour
ne pas en arriver dans son service à
des exagérations qui provoqueraient
une profanation du Nom de Dieu, ce qui le
rendrait impur dans son peuple. Il doit
se rendre impur pour son père et
sa mère, à savoir pour le
Nom de Dieu, avec l’équilibre qui
convient.
Nous allons citer à ce propos
ce qu’écrit Noam Elimélekh
sur ce verset :
« Pour comprendre la répétition
« Dis et tu diras », il faut
d’abord expliquer le verset : « Parle
à Aaron et à ses fils, qu’ils
se mettent à l’écart des saintetés
des benei Israël » (Lévitique
22, 2). En effet, il y a deux sortes de
justes, ceux qui tiennent leur probité
de leurs pères, qui étaient
saints et craignaient Dieu, or on sait que
la Torah revient dans son auberge (Baba
Metsia 85a), et ceux qu’on peut appeler
« nezirim » (« séparés
») parce qu’ils se sont mis à
l’écart de leur propre initiative,
bien qu’étant issus de parents peu
compréhensifs. Ceux-là ne
retombent pas si facilement de leur niveau
de sainteté, car n’ayant personne
sur qui s’appuyer, ils s’abaissent en leur
for intérieur et se surveillent constamment
avec sévérité. Quant
à ceux qui tiennent leur sainteté
de leurs pères, ils sont remplis
de Torah et de mitsvoth par le mérite
de leurs ancêtres qui les aide (Avoth
2, 2), et cela peut parfois les mener à
une tentation de grandeur qui les fera rapidement
décliner. » C’est pourquoi
la Torah met en garde, « Dis et tu
diras aux enfants d’Aaron », à
ces justes, qu’ils doivent continuer à
travailler par eux-mêmes, sans prendre
en considération ce qui leur vient
de leurs ancêtres, qu’ils se séparent
et deviennent saints par leurs propre forces,
sans quoi ils en arriveront à l’orgueil,
or : « Quiconque s’enorgueillit est
en horreur à l’Eternel » (Proverbes
16, 5). C’est cela « Dis et tu diras
», une allusion aux deux niveaux,
d’une part ne pas regarder le mérite
des pères, et d’autre part s’élever
par ses propres moyens. Alors ils ne se
rendront pas impurs au contact d’un mort,
et ainsi ils n’arriveront pas à l’orgueil
et à la profanation du Nom de Dieu
». Je crois avoir donné une
explication semblable.
On peut donc en conclure que le juste
doit faire très attention, particulièrement
celui qui possède le mérite
de ses pères, car maintenant le mérite
des Patriarches s’est épuisé
(Chabath 55a, Yérouchalmi Sanhédrin
ch. 10, 1), et il doit agir par lui-même
et s’élever de lui-même, sans
regarder le passé de sa famille,
pour ne pas tomber dans l’orgueil et ne
pas se rendre impur dans son peuple.
On peut aussi expliquer le sujet d’une
autre façon. Un talmid ‘hakham s’appelle
un ben Torah, « fils de la Torah »,
et il n’y a pas de plus grand mérite
des pères que d’être fils de
la Torah. Par conséquent il doit
d’autant plus se méfier de l’orgueil,
et ne pas utiliser la Torah à ses
propres fins (Avoth 4, 7), mais garder présents
à l’esprit les propos de Rabbi (Ibid.
2, 1) : « Quel est le droit chemin
que l’homme doit emprunter, etc. ».
De quelle façon ? En mettant en garde
les grands à propos des petits, en
leur disant de rester petits et de ne pas
s’enorgueillir dans la Torah, sans quoi
ils se rendraient impurs dans leur peuple.
Qu’ils agissent uniquement par amour du
Ciel, ainsi qu’il est écrit : «
Que tous tes actes soient par amour du Ciel
» (Ibid. 2, 17). Il leur est permis
de se rendre impur pour leur père
et leur mère, ce qui rejoint le concept
« Sois extrêmement humble »
(Ibid. 4, 4), et renvoie à la Torah,
qui est le père et la mère
de ce « ben Torah » [Note du
rédacteur : le mot meod (extrêmement)
a la même valeur numérique
que av em (père, mère)].
