PARACHAT BE’HOUKOTAI : 4eme Partie La Torah et les mitsvoth aboutissent à la sainteté et annulent les désirs et les kelipoth Sur le verset : « Si vous marchez
dans Mes statuts » (Lévitique
26, 3), Rachi explique au nom des Sages
(Torath Cohanim Ibid.) que cela désigne
l’étude de la Torah dans l’effort.
Il ne suffit pas d’observer les mitsvoth,
il faut les aimer pour les accomplir en
toutes circonstances, et bien qu’elles n’aient
pas été données comme
un plaisir (Erouvin 31a, Yérouchalmi
fin de Teroumoth) mais plutôt comme
un joug, on doit sentir qu’elles ne sont
nullement pesantes. Comment y parvenir ?
Uniquement par l’étude de la Torah.
Mais encore devons-nous comprendre pourquoi
il faut absolument que cette étude
s’accompagne d’efforts et de difficultés
(Sanhédrin 99b). Dans toute la Torah,
on ne trouve nulle part écrit explicitement
qu’il faille étudier dans l’effort,
pourquoi les Sages ont-ils donc interprété
de cette façon ?
De plus, il faut s’interroger sur le
rapport entre la fin de la parachat Béhar,
où il est question du Chabath et
de la révérence envers le
Sanctuaire (Lévitique 26, 2), et
le début de la parachat Bé’houkotaï.
Nous allons tenter d’expliquer tout cela.
La Guemara dit que quand l’homme est jugé,
la première question que lui pose
le Tribunal céleste est s’il a fixé
des temps d’étude de la Torah (Chabath
31a, voir Sanhédrin 7a). Par conséquent
à partir du moment où l’homme
vient en ce monde, il a l’obligation d’étudier
la Torah et de fixer des temps d’étude.
Même auparavant, l’embryon apprend
toute la Torah d’un ange dans le ventre
de sa mère (Nidah 30b), afin qu’à
sa venue au monde il puisse immédiatement
l’étudier sans aucune difficulté.
Et au moment de sa mort, on proclame : Heureux
celui qui vient ici accompagné de
son étude (Pessa’him 50a, Baba Batra
10b, Kohélet Rabah 9, 8).
Par conséquent, tout le but de
l’homme dans le monde est de donner de la
satisfaction à son Créateur
(Bérakhoth 17a), de grandir avec
l’amour de la Torah, d’arriver par elle
à un certain niveau de foi et de
confiance en Dieu, et par là d’accomplir
les mitsvoth de tout cœur. Lorsqu’il arrive
à la prise de conscience que c’est
cela le but de la Création, il n’a
plus besoin que la Torah lui rappelle de
s’investir dans l’étude pour se perfectionner,
car il comprend de lui-même que c’est
elle qui permet à son esprit et à
son âme de respirer, et que sans elle
il ne pourrait subsister fût-ce un
seul instant. Il est donc certain qu’il
l’étudiera constamment.
On peut comparer cette situation à
celle d’un homme qui se trouve au sommet
d’une haute montagne : il n’y a nul besoin
de lui dire de faire attention à
ne pas tomber, car il comprend de lui-même
que s’il ne fait pas attention il se met
en danger. De même, il est inutile
de dire à quelqu’un qui voit à
côté de lui des pierres précieuses
de se baisser pour les ramasser, il le fait
spontanément pour s’enrichir. Il
en va ainsi de la Torah : elle représente
les membres et les tendons dont est fait
l’homme (Nédarim 32b, Makoth 23b,
Chemoth Rabah 33, 8), 238 et 365 qui correspondent
aux 613 mitsvoth, et qui se développent
dans le ventre de la mère avec la
voix de la Torah que l’embryon entend de
l’ange. Il est écrit : « Et
tout le peuple a vu les voix » (Exode
20, 15), car au moment du don de la Torah
chacun a vu et entendu les mêmes voix
qu’il avait entendues de l’ange, à
partir desquelles ses membres s’étaient
développés. C’est pourquoi
la Torah se contente d’une allusion à
la nécessité de l’effort dans
l’étude, sans la préciser
en toutes lettres, car l’homme comprend
spontanément que pour réussir
en tout et connaître la Torah, il
doit l’étudier de toutes ses forces.
