PARACHAT BEHAR : 1ere Partie La terre observera les Chabath de l’Eternel La mitsvah de chemittah porte le nom
de Chabath, ainsi qu’il est écrit
: « La terre observera les Chabath
de l’Eternel » (Lévitique 25,
2). Comme on le sait, elle représente
une grande épreuve pour l’homme :
ne pas travailler du tout pendant la septième
année, et de surcroît tout
donner aux autres, comme nous l’enjoint
la suite des versets (« Le Chabath
de la terre sera pour vous (...) pour toi
et ton serviteur et ta servante (...) et
ton troupeau et les bêtes de ton pays
pourront se nourrir de tous ces produits
» (Ibid., 7)). C’est une dure épreuve
de se contenter d’attendre la générosité
de Dieu, sans semer ni labourer, et pourtant,
nous savons qu’Il n’envoie une épreuve
que lorsque l’homme est capable de la surmonter,
ainsi que l’écrit le ‘Hidouchei Harim
de Gour sur le verset « Il répand
la neige comme la laine » (Psaumes
147, 16) : Dieu donne la neige à
l’homme selon la laine dont il dispose pour
se couvrir. Les Sages nous affirment que
le Saint béni soit-Il ne cherche
pas à compliquer la vie de Ses créatures,
et n’éprouve l’homme que selon ses
forces (Avodah Zarah 3a, Chemoth Rabah 34a,
Tan'houma 701, 10). Dans ces conditions-là,
comment sortir victorieux de l’épreuve
de la chemittah ?
Aujourd’hui, on voit des gens qui utilisent
toutes sortes de stratagèmes pour
y échapper, par exemple vendre les
champs à des non-juifs, alors qu’autrefois,
la chemittah était observée
dans ses moindres détails, sans quoi
il s’ensuivait un désastre, par exemple
: « A cause du péché
de la chemittah, Israël est exilé
et le Temple est détruit »
(Avoth 5, 9, Chabath 33a). Mais en réalité,
il faut comprendre pourquoi cette destruction
découlerait de la non-observance
de la chemittah. J’ai aussi vu dans l’ouvrage
Hokhia’h LéAvraham la question suivante
: Il est dit dans la Guemara (Chabath 119b)
que Jérusalem (et le Temple) n’ont
été détruits que parce
qu’on y profanait le Chabath. C’est donc
qu’il ne s’agit pas exclusivement de la
chemittah ? De son côté, le
prophète se lamente de ce que le
pays a été perdu parce que
les benei Israël avaient abandonné
la Torah (Jérémie 9, 11, 12),
ce qui semble signifier que la destruction
a été due à une négligence
dans l’étude de la Torah !
Nous allons tenter d’expliquer tout cela
le mieux possible (ces sujets ont déjà
été abordés de différentes
façons dans d’autres articles sur
notre parachah, mais la Torah a soixante-dix
visages). Au début de la parachah,
Rachi demande au nom des Sages (Torath Cohanim)
: « Quel rapport y a-t-il entre la
chemittah et le mont Sinaï ? »
et répond : « De même
que la chemittah, ses principes généraux
et tous ses détails ont été
donnés au Sinaï, c’est aussi
le cas de toutes les mitsvoth ». On
ne voit toujours pas très bien pourquoi
l’exemple spécifique de la chemittah
a été choisi. La raison en
est que cette mitsvah comporte une grande
épreuve, c’est pourquoi elle peut
nous donner un enseignement sur toutes les
mitsvoth, qu’elles soient faciles ou difficiles,
dans l’esprit de la michnah : « Sois
aussi vigilant envers une mitsvah facile
qu’envers une mitsvah difficile »
(Avoth 2, 1). On apprend donc de la chemittah
qu’il est impossible d’accomplir des mitsvoth
importantes si on ne fait pas attention
aux détails les plus infimes des
mitsvoth faciles. C’est effectivement l’habitude
que Dieu a donnée aux benei Israël
dans le désert vis-à-vis de
toutes les mitsvoth, pour qu’ils soient
ensuite capables d’observer la mitsvah de
chemittah en Terre Sainte.
Quand on veut gravir une haute montagne,
il faut faire de gros efforts et transpirer
beaucoup avant d’arriver au sommet. Or il
en va de même de l’étude de
la Torah : pour la conquérir, il
faut se donner énormément
de mal (Torath Cohanim Lévitique
26, 3), comme l’explique Rabbi Israël
Salanter sur le lien entre les parachioth
Béhar et Bé’houkotaï
; en effet, l’étude doit être
vécue comme s’il y avait une haute
montagne à gravir et qu’il faille
sans cesse continuer à grimper. On
doit aussi se donner beaucoup de mal pour
observer la chemittah, et on n’y parvient
qu’en étudiant la Torah dans l’effort.