J’ai trouvé l’idée suivante
dans Yssma’h Moché sur notre parachah
: Pourquoi est-il question des fils d’Aaron
? Et que signifie : « et tu diras
» ? C’est pour mettre en garde les
cohanim contre l’impureté contractée
au contact d’un mort. Pourquoi cela ? Il
en est question dans le Zohar (I, 168a)
et aussi dans la Guemara (Baba Metsia 114a),
qui demande pourquoi les tombes des non-juifs
ne rendent pas impur. L’explication est
qu’au moment où un israélite
meurt et que son âme sainte s’en va,
il reste des étincelles de sainteté
et des traces de sainteté dans le
corps, et c’est là que résident
les forces de l’impureté pour s’en
nourrir, idée évoquée
dans le verset « Les méchants
rôdent aux alentours » (Psaumes
12, 9). C’est pourquoi ce corps rend impur
: l’impureté s’y accroche, et un
homme vivant qui le touche devient impur.
Ce qui n’est pas le cas pour les non-juifs,
qui n’ont aucune sainteté, et dont
les cadavres sont semblables à ceux
des animaux, idée évoquée
par le verset « leur lubricité
égale celle des chevaux » (Ezéchiel
23, 10) ou l’expression « peuple semblable
à un âne » (Baba Kama
15a, Vayikra Rabah 20, 2). C’est pourquoi
ils ne communiquent aucune impureté.
Mais pendant sa vie, un juif ne rend
pas impur, car les forces d’impureté
ont peur de s’approcher de lui. Elles ne
s’approchent de ce qui reste de sa sainteté
qu’après sa mort, et à ce
moment-là le rendent impur, si bien
qu’un vivant qui s’approche et le touche
devient impur, et ces forces le font tomber
dans la faute, ainsi qu’il est dit : «
Le Satan, c’est le mauvais penchant, c’est
l’ange de la mort » (Baba Batra 16a).
Il incite ce vivant au péché,
cherchant à le détourner et
à s’emparer de son âme. Si
les cohanim sont rendus impurs par le contact
d’un mort, c’est parce qu’au moment de la
faute du Veau d’Or, certes Aaron n’a pas
péché en pensée, puisqu’il
a dit : « C’est une fête pour
l’Eternel demain » (Exode 32, 5),
et non : « c’est une fête pour
le Veau », il a péché
uniquement en acte, mais le Satan ne connaît
pas les pensées, il sait seulement
qu’Aaron a fauté. Par conséquent,
quand un cohen s’approche d’un mort, à
l’endroit où se sont rassemblées
les forces de l’impureté, il le fera
tomber dans l’impureté et le péché
pour éveiller le souvenir de la faute
du Veau d’Or. Ce processus est un décret
du roi du monde, ainsi qu’il est écrit
: « Vous avez accepté ma royauté,
acceptez mes décrets » (Yalkout
Chimoni A’harei 590).
Malgré tout, on comprend toujours
mal pourquoi après la mort d’un juste
il reste une trace de sainteté à
laquelle vont aller s’accrocher les forces
de l’impureté. Il aurait été
préférable que même
ce petit reste disparaisse complètement,
alors le mort ne rendrait pas impur celui
qui le toucherait, et à plus forte
raison un cohen ne serait pas rendu impur
! De plus, les justes dans leur mort sont
appelés vivants (Bérakhoth
18a), ils ne devraient donc pas rendre impur
plus que pendant leur vie !
Il est dit au nom de Rabbi Chimon : «
Celui qui est en chemin et interrompt son
étude pour dire : comme cet arbre
est beau, comme ce bosquet est beau, celui-ci
met son âme en danger » (Avoth
3, 7). On voit donc que tant que l’homme
étudie, il s’appelle « vivant
», car il est dit « et il en
vivra » (Lévitique 18, 5).
