PARACHAT EMOR : 6eme Partie L’amour du prochain [Explication du lien entre les parachioth
Kedochim, Emor et Béhar]
Il est écrit : « Dis aux
cohanim fils d’Aaron et tu leur diras »
(Lévitique 21, 1). Les Sages ont
mis ce : « Dis aux cohanim »
en rapport avec le verset : « les
paroles de l’Eternel sont pures »
(Psaumes 12, 7). La mise en garde de Dieu
à l’égard de la sainteté
et de la pureté d’Israël relève
donc de l’idée que « les paroles
de l’Eternel sont pures » (Tan'houma
Emor 1). De plus, au début de la
parachah, Ba’al Hatourim écrit que
Véamarta (« et tu diras »)
est fait des mêmes lettres que Amarot,
les « paroles » de l’Eternel
dans le verset cité.
L’intention de la Torah paraît
donc être ici d’enjoindre à
l’homme de veiller à sa bouche et
à sa langue, et d’utiliser un langage
pur. On trouve confirmation de l’importance
de ce sujet dans une anecdote concernant
Rabbi Israël Salanter. Un jour, il
était sorti pendant la période
des seli’hot pour aller à la synagogue
prier cha’harit. En chemin, il a rencontré
un juif de belle et noble allure qui revenait
de la synagogue après une nuit entière
de seli’hot et de tikounim, et sur qui la
crainte du jour du jugement se faisait sentir.
Rabbi Israël s’approcha de lui, et
lui dit bonjour avec un sourire, mais l’autre
était si plongé dans ses réflexions
sur la gravité de cette période
qu’il ne parut pas s’apercevoir de sa présence,
ne répondit rien et poursuivit son
chemin. Rabbi Israël s’adressa à
lui en ces termes : « Monsieur le
juif, sachez que pour le Saint béni
soit-Il, l’essentiel n’est pas le mitsvoth
entre l’homme et Dieu, mais celles qui concernent
les rapports avec le prochain ; même
quand on se repent des fautes commises envers
Dieu, le jour de Kippour n’accorde pas pour
autant le pardon sur les rapports avec autrui
(Yoma 85b). Pourquoi donc ne m’avez-vous
pas répondu quand je vous ai dit
bonjour ? Qu’est-ce que vous avez à
perdre à répondre poliment,
cela va-t-il déranger vos préparatifs
pour le jour du jugement ? C’est exactement
le contraire : vous auriez pu annuler tous
les mauvais décrets vous concernant
si vous m’aviez répondu « bonjour
» avec un sourire ! »
C’est stupéfiant ! Il arrive souvent
que quelqu’un fasse des efforts suprêmes
pour observer les mitsvoth, mais qu’il échoue
au moment où sa ferveur est mise
à l’épreuve de la réalité.
Il y a beaucoup de gens qui prient avec
une grande concentration, mais ne font aucune
attention au prochain une fois qu’ils sont
sortis de la synagogue. Cette terrible histoire
nous enseigne que ce n’est pas la bonne
façon de se conduire, car il ne manque
pas de gens qui prient comme Rabbi Israël
Salanter, mais il nous apprend que cette
prière est absolument sans valeur
si elle ne s’accompagne pas d’attention
envers le prochain, fût-ce un bonjour
amical.
C’est cela le rapport entre la parachat
Kedochim, la parachat Emor et la parachat
Béhar. Sur le verset « soyez
saints » (Lévitique 19, 2),
Rachi explique au nom des Sages (Vayikra
Rabah 24, 4) : « Ecartez-vous de l’impudicité
et du péché ». Or on
sait que pour éviter l’impudicité,
il faut garder sa langue, car l’alliance
de la langue correspond à l’alliance
de la circoncision (voir Beith Israël
du Admor de Gour, qui traite longuement
de ce sujet en plusieurs endroits). Au moment
du Veau d’Or, sur le verset : « ils
se levèrent pour s’amuser »
(Exode 32, 6), les Sages ont expliqué
(Tan'houma Tissa 20, Rachi) qu’il s’agissait
des relations interdites et du meurtre,
c’est-à-dire que si l’on rit avec
la bouche, on s'égare aussi dans
le domaine des mœurs. C’est pourquoi immédiatement
après, dans la parachat Emor, la
Torah met en garde sur la parole : «
Dis et tu diras », « des paroles
pures », et le Midrach ci-dessus,
précise qu’il faut garder sa bouche
et sa langue (Tan'houma Emor, 1), ce qui
inclut le fait de dire bonjour aimablement,
avec une bouche propre et des paroles pures,
et à ce moment-là seulement
on peut se sanctifier et se purifier totalement.
Comment l’homme peut-il s’assurer que
son langage est propre et ses paroles pures
? En se rappelant de la Torah qui a été
donnée Béhar, au mont Sinaï.