La Torah n’en donne pas l’ordre spécifique,
parce que c’est évident.
L’effort est donc évoqué
en allusion par le mot « marcher »,
la marche étant un effort. Par exemple,
un homme faible et malade se lève
au prix d’un effort considérable
parce qu’il sait que le fait de marcher
va lui apporter la guérison en améliorant
sa circulation. De même dans le domaine
de la Torah, « Si vous marchez dans
mes statuts » évoque un effort
considérable pour vaincre le mauvais
penchant qui affaiblit l’homme. Quand on
étudie intensément, le gain
est double, car on vainc le mauvais penchant
tout en découvrant la saveur de la
Torah. La Torah elle-même devient
un remède, ainsi qu’il est écrit
: « Ce sera la santé pour ton
corps, une sève généreuse
pour tes membres » (Proverbes 3, 8).
La Guemara donne le conseil suivant : «
Celui qui a mal à la tête,
qu’il étudie la Torah, (...) à
tout le corps, qu’il étudie la Torah
» (Erouvin 54a), car c’est une «
marche », comme pour cet homme malade
et faible, et par dessus tout, il mérite
une abondance de bénédictions,
ainsi que le dit la suite du verset : «
Je donnerai vos pluies en leur temps, etc.
» (Lévitique 26, 4).
J’ai vu que le ‘Hidouchei HaRim de Gour
explique pourquoi il est écrit «
si vous marchez dans mes statuts »,
avec le verbe « marcher » :
il s’agit de ne pas s’arrêter dans
le service de Dieu mais de toujours continuer
à progresser jusqu’au niveau supérieur,
sans jamais revenir en arrière, ce
qui serait une chute.
Il faut expliquer pourquoi cela représenterait
une chute. On peut dire que c’est en rapport
avec « Je donnerai vos pluies en leur
temps », car les Sages ont expliqué
que l’ « éveil d’en bas »
provoque l’« éveil d’en haut
» (Zohar I, 88a, III 44a), si bien
que lorsque l’homme désire sans cesse
s’élever, dans l’esprit du verset
« ils s’avancent avec une force toujours
croissante » (Psaumes 84, 8), et monter
au niveau supérieur, le Saint béni
soit-Il lui ajoute d’en haut une abondance
de lumière, de bénédiction
et de force, et lui donne des pluies d’abondance,
pour qu’il puisse accomplir la Torah et
les mitsvoth en leur temps (le mot et, temps,
nous rappelle qu’il faut fixer des moments
(itim) d’étude réguliers).
Le ‘Hidouchei HaRim explique que le verset
« Je Me libérerai (paniti)
pour vous, Je vous ferai croître et
multiplier » (Lévitique 26,
9) emploie le terme paniti qui évoque
la notion de pnaï, se rendre libre,
car tout serviteur de Dieu a un moment libre
pour chaque chose. De quoi s’agit-il ? Quand
l’homme trouve toujours du temps libre pour
étudier la Torah, plutôt que
de dire « Quand je me libérerai
j’étudierai » (Avoth 2, 14,
Cho’her Tov 119, 57), Dieu aussi quitte
tout pour s’occuper uniquement de cet homme
qui trouve le temps de Le servir, mesure
pour mesure (Chabath 105b, Sanhédrin
90a), dans l’esprit de ce que dit le Midrach
: « Je Me libère de toutes
mes occupations pour m’occuper de lui »
(Torath Cohanim 20, 92). De quelle façon
? En lui donnant une abondance de lumière
et de joie qu’Il tient en réserve,
et dont il est dit : « Aucun œil ne
l’a vu, Dieu, si ce n’est Toi » (Isaïe
64, 3).
Mais pour trouver du temps libre, il
faut beaucoup étudier la Torah, c’est
ce qui donne du mérite, et c’est
aussi un remède, car si quelqu’un
est malade de l’un de ses membres, son étude
assidue lui vaut que Dieu lui envoie l’eau
de la pluie, l’eau de la guérison
spirituelle. Mais la Torah étudiée
sans effort n’a pas la force d’amener la
guérison. Ce n’est que le travail
dans l’étude qui produit ce résultat,
c’est pourquoi il faut s’investir de toutes
ses forces dans la Torah.