Toute la vitalité de l’homme lui
vient de l’étude de la Torah, et
tout ce qui le fait vivre, que ce soit la
nourriture, le sommeil, la marche ou autre,
doit venir uniquement de la Torah, car il
est écrit : « Connais-le dans
toutes tes voies » (Proverbes 3, 6),
et la Torah s’appelle « vie »
(Avoth Derabbi Nathan 34, 10). On doit donc
toujours être rattaché à
son Créateur par l’étude de
la Torah, auquel cas on relèvera
du principe selon lequel « un triple
lien ne se rompt pas facilement »
(Ecclésiaste 4, 12). Ce triple lien
représente l’homme, la Torah et le
Saint béni soit-Il, car tous trois
ne font qu’un (Zohar III, 218b).
Mais s’il rompt ce lien (de Torah) qui
le rattache au Créateur, s’il veut
vivre en ce monde au gré de ses désirs,
dans les plaisirs et les vanités,
il met son âme en danger et risque
de mourir à chaque instant. Or on
sait qu’au moment où l’homme agonise
et qu’il est sur le point de mourir, le
cohen doit s’éloigner de lui, la
plupart des mourants étant appelés
à mourir effectivement (Guittin 28a),
et l’ange de la mort attend déjà,
ainsi que la kelipah. L’homme qui interrompt
son étude ressemble à cet
agonisant et peut être considéré
comme mort, alors la kelipah s’accroche
à lui et rend impur tout l’entourage.
Il est interdit de regarder son visage,
car c’est un impie et on ne doit pas regarder
un homme mauvais (Méguilah 28a),
qui connaît son maître et se
rebelle contre Lui délibérément
(Torath Cohanim 26, 18).
C’est pourquoi il est écrit «
Dis et tu diras », pour mettre en
garde les grands à propos des petits.
Cela signifie que tout ben Torah doit être
fermement relié à D ; s’il
est grand par des choses graves, s’il est
petit par des choses plus légères,
et même en ce qui concerne la mitsvah
la plus légère, il ne doit
pas suivre ses instincts. Une telle attitude
briserait sa vitalité, car elle équivaudrait
à se rendre impur au contact d’un
mort, et il attirerait le danger sur lui-même.
Il doit simplement prêter la même
attention à la plus légère
mitsvah qu’à la plus grave (Avoth
2, 1), alors la kelipah ne s’accrochera
pas à lui. Dans le cas contraire,
il sera déjà appelé
mort de son vivant, à l’instar des
méchants (Bérakhoth 18b, Zohar
II, 106b), et rendrait impurs ceux qui sont
sous le même toit que lui (Nombres
19, 14). C’est le lien entre la parachat
Kedochim, la parachat Emor et la parachat
A’harei Mot qui les précède.
L’homme doit être rattaché
à la Torah, et non se conduire comme
bon lui semble. Alors il relèvera
de « Dis et tu diras », il ne
rendra pas impur même après
la mort, et il se tuera pour la Torah, alors
il y aura en lui de la sainteté même
après sa mort, car la kelipah le
fuira et il sera appelé saint (Isaïe
4, 3).
D’après ce qui a été
dit jusqu’à présent, nous
comprendrons beaucoup mieux les paroles
du Zohar selon lesquelles après la
mort, il reste en l’homme une trace sainte
des mitsvoth qu’il a faites dans sa vie.
Comme on le sait, le corps est un instrument
de mitsvah qui s’use et doit être
enterré, de la même façon
qu’un sac des tefilin ou un manteau de rouleau
de la Torah usés, qu’on doit mettre
dans une guenizah parce qu’ils ont servi
à une mitsvah (Sanhédrin 48b).