Cela signifie qu’il doit se souvenir de
l’humilité du mont Sinaï, sur
qui la Torah a été donnée
parce qu’il s’était abaissé
(Sotah 5a, Yalkout Chimoni Ytro), et dont
il faut apprendre à s’incliner devant
Dieu et le prochain pour que la Torah vive
en nous (Ta’anith 7a, Sotah 21a, Dérekh
Erets Zoutah 8), à l’instar de Moïse
dont il est dit : « L’homme Moïse
était très humble »
(Nombres 12, 3). De cette façon,
il est assuré que ses paroles seront
pures, car l’homme humble ne se met jamais
en colère, si bien qu’il ne fait
jamais sortir de sa bouche des paroles indécentes,
et il est également dépourvu
d’orgueil, tout cela étant à
l’opposé de l’humilité.
On peut affirmer avec certitude que la
répétition « Dis et
tu diras » porte sur les rapports
des hommes entre eux. En effet, si on parle
à l’autre et qu’il n’écoute
pas, on doit répéter ce qu’on
a dit, avec des paroles pures et humbles,
des paroles qui sortent du cœur et rentrent
dans le cœur de l’interlocuteur. Or la Guemara
affirme que quiconque possède la
crainte du ciel, ses paroles sont écoutées
(Bérakhoth 6b). De plus, les Sages
ont expliqué que : « Dis et
tu diras » vient mettre en garde les
grands à propos des petits (Yébamoth
114a), ce qui relève de la même
intention : l’homme ne doit pas s’imaginer
que le fait d’être un grand ou un
Rav lui permette de regarder ses élèves
de haut, mais au contraire « Dis et
tu diras », il faut se conduire humblement
avec eux, et leur parler de façon
douce (« amirah »), comme la
Guemara l’explique à propos du verset
: « Ainsi tu parleras (« Tomar
») à la maison de Jacob »
(Exode 19, 3), de façon douce (Chabath
87a), et aussi en murmurant (Zohar I, 16a),
légèrement et humblement.
Les Sages affirment : « A chaque fois
que le terme amirah est utilisé,
il s’agit de supplications, ainsi qu’il
est écrit : « Et il dit («
Vayomer ») : je vous en prie mes frères,
ne faites pas ce mal » (Genèse
19, 7) » (Tan'houma Tsav 13).
C’est donc cela le rapport entre Kedochim,
Emor et Béhar : l’humilité
et l’amour du prochain sont ce qui relie
le tout. Nous avons déjà cité
ailleurs les paroles du Midrach : «
Quel rapport y a-t-il entre la chemittah
et le mont Sinaï » (Torath Cohanim
25, 1, Rachi au début de Béhar).
La chemittah nous enseigne la grandeur de
l’humilité et de l’amour du prochain,
car tout se trouve à la disposition
de tout le monde et n’importe qui a le droit
d’aller dans les champs de tous ; par amour
pour tous, le propriétaire leur permet
de prendre ce qu’ils veulent (une allusion
en est que les paroles de Torah ne se réalisent
que chez celui qui se rend lui-même
aussi ouvert à tous qu’un désert
(Midrach Agadah ‘Houkat 21, 19), ce qui
évoque la chemittah pendant laquelle
tout est livré au public, signe d’humilité
et d’amour du prochain). Ce n’est donc pas
pour rien que sur le verset : « Tu
aimeras ton prochain comme toi-même
» (Lévitique 19, 18) Rabbi
Aquiba dit que c’est un grand principe de
la Torah (Yérouchalmi Nédarim
ch. 9, 4), car l’amour du prochain est à
la base de tout. Et c’est le lien entre
les parachioth : la sainteté («
kedouchah ») vient au moyen de paroles
(« amirah ») pures, et uniquement
dans un contexte d’humilité (Béhar).
La Guemara (Erouvin 54b) raconte une
merveilleuse histoire sur Rabbi Preida qui
enseignait chaque chose à un élève
quatre cents fois. Un jour, quelque chose
a fait qu’au bout de quatre cents fois,
il n’avait toujours pas compris, à
la suite de quoi il a recommencé
quatre cents fois supplémentaires,
mérite qui lui a valu une longévité
de quatre cents ans, ainsi que le monde
à venir pour lui-même et sa
génération. Rabbi Preida accomplissait
« Dis et tu diras », sans jamais
se fâcher, et il a eu l’humilité
d’étudier avec son élève
quatre cents fois supplémentaires.
Nous voyons là un grand principe,
à savoir que celui qui se met en
colère ne peut pas être humble.
Il est écrit que Moïse était
le plus humble de tous les hommes (Nombres
12, 3), et pourtant les Sages ont dit qu’en
trois endroits il s’est fâché
et a immédiatement oublié
la loi, à cause de la colère
(Vayikra Rabah 13, 1, Sifri Matoth 31, 21).
On sait par ailleurs que : « Celui
qui se met en colère oublie son étude
et s’ajoute de la sottise » (Nédarim
22b), car on ne peut acquérir la
Torah que dans le calme total et l’humilité.
