PARACHAT BEHAR-BE’HOUKOTAI : 1ere Partie La mitsvah de chemittah nous enseigne à acquérir l’humilité Il est écrit dans notre parachah
: « L’Eternel parla à Moïse
au mont Sinaï pour lui dire : «
Quand vous viendrez dans le pays que Je
vous donne, la terre chômera pour
l’Eternel » (Lévitique 25,
1), et aussi : « Quand vous direz
: que mangerons-nous la septième
année (...) j’ordonnerai pour vous
ma bénédiction » (Ibid.
25, 20).
Le livre HaKountrass du Admor de Satmar
pose la question suivante : « La plupart
des commentateurs de la Torah se sont demandé
ce que voulait dire le verset par les mots
« la terre chômera pour l’Eternel
» ; n’est-il pas répété
par la suite (Ibid. 25, 2) : « Pendant
six ans tu sèmeras ton champ (...)
et la septième année un chômage
absolu sera accordé à la terre
» ? Il semble donc que « la
terre chômera pour l’Eternel »
soit superflu ». Dans la suite de
son exposé, il pose une autre question
: « Rachi dit : Pour l’Eternel - en
l’honneur de Son nom, de la même façon
que ce terme est employé à
propos du Chabath. » Cela aussi demande
explication : y a-t-il une mitsvah qui ne
doive pas être pour l’Eternel ? Alors
pourquoi est-ce justement à ce propos
que Rachi explique : « en l’honneur
de Son nom » ? »
Une autre question est également
posée dans Noam Elimélekh
sur notre parachah, au nom de son frère
Rav Zoucha, célèbre par sa
piété, en ces termes : «
Quand vous direz : que mangerons-nous la
septième année, (...) J’ordonnerai
pour vous Ma bénédiction ».
Nous savons que la démarche habituelle
de la Torah consiste à écrire
une lettre supplémentaire qui permet
de répondre à plusieurs questions,
sans que celles-ci soient écrites
explicitement. Or ici, la question est écrite
dans la Torah. N’aurait-il pas fallu se
contenter des mots : « J’ordonnerai
pour vous Ma bénédiction »,
auquel cas personne n’aurait éprouvé
le besoin de se demander : « que mangerons-nous
» ?
Je voudrais également poser la
question suivante, déjà abordée
par Rachi : Quel est le rapport spécifique
entre la chemittah et le mont Sinaï,
puisque toutes les mitsvoth ont été
données au Sinaï avec leurs
principes généraux et leurs
détails ? Pourquoi l’expression «
au mont Sinaï » figure-t-elle
précisément à propos
de la mitsvah de chemittah ? Même
si l’on adopte l’explication de Rachi, à
savoir : « de même que les principes
généraux et les détails
de la chemittah ont été donnés
au Sinaï, toutes les mitsvoth ont été
données avec leurs principes généraux
et leurs détails au mont Sinaï
», la difficulté demeure, car
on aurait pu dire la même chose à
propos de n’importe quelle autre mitsvah.
Pourquoi en fin de compte est-ce précisément
par la mitsvah de chemittah que la Torah
nous révèle que toutes les
mitsvoth ont été données
au Sinaï dans les moindres détails
?
Nous allons tenter de l’expliquer au
mieux. La base de toute la Torah est l’humilité,
que l’homme s’abaisse et s’efface devant
l’Eternel dans tous ses actes, attitude
évoquée par le verset «
Que sommes-nous ? » (Exode 16, 7-8).
Quand il fait preuve d’une humilité
absolue devant le Seigneur, c’est alors
qu’il peut observer la totalité des
mitsvoth et atteindre la crainte de l’Eternel,
ainsi qu’il est écrit : « La
conséquence de l’humilité
est la crainte du Ciel » (Proverbes
22, 4). Or on sait que l’humilité
s’apprend du mont Sinaï, comme l’ont
dit les Sages : « Pourquoi la Torah
a-t-elle été donnée
au mont Sinaï et non sur une autre
montagne (ainsi qu’il est écrit :
« Pourquoi jalousez-vous la montagne
que Dieu a désignée pour Sa
résidence ? » (Psaumes 68,
17)) ? Parce que le mont Sinaï s’est
abaissé et a fait preuve d’humilité,
c’est pourquoi la Torah a été
donnée sur lui » (Sotah 5a,
Yalkout Chimoni Chemoth 284). Cela rappelle
les paroles de la Guemara : « Pourquoi
la Torah a-t-elle été donnée
dans le désert ? Pour que l’homme
se rende disponible à tous comme
le désert » (Nédarim
55a), et on apprend cette attitude du mont
Sinaï.
