PARACHAT BEHAR : 3eme Partie La mitsvah de chemittah, fondement de la liberté de l’homme Il est écrit : « L’Eternel
parla à Moïse au mont Sinaï
pour lui dire (...) la terre chômera
en l’honneur de l’Eternel » (Lévitique
25, 1, 2), verset à propos duquel
les Sages ont dit : « Quel est le
rapport entre la chemittah et le mont Sinaï
? De même que la chemittah avec ses
principes généraux et tous
ses détails a été donnée
au Sinaï, c’est aussi le cas de toutes
les mitsvoth » (Torath Cohanim, Rachi
Ibid.).
Mais cela reste insuffisant, et je vais
m’efforcer de répondre de mon mieux
et le plus exactement possible aux questions
qui se posent :
A. Qu’est-ce que cela vient nous apprendre
de nouveau que toutes les mitsvoth ont été
données au Sinaï avec leurs
principes généraux et leurs
détails ? On sait bien que Moïse
a appris la totalité de la Torah
au mont Sinaï ! (Chemoth Rabah fin
de Michpatim) A propos du verset «
L’Eternel m’a donné deux Tables de
pierre (...) sur lesquelles sont écrites
toutes les choses que l’Eternel vous a dites
», les Sages disent que le Saint béni
soit-Il a montré à Moïse
les détails de la Torah et des commentaires,
y compris toutes les explications qui seront
données plus tard (Méguilah
19b). Par conséquent la question
reste entière : quel rapport y a-t-il
entre la chemittah et le mont Sinaï
?
B. Il faut également comprendre
comment on peut envisager un instant qu’une
mitsvah soit donnée sans tous ses
détails : si on ne les connaissait
pas, il serait impossible de l’observer
parfaitement !
Il faut comprendre qu’ici, au mont Sinaï,
l’Eternel veut dévoiler un grand
secret aux benei Israël dans la mitsvah
de chemittah. D’ailleurs le mot Behar («
Sur le mont ») a la valeur numérique
de raz (« secret »). Elle permettra
aux benei Israël de s’unir et de respecter
la liberté de chacun, qu’il soit
esclave ou homme libre. On sait en effet
combien la terre d’Israël est chère
aux benei Israël, celui qui possède
de la terre peut accomplir de nombreuses
mitsvoth qui en dépendent, comme
les dîmes et les prélèvements,
les prémices, les fruits des trois
premières années, etc. (voir
Kidouchin 36b). On sait également
que grâce à l’unité
entre les benei Israël, ils ont reçu
le don de la Torah, ainsi qu’il est écrit
(Exode 19, 2) : « Israël campa
là », ce que les Sages expliquent
ainsi : « Comme un seul homme, avec
un seul cœur » (Mekhilta).
Par conséquent, si quelqu’un avait
le malheur de se voir privé d’une
terre qui lui vient en héritage de
ses ancêtres, parce qu’il a dû
la vendre à cause d’une dette qu’il
avait ou pour toute autre raison, il aura
une grande douleur de ne plus pouvoir accomplir
les mitsvoth qui dépendent de la
terre, et gardera même peut-être
rancune à d’autres, ce qui entraînera
le contraire de l’unité entre les
benei Israël, au point d’empêcher
qu’ils accomplissent la Torah. Il est vrai
qu’elle a été donnée
dans le désert, avant l’entrée
en Erets-Israël et avant que les benei
Israël possèdent des terres
(voir Kidouchin 37b), mais par la suite,
quand ils entreront dans le pays, ce risque
de perdre des terres peut entraîner
des dissensions.
C’est pourquoi les benei Israël
ont reçu la mitsvah de chemittah,
et précisément au mont Sinaï,
où l’Eternel leur a révélé
ce secret qui leur permettrait de continuer
à vivre dans l’unité même
s’ils en venaient à perdre leur terre.