Ainsi tout homme dont les mains ont mis
les tefilin, qui les a placés sur
sa tête, dont les jambes ont couru
pour étudier la Torah et dont la
bouche a parlé de Torah, a fait de
son corps entier un instrument de mitsvah
et de sainteté. Ce corps est en lui-même
la trace des mitsvoth qu’il a faites dans
sa vie, et il est impossible que cette trace
disparaisse, sinon après la mort
le corps lui-même devrait disparaître
complètement, ce qui n’est pas le
cas ! Par conséquent le corps est
saint, la preuve en étant que l’impureté
s’attache à lui. On voit donc combien
l’homme, et plus encore le juste, est saint
dans sa vie, et comme on le sait les justes
ne rendent pas impurs dans leur tombe (Zohar
I, 168a), comme en témoigne l’histoire
du prophète Elie et de Rava bar Aboua
(Baba Metsia 114 a-b) qui se sont rencontrés
au cimetière, et Rava bar Avoua a
demandé à Eliahou comment
il pouvait se trouver là puisqu’il
était cohen. On peut se référer
à ce passage, aux Tossafoth (114a,
passage qui commence par chéissadrou),
et aussi au Midrach (Yalkout Chimoni Proverbes
944), pour s’assurer que les justes ne rendent
pas impur. Simplement, nous ne savons pas
qui est parfaitement juste au point de ne
pas rendre impur, c’est pourquoi dans le
doute on ne touche à aucun corps.
Mais chez le juste, l’impureté n’a
absolument aucune prise, car il reste en
lui des traces de sainteté.
Cependant, si on trouve un homme auquel
l’impureté s’attache, c’est un signe
qu’il a détérioré les
endroits où la sainteté laisse
des traces : peut-être n’a-t-il pas
accompli la mitsvah de façon tout
à fait désintéressée,
ce qui a abîmé la trace, ou
bien la kelipah s’est accrochée à
un endroit où l’âme se trouvait
afin de se nourrir de la trace qui reste,
alors que chez le juste parfait cette kelipah
ne peut pas rentrer du tout, et encore moins
se nourrir de lui. Quand on constate que
la kelipah veut se nourrir de quelqu’un,
c’est un signe que cet homme a malheureusement
fait du mal dans sa vie, car s’il y a une
kelipah, cela signifie qu’il y a une trace
de sainteté, par conséquent
il est dommage qu’il n’ait pas profité
de cette sainteté pour sanctifier
vraiment tout son corps.
Il est écrit à propos d’Adam
: « Il insuffla dans ses narines une
âme de vie » (Genèse
2, 7). Ce verset est valable pour tous les
siècles, car ce souffle donné
au premier homme se retrouve chez chaque
homme d’Israël pour former une âme
de vie, en sainteté et en pureté,
car l’homme est l’œuvre des mains du Saint
béni soit-Il (Béréchith
Rabah 24, 5), par conséquent même
après sa mort, après la sortie
de son âme, tout le corps reste saint
par la force de ce souffle venu du Saint
béni soit-Il. C’est pourquoi les
Sages ont dit : « Les lèvres
des justes remuent dans la tombe »
(Yébamoth 97a, Yérouchalmi
Bérakhoth 2, 1), ces lèvres
qui ont appris la Torah restent saintes
même après leur disparition,
et la kelipah n’a aucune prise ni aucun
moyen de se nourrir d’un corps aussi saint.
Ce n’est pas pour rien que la trace de sainteté
demeure dans la tombe et que les lèvres
remuent. Par conséquent, quand les
gens viennent prier sur les tombes des tsaddikim,
la sainteté qui reste dans leur corps
à cause de toutes les mitsvoth accomplies
pendant leur vie constitue un mérite
pour l’homme vivant. C’est cela «
mettre en garde les grands à propos
des petits », mettre en garde les
justes à propos des petits, afin
qu’ils intercèdent et prient pour
eux, qu’il reste en eux une trace, et qu’ils
ne se rendent pas impurs dans leur peuple,
car ils doivent veiller sur l’âme
de vie que le Saint béni soit-Il
leur a insufflée. Alors ils ne rendront
pas impurs, comme dans l’histoire du prophète
Elie évoquée ci-dessus.
On peut aussi expliquer que le Saint
béni soit-Il a dit à Moïse
de prévenir les benei Israël
que lorsqu’ils verront des « grands
», à savoir la grandeur de
Dieu, il est évident qu’ils doivent
se faire « petits » et s’abaisser
devant Lui. Le Rambam a écrit que
quand l’homme perçoit la grandeur
du Créateur à travers l’univers
qu’Il a créé, il en vient
nécessairement à se sentir
petit et à s’abaisser lui-même
(Hilkhoth Yessodoth Hatorah ch. 2, et autres).