Nous savons qu’il est dit de Moïse
: « L’homme Moïse était
le plus humble des hommes de la terre »
(Nombres 13, 3). Il a appris cette humilité
du mont Sinaï, et à ce propos
les Sages nous disent : « Moïse
a reçu la Torah du Sinaï »
(Avoth 1, 1), ce qui signifie qu’il l’a
reçue à cause de l’humilité
apprise du mont Sinaï, au point que
dans son immense modestie il a encore dépassé
celle de la montagne pour devenir véritablement
le plus humble de tous les hommes de la
terre. (Nous avons déjà évoqué
cette idée en plusieurs endroits
dans notre parachah, et ce n’est pas ici
le moment de s’étendre).
Or nous devons faire un raisonnement
a fortiori : si une montagne, faite de sable
et de pierres et sans intelligence, peut
arriver à l’humilité, à
combien plus forte raison l’homme qui a
l’intelligence et a été créé
à l’image et à la ressemblance
de Dieu doit-il arriver à l’humilité
et même surpasser celle du mont Sinaï,
et combien plus encore un homme qui possède
la Torah doit-il y parvenir ! Car les Sages
ont dit : « Les paroles de Torah ont
été comparées à
l’eau, ainsi qu’il est dit : « L’eau
désigne toujours la Torah »
(Baba Kama 17a), et aussi « De même
que l’eau coule d’un endroit élevé
vers un endroit plus bas, la Torah ne se
maintient que chez celui qui s’efface et
se conduit avec humilité »
(Ta’anith 7a).
Dans la Torah, le sujet de l’humilité
apparaît en plusieurs endroits. Ainsi,
qu’y a-t-il pour nous de plus important
que le Sanctuaire et le Temple, construits
de bois et de pierre, et dont il est pourtant
dit : « La gloire de l’Eternel remplit
le Sanctuaire » (Exode 40, 34) ? Ils
incarnent l’idée que bien que la
gloire de Dieu remplisse toute la terre
(voir Psaumes 72, 19), ainsi qu’il est écrit
: « Est-ce que Je ne remplis pas tout
le ciel et toute la terre, parole de l’Eternel
? » (Jérémie 23, 24),
et qu’aucun endroit n’est vide de Lui, ainsi
que l’écrit longuement le Rambam
dans les principes de la Torah, Il a tout
de même choisi de résider uniquement
dans une demeure de bois et de pierre.
Cette idée figure déjà
en allusion dans le Midrach (Yalkout Chimoni
Chemoth 365) selon lequel Moïse s’étonnait
et tremblait, ne comprenant pas comment
on peut construire un Temple à Dieu,
alors qu’il est écrit : « Le
ciel et les cieux du ciel ne peuvent Le
contenir » (I Rois 8, 27), et moi,
être humain, je vais lui construire
un Temple ? Alors, l’Eternel lui a répondu
qu’il voulait précisément
demeurer parmi les benei Israël : «
Je résiderai parmi eux ». L’homme
doit lui aussi apprendre du Créateur
à être rempli de la gloire
de Dieu et non de sa propre gloire, dans
l’esprit de l’affirmation des Sages : «
Quiconque poursuit les honneurs, les honneurs
le fuient » (Tan'houma Vayikra 3).
Quand la gloire de Dieu emplit-elle l’homme
? Uniquement quand il sanctifie sa parole,
ses actes et sa pensée, le tout dans
un esprit d’humilité. C’est cela
la volonté de Dieu, et alors se réalise
en lui le verset : « Faites-Moi un
sanctuaire et Je résiderai parmi
eux » (Exode 25, 8), en chacun d’entre
eux.