Le lien est donc clair : le Temple a été
détruit par la faute de la négligence
dans l’étude de la Torah ainsi que
par la non-observance de la chemittah, car
les deux sont liés.
On peut encore ajouter que la «
montagne » fait allusion aux plaisirs
de ce monde, car la Guemara (Soukah 52a)
appelle le mauvais penchant une montagne,
et il y a des gens qui ne se donnent du
mal que pour obtenir ce qui les satisfait
en ce monde, au lieu de se rendre compte
que les biens de ce monde doivent être
au service exclusif de la Torah, du mont
Sinaï ! Quand on travaille pour assurer
sa subsistance, cela doit être dans
l’unique but de faire la volonté
de Dieu et d’accomplir la Torah et les mitsvoth.
Dans cet esprit, on comprend le rapport
entre les différentes opinions des
Sages que nous avons citées : celui
qui n’a pas investi d’effort dans l’étude
de la Torah et ne s’est occupé que
des plaisirs de ce monde ne pourra observer
la mitsvah de chemittah correctement, et
la destruction le guette.
La même notion nous permet également
de comprendre le lien entre le Chabath et
la chemittah, puisque le Temple et Jérusalem
ont également été détruits
à cause du Chabath. Dieu nous a donné
un merveilleux cadeau, le Chabath (Chabath
10a), afin que nous l’observions scrupuleusement,
que nous nous reposions et que nous cessions
tout travail, même si la perte devait
être grande. C’est une épreuve
considérable pour l’homme, car pendant
la semaine les affaires prospèrent
et les bénéfices grimpent,
alors que le Chabath, quand on ne travaille
pas, le mauvais penchant vient essayer de
nous convaincre de continuer malgré
tout, et à ce moment-là le
Chabath devient un fardeau et un tourment.
Il faut donc beaucoup de foi et de confiance
en Dieu pour l’observer. Or il ne faut pas
oublier que toute la subsistance de l’homme
lui est attribuée de Roch Hachanah
jusqu’au jour de Kippour de l’année
suivante, à l’exception des frais
qu’il encourt en l’honneur de Chabath et
des fêtes (Beitsah 16a, Vayikra Rabah
30, 1). Par conséquent celui qui
ne travaille pas le Chabath ne perdra rien,
et comme il a été décidé
qu’il ne gagnerait rien pendant Chabath,
s’il le fait tout de même c’est comme
s’il volait l’Eternel, car il profite de
la kelipah, qui ne contient pas de bénédiction.
On doit donc faire attention pendant Chabath
à ne pas avoir de pensées
interdites concernant la subsistance, pour
ne pas fauter, ainsi qu’il est écrit
: « Celui qui observe le Chabath sans
le profaner et garde son bras de faire quelque
mal que ce soit » (Isaïe 56,
2).
Par conséquent, lorsque l’homme
prend à cœur cette foi et cette confiance
en Dieu, cela lui permet d’observer le Chabath
dans tous ses détails sans la moindre
peine, et alors il pourra accomplir aussi
la mitsvah du Chabath de la terre. Chaque
semaine nous attendons la venue du Chabath,
nous recevons une âme supplémentaire
(Beitsah 16a), nous jouissons de la présence
de Dieu, et nous oublions complètement
nos préoccupations financières.
De même, quand arrive la septième
année, nous devons nous en réjouir,
et cela nous permettra de l’observer sans
aucune difficulté. La Torah contient
une allusion à cette idée
: en sept ans, le nombre des Chabath est
égal au nombre des jours d’une année
entière (cinquante-deux fois sept),
par conséquent si pendant sept ans
il est possible d’observer le nombre de
Chabath équivalent aux nombres de
jours d’une année, il est tout aussi
possible d’observer l’année entière
dans ses moindres détails, car c’est
elle qui les relie toutes. C’est le sens
du verset : « La septième année
sera un Chabath complet pour la terre »
(Lévitique 25, 3), toute l’année
sera comme un Chabath, elle comporte le
même nombre de Chabath que le cycle
entier.
Le lien entre la chemittah, la Torah
et le Chabath est donc évident ;
ils dépendent les uns des autres,
car tous représentent pour l’homme
une épreuve à surmonter, qui
consiste à croire en Dieu et Lui
faire confiance, et alors Il lui accordera
tout ce que désire son cœur, pour
le bien. C’est cela le rapport entre le
début de la parachah, qui parle de
la chemittah, et sa fin (Lévitique
26, 2) : « vous observerez mes Chabath
», car la chemittah et le Chabath
sont une seule et même chose. On peut
consulter à ce propos le Or Ha’haïm
sur ce verset. C’est ce qu’il écrit,
et je me réjouis d’avoir exprimé
la même idée : par le mérite
de l’observance du Chabath, on parvient
à respecter la mitsvah de chemittah.
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