A partir de là, nous pouvons ajouter
que la force de la Torah est considérable
et qu’elle est capable d’arracher l’homme
à ses désirs aussi bien intérieurs
qu’extérieurs. En effet, avant de
monter au Ciel, Moïse est resté
au mont Sinaï pendant six jours, ainsi
qu’il est écrit : « La nuée
enveloppa [la montagne] pendant six jours,
et Il appela Moïse le septième
jour » (Exode 24, 16) ; il n’est donc
monté vers Dieu que le septième
jour. Pourquoi cela ? Les Sages ont dit
(d’après une opinion) : pour purifier
son corps de la nourriture et de la boisson,
qu’il n’y ait plus rien dans ses entrailles,
et qu’il soit véritablement comme
un ange de Dieu (Yoma 4b, Yalkout Chimoni
Michpatim 362).
Ce sont des choses absolument surprenantes.
Fallait-il donc six jours consécutifs
pour purifier le corps de Moïse déjà
si pur, ne suffisait-il pas d’un seul jour,
étant donné ce qu’il mangeait
? De plus, il se nourrissait lui aussi de
la manne (« l’homme mangeait du pain
des puissants » (Psaumes 78, 25),
le pain que mangent les anges du service),
et ce pain était intégralement
absorbé par les 248 membres (Yoma
75b), par conséquent il n’en restait
rien dans ses entrailles, puisqu’on sait
bien que c’était une nourriture qui
rentre et ne ressort pas (Yoma Ibid.). Alors
pourquoi fallait-il six jours consécutifs
pour que la nuée purifie son corps
?
J’ai pensé à ce propos
que c’est un exemple de l’ampleur du devoir
d’étudier la Torah dans une sainteté
suprême. N’était que l’homme
a besoin de nourriture pour subsister, il
faudrait étudier la Torah sans jamais
manger, comme Moïse qui n’a pas mangé
pendant quarante jours et quarante nuits,
se nourrissant uniquement du pain de la
Torah (Chemoth Rabah 47, 8, 9, 10), car
la Torah elle-même s’appelle vie (Avoth
Derabbi Nathan 34, 10), elle a donc le pouvoir
de faire vivre sans aucune nourriture ceux
qui se trouvent à des niveaux très
élevés. Il est dit que dans
l’avenir, quand le corps pourrit et qu’il
n’en reste rien, le Saint béni soit-Il
fait sortir de la rosée pour en nourrir
les morts (Pirkei Derabbi Eliezer 34, Zohar
début de Toldot), ainsi qu’il est
dit : « Car ta rosée est une
rosée de lumières »
(Isaïe 26, 19) - la lumière
de la Torah.
Il ressort de ce que nous avons dit que
même si la manne était une
nourriture spirituelle et n’avait pas la
moindre parcelle de matérialité,
pour que Moïse atteigne la sainte Torah,
il fallait malgré tout éliminer
de son corps toute cette nourriture, pour
le laisser tel que le Saint béni
soit-Il l’avait créé, avant
que quelque nourriture que ce soit ne parvienne
à sa bouche. C’est pourquoi il fallait
bel et bien six jours, comme Adam qui avait
été créé le
sixième jour (voir Sanhédrin
38a), et qui était l’œuvre du Saint
béni soit-Il (Kohélet Rabah
3, 14), propre et pur de tout soupçon
de salissure. Ce serait la même chose
pour Moïse qui était dans la
même situation qu’Adam. De quelle
façon ? Adam comprenait en lui toutes
les âmes des benei Israël (Tikounei
Zohar 56, 90b), et de même Moïse
pesait autant que tous les benei Israël
(Chir Hachirim Rabah 1, 64, Mekhilta
Béchala’h 15, 1, Tan'houma Ibid.).
Adam, quand il a été créé,
était propre et pur, et ses entrailles
ne contenaient aucune nourriture, et Moïse
s’est lui aussi transformé à
ce moment-là en un être semblable
à Adam, totalement pur de toute nourriture,
pour mériter la Torah. De plus, pour
donner au peuple d’Israël la Torah,
infiniment propre et pure, il devait éliminer
de son corps tout ce qui touche à
la matérialité, dans une annulation
de soi et une grande humilité.