Comment cela ? A cause de la notion : «
Six années tu sèmeras ton
champ (...) et la septième année
sera un Chabath complet pour la terre »
(Lévitique 25, 3-4). C’est pour cela
que le juif doit se rappeler ce grand rassemblement
du six Sivan où la Torah a été
donnée, quand tout le monde était
uni comme un seul homme avec un seul cœur,
et dont la conséquence est qu’il
faut continuer à vivre dans l’unité
même une fois installé dans
le pays. Alors on travaillera pendant six
ans pour renforcer l’unité avec le
prochain la septième année,
entièrement destinée aux benei
Israël, et ils vivront une véritable
unité, qui évoque le septième
millénaire (voir Avodah Zarah 9a,
Sanhédrin 97a).
L’Eternel connaît le fond du cœur
de tout homme, et sait qu’il ne lui est
pas facile d’ouvrir son champ à tout
le monde la septième année,
au bénéfice de tous ceux qui
n’ont pas la chance de posséder une
terre, en particulier l’étranger,
l’esclave, etc. Il doit donc vraiment travailler
à se perfectionner pendant six ans
d’affilée pour que la septième
année il ait des sentiments favorables
envers chacun, et que tous ressentent véritablement
l’unité. On peut en prendre pour
exemple un homme qui travaille tous les
jours de la semaine : quand arrive le Chabath,
il a une sensation de liberté et
de repos, alors que s’il se reposait pendant
toute la semaine, le Chabath il ne ressentirait
ni repos ni élévation dans
la Torah. Celui qui ne se repose que le
septième jour sent bien que l’Eternel
l’a choisi et sanctifié, et aussi
qu’il s’accompagne d’une âme supplémentaire
(Beitsah 16a).
Dieu a sanctifié la septième
année de la même façon
que le Chabath... et si le Chabath nous
nous souhaitons mutuellement « Chabath
chalom » en signe d’unité,
toute la semaine étant comme une
préparation à ce sentiment
d’union, de la même façon la
septième année il faut ressentir
la liberté et l’unité, non
seulement en paroles, mais en mettant ses
biens de tout cœur à la disposition
de tous, afin que chacun ressente la véritable
liberté, même ceux qui n’ont
pas la chance de posséder une terre.
De plus, les années de chemittah
précèdent le jubilé,
où chacun doit rendre la terre à
son propriétaire initial, ainsi qu’il
est écrit : « Chacun de vous
rentrera dans son bien (...), pendant cette
année de jubilé vous rentrerez
chacun dans votre possession » (Lévitique
25, 10, 13). Or il est difficile à
l’homme de rendre à ses premiers
propriétaires une terre qu’il a achetée,
car il se dit à ce moment-là
qu’il aurait mieux valu ne pas l’acheter
du tout et investir l’argent dans autre
chose. Mais celui qui s’habitue une fois
tous les sept ans à mettre ses biens
à la disposition de tout passant
et à donner à tout le monde
la permission d’entrer pourra accomplir
la mitsvah du jubilé avec la même
perfection et rendre la terre à ses
premiers propriétaires, afin qu’eux
aussi puissent ressentir la véritable
liberté dont ils ont été
privés pendant toutes ces années.
L’Eternel a révélé
ce secret à Moïse et aux benei
Israël au mont Sinaï, pour qu’il
demeurent unis, et tout particulièrement
au moment de la fête de Chavouoth
où nous célébrons le
don de la Torah (moment où est lue
la parachat Béhar). Il faut être
prêt à travailler sur les quarante-huit
qualités par lesquelles la Torah
s’acquiert (Avoth 6, 5), dont la plupart
concernent les rapports des hommes entre
eux, et qui recouvre le même enseignement
que le décompte du Omer, entre Pessa’h
et Chavouoth : quarante-huit jours correspondant
à quarante-huit qualités,
le dernier jour étant le quarante-neuvième
pour réviser le tout, comme l’écrit
Rabbi Israël Salanter. Ainsi on peut
arriver à la perfection le cinquantième
jour, jour du don de la Torah, dans toutes
les qualités, d’ailleurs le mot midah
(« qualité ») a la valeur
numérique de quarante-neuf.
J’ai aussi pensé ajouter que le
mot Yovel (« jubilé »)
a la valeur numérique de quarante-huit,
c’est-à-dire que pendant quarante-huit
ans l’homme apprend comment acquérir
un cœur bon pour pouvoir rendre la terre
à ses propriétaires initiaux.