L’homme doit aussi tirer la leçon
des sacrifices qui sont offerts sur l’autel
dans le Temple. En effet, tous les actes
qui l’accompagnent doivent être accomplis
dans un esprit de sacrifice de soi (la Guemara
(Bérakhoth 17a) dit à propos
du jeûne que l’homme doit s’imaginer
qu’il est lui-même sacrifié,
que sa cendre est versée et son sang
répandu sur l’autel. Alors il sera
agréable à l’Eternel...).
On apprend tout cela du bois, de la pierre
et de la poussière dont est construit
le Temple, et qui symbolisent l’humilité,
puisqu’aucun des métaux qui symbolisent
la guerre, l’orgueil et l’amour des honneurs
ne doit être utilisé.
Tout cela va dans le même sens
: l’homme doit se conduire avec une humilité
totale et suivre la voie de Moïse qui
a appris cette attitude du mont Sinaï.
Quant aux questions que nous avons posées
précédemment à propos
des mitsvoth de la chemittah, nous allons
maintenant y répondre brièvement.
Les Sages affirment (Yalkout Chimoni Chemoth
283) qu’au moment du don de la Torah, le
mont Sinaï a été enlevé
de son emplacement primitif et suspendu
au-dessus des benei Israël. Sur le
verset « Ils se tinrent au bas de
la montagne » (Exode 19, 17), la Guemara
enseigne que le Saint béni soit-Il
a renversé sur eux la montagne comme
une cuve et leur a dit : Si vous acceptez
la Torah, tant mieux, sinon ce sera ici
votre tombeau » (Chabath 88a).
C’est difficile à comprendre.
Pourquoi le Saint béni soit-Il a-t-Il
dû arracher la montagne de sa place
et la renverser sur eux comme une cuve,
alors qu’Il aurait pu obtenir le même
résultat de toute autres façon
?
On ne voit pas non plus pourquoi Il a
dit aux benei Israël « Si vous
acceptez la Torah, tant mieux » ?
Craignait-Il donc qu’ils ne l’acceptent
pas, alors qu’ils avaient déjà
dit explicitement « Nous ferons et
nous écouterons » (Exode 24,
7), ce qui montre qu’ils l’acceptaient sans
aucune restriction ? Alors pourquoi rajouter
cette condition ?
Il faut encore comprendre pourquoi Il
les a menacés que cela devienne leur
tombeau. Il aurait pu leur laisser craindre
une mort ordinaire, ou une attaque des bêtes
sauvages qui se trouvaient dans le désert.
Est-ce uniquement cette menace de la montagne
au-dessus d’eux et du châtiment de
cette mort particulière qui a parue
utile au Saint béni soit-Il ?
Essayons d’expliquer tout cela en accord
avec ce que nous avons dit jusqu’à
présent. Le mont Sinaï symbolise
l’abaissement et l’humilité, et on
peut apprendre de lui comment s’abaisser
devant Dieu et se conduire humblement, en
sachant devant Qui on se tient (Testament
de Rabbi Eliezer le Grand, 18). Chacun peut
en cela imiter Moïse. Mais il n’est
pas facile d’arriver comme lui à
apprendre d’une montagne qui n’entend pas,
ne parle pas, et dont personne ne comprend
la langue. Cela exige le niveau de Moïse
notre maître, qui a vu avec la plus
grande clarté possible ce qu’aucun
autre être humain ni aucun autre prophète
n’a vu (Yébamoth 49b). Aucun autre
n’est arrivé à apprendre l’humilité
de la montagne, car ce n’est pas du tout
une chose aisée. C’est pourquoi il
n’est pas écrit : « Josué
a reçu de Moïse » (dans
Avoth ch. 1) mais « Il l’a transmise
à Josué ». Cela signifie
qu’il ne lui était pas possible de
recevoir de Moïse, car lui a dépassé
ce qu’il avait reçu du mont Sinaï
en s’élevant plus encore que cette
montagne elle-même pour en arriver
à son propre niveau : Moïse
notre maître est le père de
tous les prophètes (Vayikra Rabah
1, 15), il est allé plus loin que
n’importe quel autre homme, car le mont
Sinaï a dit : « Je suis petit
», et Moïse a dit « Que
sommes-nous ? » (Exode 16, 7-8), ce
qui montre qu’il avait dépassé
la montagne. C’est pourquoi il est écrit
« Il l’a transmise à Josué,
et Josué aux Anciens, et les Anciens
aux prophètes » (Avoth 1, 1),
ce qui signifie qu’ils ne l’ont pas reçue
de Moïse - du mont Sinaï, mais
que Moïse a transmis les voies de l’humilité
à Josué pour que celui-ci
apprenne comment arriver à cette
humilité qu’il avait reçue
du Sinaï, sans plus ; puis Josué
a transmis les voies de l’humilité
aux Anciens et ainsi de suite, chacun selon
ses capacités et pas davantage que
le précédent, car ils ne pouvaient
pas dépasser le mont Sinaï.