Par-dessus tout, Moïse ressemble
à Adam parce que c’était le
premier homme de la création, et
que même ainsi il devait se rappeler
qu’il avait été tiré
de la terre (« Tu es poussière
et tu retourneras à la poussière
» (Genèse 3, 19)). Sa création
est écrite après celle des
animaux, ce qui signifie que même
un moustique a été créé
avant lui (Sanhédrin 38a, Vayikra
Rabah 14, 1), afin qu’il ne s’enorgueillisse
pas. De même, Moïse s’est effacé
totalement, ainsi qu’il est écrit
: « L’homme Moïse était
le plus humble de tous les hommes de la
terre » (Nombres 12, 3), il ne s’est
pas enorgueilli le moins du monde et s’est
effacé plus encore qu’Adam, qui était
l’œuvre des mains du Saint béni soit-Il
(Kohélet Rabah 3, 14). En effet,
non seulement Moïse a renoncé
à la nourriture pour son corps, mais
il a aussi renoncé à ses instincts,
au point qu’il est devenu difficile à
mettre en colère et facile à
apaiser (Avoth 5, 14), parce que pour recevoir
la Torah, il faut annuler non seulement
les appétits extérieurs mais
aussi les instincts intérieurs.
Il ressort de tout ce qui précède
qu’aujourd’hui, l’effort à investir
dans l’étude de la Torah consiste
essentiellement à annuler les forces
de l’intempérance, ce qui permet
d’arriver à la douceur de la Torah,
comme chez Moïse. Et bien que nous
trouvions dans la Torah beaucoup de mitsvoth
qui sont en rapport avec la nourriture (la
dîme, le sacrifice de Pessa’h et autres),
il faut tout de même annuler les forces
animales et matérielles que comportent
l’acte de manger ou de boire (voir à
ce propos un long développement très
intéressant dans Kedouchat HaChoul’han).
Tout cela vient de la puissance de Moïse,
qui l’a étendue aux benei Israël
de toutes les générations,
si bien que le désir de manger est
facile à dominer.
Ces notions nous permettent de comprendre
parfaitement le rapport entre la fin de
la parachat Béhar, où il est
écrit : « Vous observerez mes
Chabath et vous révérerez
mon Temple » (Lévitique 26,
2), et le début de la parachat Bé’houkotaï.
Si l’on veut ressentir la sainteté
du Chabath, et celle du Temple et du Sanctuaire
partout où elle se trouve, par exemple
dans les synagogues et les maisons d’étude
qui sont comme un petit Temple (Méguilah
29a), ainsi que les Sages l’ont expliqué
sur le verset d’Ezéchiel (11, 16),
et si l’on désire ressentir la réalité
de Dieu, alors il faut s’atteler à
l’étude. En effet, le Chabath a autant
de valeur que toutes les mitsvoth réunies
(Yérouchalmi Bérakhoth 1,
halakhah 5, Chemoth Rabah 25, 16), et les
mitsvoth et la Torah s’acquièrent
par le travail, donc en observant le Chabath
on arrive à toute la Torah (voir
Or Ha’haïm fin de Béhar, et
Ba’al Hatourim début de Bé’houkotaï).
C’est cela « Je suis l’Eternel »
(fin de Béhar) - « Si vous
marchez dans mes statuts et si vous observez
mes mitsvoth » (début de Bé’houkotaï),
lorsque vous ressentirez la réalité
de Dieu, vous pourrez arriver à l’étude
intensive de la Torah et à l’accomplissement
de toutes les mitsvoth.
On peut encore ajouter à ce sujet
ce qu’ont dit les Sages : « Celui
qui s’est donné du mal la veille
du Chabath mangera pendant Chabath »
(Avodah Zarah 3a, Kohélet Rabah 1,
26), à savoir que celui qui a beaucoup
travaillé avant le Chabath arrivera
aisément à en observer tous
les détails et à en ressentir
la sainteté. Il ne s’agit pas seulement
du travail destiné à assurer
la nourriture et la boisson en l’honneur
de Chabath, même pour l’âme
supplémentaire qui nous est accordée
ce jour-là (Beitsah 17a et Rachi
Ibid.), mais surtout de l’effort dans l’étude
de la Torah - Si vous marchez dans mes statuts,
c’est cela la préparation essentielle,
et la preuve en est que les Sages ont dit
: « Que le Chabath soit fait entièrement
de Torah » (Tana Debei Eliahou Rabah
1).