Il doit en effet se rappeler qu’il
n’est pas son propre maître mais qu’il
est comparé à un esclave,
ainsi qu’il est écrit : « Car
les benei Israël sont mes serviteurs
» (Lévitique 25, 55). Et s’il
est esclave d’un être de chair et
de sang, qu’il sache qu’il finira par retrouver
sa liberté pour pouvoir servir l’Eternel
et accomplir les mitsvoth qu’il n’a pas
eu la possibilité d’observer quand
il était esclave, et aussi qu’il
a la possibilité d’obtenir un champ
à lui où il observera les
mitsvoth qui dépendent de la terre.
La Torah ordonne à celui qui a
un esclave : « Ne le domine pas avec
rigueur » (Lévitique 25, 43,
46), et sur le verset : « Les Egyptiens
asservirent les benei Israël avec rigueur
» (Exode 1, 13), la Guemara (Sotah
11b) explique que le mot parekh («
rigueur ») peut être lu comme
peh rakh, « une bouche douce »
qui cherche à convaincre de travailler
de plus en plus. Or un juif n’a pas le droit
d’asservir quelqu’un, bien au contraire,
il doit se conduire fraternellement.
Le Ba’al Lev Sim’hah écrit : «
Quarante-huit est la valeur numérique
de Lev Tov (« un cœur bon »),
ce qui signifie que pendant le période
du décompte du Omer, où l’on
compte quarante-neuf jours, il faut travailler
à se forger un cœur bon, pour pouvoir
arriver à la perfection à
la fête de Chavouoth, puisque c’est
le cœur qui abrite toutes les autres qualités
(voir Avoth 2, 9, Avoth Derabbi Nathan 14,
5). Quelqu’un qui a bon cœur aime les créatures,
or nous avons expliqué ci-dessus
qu’avant le don de la Torah, l’essentiel
est d’arriver à la solidarité
et à l’amour du prochain, «
comme un seul homme avec un seul cœur ».
Le mot chemittah comporte encore une
autre allusion : les lettres de CHeMITTaH
sont celles du mot CHaÏ (« cadeau
»), auxquelles s’ajoutent mem et tet
(valeur numérique : quarante-neuf).
Cela signifie qu’il faut travailler à
s’améliorer pendant quarante-neuf
ans, pour que l’année du jubilé
on puisse rendre le CHaÏ, le «
présent », à ses propriétaires
initiaux avec amour et de bon cœur. De plus,
la chemittah a ceci de merveilleux qu’elle
préserve l’homme d’une grave impureté,
car la valeur numérique de chemittah
évoque une souillure involontaire
dont celui qui croit en Dieu et le sert
se trouve protégé. C’est également
la valeur numérique du verset «
Vegam bekha ya’aminou léolam »
(« En toi aussi, ils croiront à
jamais ») (Exode 19, 9) ainsi que
du verset « Véhaya ma’haneikha
tahor » (« Et ton camp sera
saint ») (Deutéronome 23, 15).
Or on sait déjà que l’humilité
protège l’homme et l’empêche
de tomber au pouvoir de la kelipah (voir
Zohar III, 240a). La valeur numérique
du mot Anavah (« humilité »)
est la même que celle des mots Haahavah
Véhaemounah (« l’amour et la
foi »), et le mot A’hdout («
unité ») a la même valeur
numérique que Véïch Emounah
(« Et un homme de foi »). Les
deux valent ensemble la même chose
que Kedouchah Ilaah (« une sainteté
supérieure »).
Donc la chemittah nous apprend en particulier
l’humilité, l’unité et la
liberté de chaque homme, ainsi que
la nécessité ne pas oublier
le don de la Torah, et de travailler pour
obtenir un cœur bienfaisant envers le prochain.
Par la chemittah, l’homme peut atteindre
la perfection dans toutes les qualités,
sans compter qu’il se renforce dans le service
de Dieu et se trouve protégé
de l’impureté.
Par le mérite de l’observance
de la chemittah dans son intégralité,
avec humilité, dans l’union et la
foi, puissions-nous mériter la lumière
du « pays de la vie » («
Eretz Ha’haïm », même valeur
numérique que chemittah) et la venue
du Machia’h, amen qu’il en soit ainsi.
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