Nous comprenons maintenant parfaitement
pourquoi la montagne a été
suspendue au-dessus des benei Israël.
C’est parce que l’homme doit apprendre les
voies de l’humilité et de l’effacement
du mont Sinaï, et lorsqu’il se départit
de cette humilité devant Dieu et
commence à s’enorgueillir, là
se trouve son tombeau (c’est pourquoi l’expression
utilisée est : là se trouve
votre tombeau »). C’est aussi pourquoi
Il ne les a pas menacés d’un autre
châtiment, comme les bêtes sauvages
ou autre. En effet, l’orgueil et l’amour
des honneurs chassent l’homme du monde (Avoth
4, 21), et même s’il s’agit d’un talmid
‘hakham qui étudie et affirme : «
Nous ferons et nous écouterons »,
lorsque son cœur s’élève et
s’emplit d’orgueil, il se met à utiliser
la Torah à son propre profit (Avoth
4, 7), ce qui est absolument interdit, et
il est dit de lui « celui qui utilise
la couronne disparaîtra » (Avoth
4, 7). Il passe et disparaît du monde
parce qu’il s’est enorgueilli, et alors,
ici sera son tombeau ! Ainsi qu’il est écrit
: « Ils se tinrent en bas de la montagne
», pour être encore moins que
la montagne du Sinaï, pour s’élever
dans l’humilité comme l’avait fait
Moïse en disant : « Que sommes-nous
? » (Véna’hnou mah). Mah a
la valeur numérique de Adam («
homme »), ce qui signifie qu’il voulait
dire : Je ne suis même pas un homme,
ni de la terre (adamah) ! C’est pourquoi
le Saint béni soit-Il a utilisé
précisément cette façon
de dire à l’homme en allusion comment
acquérir la Torah et les mitsvoth
: par l’humilité.
Et si nous avons raison, nous comprendrons
parfaitement pourquoi la Torah a cité
le mont Sinaï dans la parachah de la
chemittah (et non à propos d’une
autre mitsvah, pour répondre à
la troisième question). La Torah
fait en effet allusion à la vie de
l’homme qui est de soixante-dix ans, ainsi
qu’il est écrit : « Les jours
de nos années sont de soixante-dix
ans » (Psaumes 90, 10). Ce laps de
temps est le seul pendant lequel il soit
possible de se perfectionner, car ensuite
c’est un Chabath total pour la terre et
il devient impossible de modifier quoi que
ce soit (voir Pitou’hei ‘Hotam du Rav Ya’akov
Abou’hatseira sur la parachat Béhar).
Nous pourrons également comprendre
ainsi le rapport avec la parachat Bé’houkotaï
: Il est écrit « Si vous marchez
dans Mes statuts » (Lévitique
26, 3), ce qui signifie « Si vous
vous consacrez à l’étude de
Ma Torah » (Torath Cohanim Ibid.).