J’ai pensé à une autre
explication du rapport entre la fin de la
parachat Béhar (Chabath et le Temple)
et le début de la parachat Bé’houkotaï.
On sait que Dieu a créé le
monde en dix paroles (Avoth 5, 1), avec
énormément de travail. Déjà
les groupes d’anges du service (et les midoth)
discutaient entre eux de savoir si l’homme
devait être créé ou
non ; la vérité a dit : «
Qu’il ne soit pas créé, car
il est entièrement mensonge »,
et ainsi de suite., et pendant ce temps-là
le Saint béni soit-Il créait
le monde et le premier homme (Béréchith
Rabah 8, 5), et leur a dit de se taire,
car même si l’homme péchait
il aurait la puissance du Chabath pour se
repentir (Béréchith Rabah
22, 28), et pourrait se reposer de ses fautes.
C’est cet argument qui a fait taire tous
les accusateurs créés pendant
la semaine, et le Saint béni soit-Il
a immédiatement fait tomber la pluie,
ainsi qu’il est dit : « « Je
donnerai vos pluies en leur temps »,
par le mérite du « temps »
qui est celui de la Torah (on fixe des temps
d’étude).
De là, l’homme doit apprendre
que Dieu a créé le monde en
travaillant pendant six jours et s’est reposé
le septième jour, bien qu’Adam ait
déjà fauté le vendredi
soir à la dixième heure (Sanhédrin
38b, Avoth Derabbi Nathan 1), tout cela
pour que l’homme ait le Chabath pour se
repentir. C’est pourquoi l’homme doit se
reposer le jour du Chabath des fautes qu’il
a commises, se repentir, étudier
la Torah, ainsi qu’il est dit : «
Que le Chabath soit entièrement fait
de Torah » (Tana Debei Eliahou Rabah
1), et savoir qu’il n’y pas de plus grand
repos que cela devant l’Eternel, quand Il
constate que toute la Création est
au summum de sa perfection dans l’observance
absolue du Chabath, qui compte autant que
toute la Torah et les mitsvoth réunies
(Yérouchalmi Bérakhoth 1,
5).
C’est donc là le lien entre l’observance
du Chabath (fin de Béhar) et l’étude
de la Torah (début de Bé’houkotaï).
L’observance du Chabath dépend essentiellement
de l’étude, et par la Torah on peut
ressentir la Création en six jours
et la force de la techouvah contenue dans
le Chabath, comme l’a ressentie Adam. Mais
cela ne suffit pas, il faut également
ressentir la sainteté du Temple et
de la synagogue, s’installer dans les maisons
de prière et d’étude et mettre
tout son effort dans la Torah, ainsi on
arrivera au « Je suis l’Eternel »,
à la connaissance et à la
crainte du Créateur, et à
la conscience de la sainteté du lieu.
A cause de nos nombreux péchés,
on trouve aujourd’hui beaucoup de gens qui
ne ressentent pas la sainteté des
maisons de prière et d’étude,
parce qu’ils n’étudient pas la Torah,
et quand ils s’y retrouvent ils se racontent
entre eux des choses sans intérêt,
ce qui porte atteinte à leur crainte
du Ciel. Cela est dû au fait qu’à
moins d’étudier avec assiduité,
l’homme ne peut pas en arriver à
ces hautes conceptions, mais quand il étudie,
il devient capable de ressentir la sainteté
du Chabath et celle de la synagogue, et
alors il s’élève dans la Torah
et la crainte du Ciel. C’est pourquoi la
Torah souligne : « Si vous marchez
dans mes statuts, etc. ».