Alors son cœur se remplit de fierté
dans les voies de l’Eternel et il s’élève,
sans rester mesquin comme il était
auparavant. C’est une interpellation qui
s’adresse à tous de prendre conscience
de la grandeur du Créateur, et d’atteindre
la grandeur des êtres spirituels,
afin de rester saint même après
la mort et de ne pas se rendre impur dans
son peuple. C’est une mise en garde non
seulement pour les grands mais aussi pour
les petits, car tous peuvent s’élever,
dans l’esprit de ce qui est écrit
: « Afin de ne pas repousser à
jamais celui qui est banni de Sa présence
» (II Samuel 14, 14).
Tout ce que nous avons dit jusqu’à
présent permet de répondre
aux questions que pose le Admor de Satmar
sur notre parachah. Sur le verset : «
Dis aux cohanim et tu leur diras »
(Lévitique 21, 1), le Zohar (III,
88b) écrit qu’il faut leur dire dans
un murmure, car de même que le service
des cohanim se passe en murmurant, ce qu’on
leur dit doit être un murmure. Et
le Rabbi de Satmar demande : nous savons
que tout se passait à haute voix,
comme il est écrit à propos
du mont Garizim et du mont Hébal
: « Les lévites prendront la
parole et diront à haute voix »
(Deutéronome 27, 14). Pourquoi donc
ici faut-il murmurer ? Quel secret veut-on
cacher ? D’ailleurs on traite des lois concernant
l’impureté chez les cohanim, ces
lois ne sont pas un secret et n’ont pas
à être murmurées, et
Dieu parle à haute voix, ainsi qu’il
est écrit : « Je n’ai pas parlé
dans le secret » (Isaïe 45, 19).
Le Rabbi de Satmar pose encore une autre
question. Sur ce verset, les Sages ont expliqué
qu’il est écrit : « Les paroles
de Dieu sont des paroles pures » (Psaumes
12, 7), car les paroles d’un roi humain
ne sont ni pures ni sûres, alors que
celles de Dieu sont pures. Pourquoi ? Parce
qu’il est écrit : « L’Eternel
Dieu est vérité, Lui seul
est un Dieu vivant et un roi éternel
» (Jérémie 10, 10),
c’est pourquoi on peut faire confiance à
Ses paroles (Vayikra Rabah 26, 1). On ne
comprend pas ce que vient faire ici cette
explication, alors que notre passage traite
des lois de l’impureté engendrée
par un mort chez les cohanim. Pourquoi est-ce
à ce propos qu’il faut dire que Dieu
est éternel ? Toute la Torah n’est-elle
pas éternelle ?
Ces deux questions trouvent leur réponse
dans notre développement précédent,
car ici la Torah enjoint à tout le
monde de se conduire avec humilité
et effacement, sans s’enorgueillir et sans
compter sur le mérite des pères.
Ainsi tous les actes seront accomplis dans
la sainteté, car seules les paroles
de l’homme humble sont entendues, et en
toute discrétion, comme dans le verset
: « Les paroles des sages se
font entendre dans la douceur » (Ecclésiaste
9, 17). C’est pourquoi le Saint béni
soit-Il a demandé à ce qu’ici
tout soit murmuré, doucement et humblement,
puisque c’est ici qu’on prévient
les cohanim, c’est-à-dire les benei
Torah, d’avoir à se comporter doucement
et humblement, auquel cas ils feront attention
aux petits comme aux grands, aux mitsvoth
légères comme aux plus graves,
et ils ne se rendront pas impurs dans leur
peuple. C’est uniquement pour leur père
et leur mère, à savoir quand
il s’agit du service de Dieu, qu’ils pourront
se rendre impur et laisser leur cœur se
gonfler dans les voies de Dieu.