Quand l’homme se considérera comme
cendre et poussière (à l’instar
du mont Sinaï), comme une terre laissée
à l’abandon, alors il pourra en arriver
à l’observance des mitsvoth et à
l’étude de la Torah, car elle ne
se maintient que chez celui qui est humble
(Ta’anith 7a). N’importe qui est capable
d’étudier avec orgueil, il n’y a
rien de plus facile. Mais être un
talmid ‘hakham doué d’une si grande
modestie que toutes ses paroles se font
entendre avec douceur (voir Ecclésiaste
9, 17), pour cela il faut travailler énormément.
C’est pourquoi l’homme doit se rappeler
sans cesse le mont Sinaï, c’est-à-dire
s’incliner et se conduire envers Dieu avec
une humilité et un abaissement constants,
et se rappeler qu’au moment où il
s’enorgueillit, il est dit de lui «
Tout orgueilleux est en horreur à
l’Eternel » (Proverbes 16, 5), car
il poursuit les honneurs, à l’inverse
du mont Sinaï qui les a fuis, et là
sera son tombeau.
Il y a plus. La mitsvah de chemittah
en elle-même est une allusion à
l’humilité et à l’abaissement.
Outre le fait que la septième année,
tous sont égaux, riches et pauvres,
le repos de la terre rappelle qu’elle est
basse, cendre et poussière, et que
tout homme la foule aux pieds et en fait
ce qu’il veut... de même l’homme doit
se conduire avec humilité et ne pas
s’attacher aux biens de ce monde, sans quoi
il ne pourra pas faire siennes la Torah
et les mitsvoth pendant les soixante-dix
ans où il se trouve sur terre.
Il est écrit : « la terre
chômera pour l’Eternel », «
pendant six ans tu sèmeras ton champ
(...) et la septième année
un chômage absolu sera accordé
à la terre ». Cela signifie
que l’homme doit tirer la leçon de
la terre qui se met en chômage et
s’abaisse, et même s’il a travaillé
pendant six ans dans la Torah et la crainte
du Ciel, il doit apprendre l’humilité
précisément de la septième
année, du chômage absolu de
la terre. Sans compter que la terre est
basse, ce qui ne l’empêche pas d’accomplir
la volonté de l’Eternel en faisant
pousser de grands arbres au bord de l’eau,
de même l’homme doit s’abaisser et
s’humilier continuellement devant l’Eternel,
mais sans oublier pour autant de faire Sa
volonté, de s’élever et de
donner une multitude de fruits au moyen
de l’eau qui est la Torah, comme l’ont dit
les Sages : « L’eau représente
toujours la Torah » (Baba Kama 17a),
comme l’affirme le texte : « Venez,
vous tous qui êtes assoiffés,
allez vers l’eau » (Isaïe 55,
1).
Ce que nous venons de dire va nous permettre
d’expliquer au mieux toutes les questions
du Admor de Satmar. La répétition
est claire : la première fois, il
est question de la terre elle-même,
pour nous enseigner les mitsvoth de la chemittah
à proprement parler, alors que la
deuxième fois il est dit : «
Pendant six ans tu sèmeras ton champ
(...) et la septième année
un chômage absolu sera accordé
à la terre », ce qui est destiné
à enseigner à l’homme la nécessité
d’étudier l’humilité de la
terre, car c’est uniquement ainsi qu’il
pourra vivre pleinement sa vie pendant ses
soixante-dix ans en ce monde. Cet enseignement
figure également dans la parachat
Bé’houkotaï, avec le verset
: « Le battage de vos grains se poursuivra
jusqu’à la vendange » (Lévitique
26, 5), car on sait que l’homme doit toujours
voir son propre abaissement et la grandeur
du Créateur, comme l’écrit
le Rambam (Hilkhoth Yessodei HaTorah 2,
2). S’il se conduit ainsi, toute sa vie
se passera dans le repentir, il ne péchera
pas et il pourra arriver à la perfection.