On trouve des appuis à cette idée
dans l’affirmation selon laquelle celui
qui jouit de ce monde sans dire de bénédiction,
c’est comme s’il volait le Saint béni
soit-Il et l’assemblée d’Israël,
ainsi qu’il est dit : « Celui qui
vole son père et sa mère en
disant que ce n’est pas un crime est le
compagnon du meurtrier » (Proverbes
28, 24) (Bérakhoth 35b). Son père
représente le Saint béni soit-Il,
ainsi qu’il est dit : « N’est-il pas
ton père, ton Créateur ? »
(Deutéronome 32, 6), et sa mère
n’est autre que la communauté d’Israël,
comme il ressort du verset : « Ecoute,
mon fils, les remontrances de ton père,
et ne délaisse pas la Torah
de ta mère »(Proverbes 1, 8).
S’il en est ainsi, quand l’homme n’étudie
pas, ou qu’il n’investit pas assez d’efforts
dans son étude, c’est comme s’il
avait volé. En effet, il est dit
« Si vous marchez dans mes statuts
» - si vous mettez tous vos efforts
dans l’étude de la Torah, alors seulement
« Je donnerai vos pluies en leur temps
» (Lévitique 26, 4). Cela signifie
que la condition pour que la pluie tombe
et que l’abondance vienne sur le monde est
uniquement de s’investir dans l’étude
de la Torah, et il s’ensuivra une abondance
intarissable. Mais si l’homme ne s’investit
pas réellement et qu’il profite néanmoins
de cette abondance, il vole l’Eternel. [Il
y a une allusion à cette idée
dans le fait qu’il est écrit : «
quiconque jouit de ce monde sans bénédiction
» ; de quelle bénédiction
s’agit-il ? De celle de l’étude,
comme en témoigne la Guemara : A
cause de quoi le pays a-t-il été
dévasté - donc absence d’abondance
- parce qu’ils avaient délaissé
ma Torah, en ne disant pas de bénédiction
au début de l’étude (Nédarim
81a), ils n’ont donc pas étudié
avec empressement (voir à ce propos
les choses merveilleuses que dit le Ran
au nom de Rabeinou Yona). C’est cela «
Ne délaisse pas la Torah de ta mère
», ne relâche pas ton effort.]
C’est effrayant ! Combien il faut porter
attention à l’application dans l’étude,
si c’est la condition pour qu’il y ait de
l’abondance dans le monde, qu’on ressente
la sainteté du Chabath et du Temple,
et qu’on reconnaisse son Créateur
!
D’après ce que nous avons dit
jusqu’à présent, on comprend
à quel point l’homme doit se purifier
et se sanctifier par la sainte Torah. On
sait ce qui disent les Sages et le Zohar
(I 10b, III 73b) sur l’extrême impureté
des lieux d’aisance, au point que la Guemara
(Bérakhoth 60b) a édicté
de dire hitkabedou mekhoubadim et acher
yatsar quand on entre et qu’on sort des
toilettes. Et bien qu’aujourd’hui il y ait
moins d’esprit mauvais, car ces lieux sont
propres, il en reste tout de même,
ainsi que d’impureté.
Or cela demande explication : pourquoi
la kelipah et les forces de l’impureté
viennent-elles en ce lieu pour le rendre
impur ? Et pourquoi ce qui sort du corps
de l’homme est-il transformé en esprit
mauvais au moment de son évacuation
?
A mon humble avis, en voici l’explication.
Quand nous observons la génération
du désert qui était sainte,
et qui était la génération
de la connaissance (Vayikra Rabah 9, 1),
nous comprenons que ce niveau était
dû au fait que la nourriture des benei
Israël était entièrement
absorbée dans les entrailles et que
rien n’était rejeté, c’est
pourquoi les Sages ont dit : « La
Torah n’a été donnée
à expliquer qu’à ceux qui
mangent la manne » (Mekhilta Béchala’h
17, Tan'houma Ibid. 20), car leur corps
était saint, et ils ne donnaient
à la kelipah aucune occasion de rentrer
dans le camp où ils vivaient pour
les rendre impurs.
Or on sait que la nourriture symbolise
le sacrifice ; en particulier, quand c’est
un tsaddik qui la touche, elle devient vraiment
comme un sacrifice à Dieu. Pour ne
pas donner à la kelipah la possibilité
de s’accrocher à la nourriture, on
se lave les mains à la fin du repas
(maïm a’haronim), ce qui est un cadeau
qu’on lui fait (Zohar II, 154b, 169a, 266b),
et qui s’appelle l’« arrière
» (Ibid., I, 204b), à savoir
la souillure qui se trouve dans les restes
de nourriture. Cela, nous le donnons à
la kelipah pour qu’elle n’accuse pas, et
on le jette à terre, qui est le lieu
de la kelipah.