Tout cela va nous permettre de répondre
à ce que m’a demandé une fois
le Rav Rothschild : Comment se fait-il que
dans les générations précédentes,
les Achkénazim et les Sépharadim
vivaient en bonne entente, puisqu'au Maroc
il y avait des ouvrages des anciens auteurs
achkénazes et du Roch, alors qu’en
Allemagne on trouvait des ouvrages des Sépharadim,
comme des talmidei ‘hakhamim réunis
en groupes pour étudier une Torah
dont toutes les paroles ont été
données par un seul berger (‘Haguigah
3b), accroissant ainsi la paix dans le monde
(Bérakhoth 64a, Zohar III, 301b).
Alors qu’aujourd’hui, à cause de
nos nombreuses fautes, les dirigeants sont
divisés dans des proportions inimaginables,
et au lieu de se rappeler que la division
et la haine ont mené à la
destruction du Temple (Yoma 9b), chacun
essaie de surenchérir dans la controverse.
Le fait même de cette division
est un signe qu’on n’étudie pas assez
la Torah, parce que celui qui se consacre
à l’étude sait ce que signifie
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même
» et ne lutte pas contre ses compagnons.
Par dessus tout, cela montre que nous nous
trouvons dans l’époque qui précède
la venue du Machia’h (voir Sotah 49b), or
le Satan sait que si l’amour envers le prochain
augmente, le Machia’h peut venir à
chaque instant, car la faute de la haine
gratuite sera réparée (Yoma
9b), c’est pourquoi il utilise sa dernière
arme qui est de diviser tout le monde, et
il est aujourd’hui plus puissant que jamais.
Mais précisément, nous
devons savoir que c’est dans ces périodes-là
que nous devons nous tenir sur nos gardes,
aimer le prochain et nous garder de dire
du mal de lui, car après notre vie,
au Tribunal céleste Dieu nous demandera
si nous avons contribué à
la construction du Temple. En effet, les
Sages ont dit : « Toute génération
pendant laquelle le Temple n’a pas été
construit, c’est comme s’il avait été
détruit » (Yérouchalmi
Yoma 1, 1), et nous, chez qui la haine gratuite
est monnaie courante, que répondrons-nous
au jour du jugement et des réprimandes
? Dans la génération de l’époque
précédant la venue du Machia’h
(IKVata Dimechi’ha), chacun doit justement
se comparer à un talon (AKeV), et
se conduire avec humilité, effacement
et douceur de caractère. C’est ainsi
que nous pourrons véritablement aider
à la venue du Machia’h et à
la révélation de la gloire
du Royaume, que ce soit rapidement et de
nos jours.
De plus, nous disons dans la prière
: « Reviens par Ta miséricorde
dans Jérusalem Ta ville »,
et aussi : « Rassemble-nous ».
Mais est-ce que nous désirons effectivement
ce que nous demandons, ou est-ce seulement
notre bouche qui crie : « Machia’h,
Machia’h », comme dans le verset «
Mais leur cœur n’était pas de bonne
foi avec Lui » (Psaumes 78, 37) ?
Il faut le vouloir vraiment, mettre en accord
notre bouche et notre cœur (Teroumoth 3,
8, Nazir 2b). Comment ? En faisant un effort
considérable pour éliminer
toute haine gratuite. Même si le Temple
n’est pas encore construit, nous devons
tout au moins nous efforcer de ne pas être
la cause du retard de la Rédemption,
car « Toute génération
pendant laquelle il n’a pas été
construit, c’est comme s’il avait été
détruit » (Yérouchalmi
Yoma 1, 1, Cho’her Tov 137, 10). A ce moment-là
nous pourrons dire à Dieu : Nous
avons fait tout ce que Tu nous a ordonné,
et de notre part il n’y avait aucun obstacle,
tout est venu des autres et spécialement
du mauvais penchant qui nous fait succomber.
C’est pourquoi les Sages ont dit que dans
l’avenir, le Saint béni soit-Il amène
le mauvais penchant et l’égorge,
car c’est lui qui est coupable de tout :
en réalité, l’amour règne
chez le peuple d’Israël (Soukah 52a,
Zohar I, 190b).
Puissions-nous mériter que le
Saint béni soit-Il nous aide à
observer « Aime ton prochain comme
toi-même », ce qui nous vaudra
la Torah et la venue du Machia’h, rapidement
et de nos jours, Amen qu’il en soit ainsi.
Comment faut-il se conduire ?
L’essentiel de la sainteté se
trouve dans la bouche : un langage pur,
des paroles douces, avec humilité
et amour du prochain. En effet, celui qui
se met en colère ne peut pas être
humble et ne mérite pas la Torah.
Quand on se conduit humblement, on peut
arriver à la Torah et à l’unité,
ce qui est l’essentiel de la Torah. C’est
elle qui rapproche la Rédemption,
rapidement et de nos jours, Amen.
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