C’est cela « Le battage de vos grains
(DaÏCH) se poursuivra jusqu’à
la vendange », car le mot DaÏCH
(« battage ») est composé
des mêmes lettres que CH-a-D-AÏ
(voir l’ouvrage Ilana De’hayeï), un
des Noms de l’Eternel. Cette bénédiction
ne peut se réaliser que lorsqu’on
regarde sa propre bassesse par opposition
à la grandeur de Dieu. Comment y
parvenir ? Quand l’homme contemple la terre
et ce qui pousse en elle, il se souviendra
de ce que disent les Sages : « Sache
d’où tu viens et où tu vas
» (Avoth 3, 1), et tu comprendras
que tu es poussière et que tu retourneras
à la poussière (Genèse
3, 19). C’est uniquement de cette façon
qu’il peut arriver à la perfection
pendant les soixante-dix ans de sa vie en
ce monde, en apprenant de la terre pendant
toute sa vie, particulièrement la
terre qui n’a pas d’intelligence, d’esprit
ni d’âme, et qui malgré tout
connaît son rôle dans le monde.
A plus forte raison l’homme, qui a été
créé à l’image de Dieu
et possède une âme, se doit
de connaître son rôle en ce
monde. Il doit également tirer la
leçon du mont Sinaï, qui, bien
qu’il soit plus haut que la terre, a senti
qu’il n’existait pas, a fui les honneurs
et s’est abaissé. C’est ainsi que
l’homme doit lui aussi se comporter, sans
quoi ici sera son tombeau. Ce n’est pas
donc pas par hasard qu’on trouve partout
de la cendre et de la poussière :
c’est pour rappeler à l’homme le
jour de la mort afin qu’il ne s’enorgueillisse
pas.
Ceci répond à merveille
à la deuxième question du
Admor de Satmar : c’est justement ici, dans
la mitsvah de chemittah, qu’on apprend que
toutes les six cent treize mitsvoth de la
Torah avec leurs principes généraux
et leurs détails, viennent du Sinaï,
et on trouve en allusion l’idée de
se conduire avec humilité et abaissement
dans l’expression « Chabath pour l’Eternel
», en l’honneur du Nom de l’Eternel,
car il n’est possible d’acquérir
toutes les mitsvoth que par l’humilité,
afin qu’elles soient accomplies pour l’amour
du Ciel comme il convient. L’humilité
est le principal et le fondement de la Torah,
c’est pourquoi ici, dans la mitsvah de chemittah,
on la trouve en allusion, selon le désir
de l’Eternel.
Tout cela explique aussi parfaitement
la question de Rav Zoucha, frère
du No’am Elimélekh, sur le verset
« Quand vous direz : que mangerons-nous
la septième année (...) J’ordonnerai
pour vous ma bénédiction ».
Car d’après ce que nous avons dit,
chacun doit apprendre l’humilité
de la terre, mais tout le monde n’est pas
capable d’atteindre le niveau de Moïse
qui a appris l’humilité du mont Sinaï
(comme nous l’avons expliqué ci-dessus).
C’est pourquoi le verset dit : « Quand
vous viendrez dans le pays ». Cela
signifie que quand l’âme vient en
ce monde matériel et terrestre, elle
ne peut pas apprendre de la terre, bien
que le nom de l’homme (Adam) soit une allusion
au nom de la terre (Adama), et qu’il ait
été tiré d’elle, mais
il n’en reste pas moins qu’en fin de compte,
tout homme doit « chômer en
l’honneur de l’Eternel ». C’est pourquoi
la question se pose d’elle-même :
« Quand vous direz : que mangerons-nous
la septième année »,
chacun va se demander : comment puis-je
apprendre de la septième année,
de la chemittah et du mont Sinaï ?
Alors vient la réponse : «
J’ordonnerai pour vous ma bénédiction
», c’est-à-dire que par la
Torah qui s’appelle « bénédiction
», ainsi qu’il est écrit :
« Voici la bénédiction
etc. » (Deutéronome 33, 1),
l’homme peut arriver à comprendre
son rôle dans ce monde, et alors il
pourra apprendre de la terre, se rappellera
le jour de la mort, s’abaissera sans cesse
devant l’Eternel et ne poursuivra pas les
honneurs, car la Torah vivra en lui uniquement
s’il se conduit avec humilité.