Par conséquent, on comprend parfaitement
le thème des « paroles pures
» : le Saint béni soit-Il donne
aux benei Israël le conseil de parler
purement comme Lui, ce qui les rendra semblables
à Lui, au point que s’Il édicte
un décret, lui, le juste, pourra
l’annuler (Moed Katan 16b, Tan'houma Vayéra
19), par la force de la pureté de
son langage et de son investissement dans
la Torah de l’Eternel. Sans les conseils
de Dieu, même si quelqu’un est roi,
ses paroles ne sont pas pures et pas du
tout fiables, car il est appelé à
dormir sans se relever. Mais jusque dans
sa mort, le juste reste comme vivant, et
le Saint béni soit-Il continue à
respecter ses actes et ses paroles, si bien
que toutes les lois qui sortent de la bouche
du juste pour rendre quelque chose pur ou
impur restent « des paroles pures
», parce qu’il les a prononcées
en murmurant, humblement et sans orgueil,
et que Dieu donne de la force à ses
paroles, jusqu’à la venue du Rédempteur,
rapidement et de nos jours, Amen.
Tout ceci s’applique uniquement à
celui qui étudie la Torah. Le Alcheikh
demande, à propos de « il ne
se rendra pas impur dans son peuple »,
pourquoi il n’est pas écrit explicitement
« par le contact d’un mort »
? Il cite le Midrach suivant : : «
Il ne se rendra pas impur dans son peuple
», à savoir tant que le mort
est dans son peuple, à l’exception
du mort que personne ne réclame,
et pour lequel on se rend impur (Torath
Cohanim 21, 4 et Rachi). Tout se tient,
car si c’est un mort que personne ne réclame,
même si le cohen est occupé
à faire un mitsvah ou à étudier
la Torah, il a le droit de se rendre impur
pour lui, dans l’esprit du verset «
Son cœur s’enorgueillit dans les voies de
l’Eternel ». Mais s’il ne s’occupe
pas de Torah, même s’il n’est pas
vraiment mort, il ne doit pas se rendre
impur dans son peuple « pour une âme
» : il n’est pas comparable à
une âme, car comme il négligeait
la Torah et les mitsvoth, l’âme lui
a été enlevée. C’est
uniquement dans le cas contraire qu’il s’appelle
vivant et que ses paroles sont pures.
Tout ce qui a été dit jusqu’à
présent nous permettra de répondre
à une question supplémentaire
du Admor de Satmar, qui demande pourquoi
c’est justement dans cette parachah de l’impureté
des cohanim que la Torah a mis en garde
les grands à propos des petits, alors
que dans toutes les mitsvoth les grands
doivent mettre en garde les petits. Il s’interroge
également sur le midrach selon lequel
aux anges qui n’ont pas de mauvais penchant,
il suffit de dire les choses une fois, ainsi
qu’il est écrit : « Tel est
l’arrêt prononcé par la volonté
des anges et la résolution [au singulier]
décrétée par les Saints
» (Daniel 4, 14) ; alors qu’en ce
qui concerne les êtres d’en bas qui
ont un mauvais penchant, on espère
que deux injonctions suffiront, ainsi qu’il
est écrit : « Dis et tu diras
» (Vayikra Rabah 26, 5). La question
est la suivante : s’il en est ainsi, il
faudrait répéter toutes les
mitsvoth. Pourquoi ne répète-t-on
que cette mitsvah sur l’impureté
?
D’après ce qui a été
dit ci-dessus, on comprend parfaitement
qu’ici il est question de la base de toute
la Torah, à savoir l’humilité
et l’abaissement. Etudier la Torah par orgueil
rendrait impur, or on n’obtient l’aide du
Ciel que par la Torah dont les paroles sont
pures, sans elle on est complètement
mort, on rend impur et on n’a aucune trace
de sainteté. C’est pourquoi c’est
justement ici, dans ce passage qui traite
de la base et du but de la Torah, qu’elle
met en garde les grands à propos
des petits, et ici que l’enseignement est
repris deux fois, avec des paroles pures,
car c’est ici qu’on a l’essentiel de la
Torah. C’est une idée à méditer,
car elle est profonde.
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