Et puisque nous en sommes arrivés
là, pour faire le lien avec Béhar,
voyons ce que la parachat Bé’houkotaï
nous apprend sur l’humilité. Il est
écrit : « Je donnerai vos pluies
en leur temps, la terre donnera sa production,
et l’arbre du champ donnera son fruit. »
(Lévitique 26, 4). Cette façon
de s’exprimer demande explication : pourquoi
est-il dit « vos pluies » au
lieu de : « les pluies de l’Eternel
» en leur temps, ou encore : «
Je donnerai la pluie de votre terre en son
temps » comme dans (Deutéronome
11, 14) ?
C’est tout à fait clair d’après
ce qui précède, car si l’homme
s’investit dans la Torah, fixe des temps
d’étude réguliers (ce qui
est, comme on l’a dit, la bénédiction
qui permet d’acquérir toutes les
mitsvoth par l’humilité, attitude
qui demande un effort, comme on le sait),
va dans les voies de la vérité,
qui est la Torah (Bérakhoth 5b),
ne s’écarte d’elle ni à droite
ni à gauche (non plus que des paroles
des Sages, ainsi qu’il est écrit
: « Ne t’écarte de ce qu’ils
te diront ni à droite ni à
gauche » (Deutéronome 17, 11)),
et qu’il apprenne sans cesse de la terre
comment se comporter avec humilité
et abaissement, alors tous ses besoins matériels
seront satisfaits par le mérite de
la Torah et du travail qu’il y investit,
et non en tant que cadeau gratuit de Dieu
à l’homme. Celui-ci pourra alors
utiliser au service de Dieu tous les biens
matériels et terrestres, et cela
deviendra vraiment « ses pluies »
(mot de la même racine que «
ses matérialités »).
C’est cela « Je donnerai vos pluies
», « vos matérialités
», une fois que votre travail les
aura rendu vôtres de façon
à ce que vous puissiez les dominer
et les transformer en spiritualité.
Quand l’homme se rendra compte que tout
ce qui le préoccupe dans le monde
de la matière lui vient de la bonté
que Dieu, qui le lui octroie parce qu’il
s’est donné du mal pour la Torah,
son amour pour Dieu grandira incomparablement,
il Le servira encore mieux, de toute la
puissance de ses facultés, et il
s’élèvera de toutes ses forces
dans le service de Dieu.
C’est cela : « Si vous marchez
dans Mes statuts », si vous mettez
tout votre effort dans la Torah. A ce moment-là
s’accomplira en vous « savoir et comprendre,
discerner, apprendre et enseigner, observer
et accomplir », car vous comprendrez
que tout ne vient que par l’intensité
de l’étude, et que c’est la force
de cette Torah qui donnera du mérite
à l’homme, pas uniquement par la
bonté de Dieu, car il y aura travaillé
en ce monde. Mais en même temps, il
faut savoir que : « Et je donnerai
», que tout vient de Dieu ; si l’homme
en est conscient, Dieu lui ajoutera tant
et plus, et cela deviendra « vos pluies
», à savoir « vos matérialités
» à vous, et aussi «
la terre donnera sa production »,
vous vous élèverez dans la
qualité caractéristique de
la terre, qui est l’humilité et l’abaissement.
De quelle façon ? « L’arbre
des champs donnera ses fruits », ceci
quand vous apprendrez de la terre, qui bien
qu’elle n’ait aucune intelligence, est malgré
tout basse et humble et fait pousser des
plantes qui donnent des fruits. De même,
vous donnerez vous aussi des fruits de la
meilleure qualité pendant toutes
vos années sur terre, à cause
de l’effort que vous aurez investi dans
la Torah, et qui entraîne des fruits.
Heureux celui qui sait qu’il mange les
fruits en ce monde par le mérite
de son travail, et que le capital lui est
gardé pour le monde à venir
(il s’agit du bien immense qui est en réserve
pour les justes, comme l’ont dit les Sages
(Bérakhoth 34b)), tout cela à
cause de ses efforts, de son humilité
et de son service de Dieu. Sa part sera
grande dans le monde à venir, et
il est dit à son sujet (Isaïe
64, 3) : « Aucun œil ne l’a vu, Dieu,
si ce n’est Toi ». Amen qu’il en soit
ainsi.
|