L’homme doit savoir que dans ses entrailles
s’opère le tri de la nourriture,
la partie bonne allant au corps et au sang
pour le service de Dieu, (c’est le sacrifice),
alors que la partie mauvaise qui est restée
sort à l’extérieur. Or on
a également dit sur elle des bénédictions
au moment où elle était unie
avec la partie bonne, ce n’est qu’ensuite
qu’elle se sépare de la nourriture
sainte qui a touché la bouche du
tsaddik, c’est pourquoi la kelipah veut
s’y attacher et en profiter avec un grand
appétit, car pour elle c’est considéré
comme le saint des saints. Par conséquent
les toilettes deviennent un lieu d’impureté,
où la kelipah attend de profiter
de la nourriture qui sort des entrailles,
et elle jouit aussi de la mauvaise odeur.
Mais quelqu’un qui étudie et met
tous ses efforts dans la Torah n’a rien
à craindre, car la Torah le protège,
le sauve (Sotah 21a) et le garde contre
tous les accusateurs des forces de l’ombre
(Zohar I, 190a). Pour ne pas leur donner
de force ni de possibilité de se
fixer, il est interdit de penser à
des paroles de Torah dans cet endroit (Bérakhoth
24b).
C’est à cela que fait allusion
le roi David dans le verset : « Ta
Torah est dans mes entrailles » (Psaumes
40, 9). Cela ne signifie pas que la Torah
sera préservée à l’intérieur
de lui, mais il est véritablement
question de nourriture, car quand on mange
il faut le faire dans la sainteté,
pour prendre des forces au service de Dieu,
et à ce moment-là c’est considéré
comme si la Torah était dans les
entrailles, car c’est pour elle qu’on s’alimentait.
C’est pourquoi il est écrit : «
Voici la Torah de l’holocauste » (Lévitique
6, 2) ; si l’homme mange en sainteté,
la nourriture se transforme pour ainsi dire
en holocauste, et quand elle rentre dans
ses entrailles c’est comme si la Torah s’y
trouvait. Dans le même esprit, il
est écrit « Un homme qui offrira
un sacrifice de vous » (Ibid., 1,
2), car c’est lui-même qu’il offre
en sacrifice à Dieu par le fait de
manger saintement, et cette démarche
peut être qualifiée du nom
de Torah. De plus, on sait que les membres
de la bête qui tombaient de l’autel
ne pouvaient plus y remonter pour être
sacrifiés (Sanhédrin 34a,
Zeva’him 83b), donc, toute proportion gardée,
ce qui sort de l’homme représente
aussi un sacrifice qui devient interdit.
Il ressort de tout cela qu’on ne peut
soumettre la kelipah et l’annuler qu’en
étudiant la Torah dans l’effort et
la sainteté, en accord avec l’expression
: « Sa royauté s’étend
partout » (même dans les lieux
malpropres, Dieu est roi et extirpe l’impureté).
Cela nous permet de comprendre parfaitement
pourquoi on purifie un cadavre en le lavant,
et en nettoyant aussi ses entrailles le
mieux possible. On pourrait se dire que
le corps lui-même va être enterré,
qu’il est impur à l’intérieur
et à l’extérieur, que le cohen
n’a pas le droit de s’approcher de lui,
et que par conséquent peu nous importe
s’il reste de la nourriture dans ses entrailles
ou non !
C’est un sujet très profond et
merveilleux. Les Sages ont dit : «
Sache d’où tu viens, où tu
vas et devant qui tu es appelé à
rendre des comptes » (Avoth 3, 1)
(on dit cette michnah dans tous les enterrements,
dans le tsiddouk hadin). A quoi est-ce que
cela ressemble ? A quelqu’un qui voyage
en avion dans le but d’arriver chez un grand
roi, mais qui doit changer d’avion au milieu
du voyage pour atteindre sa destination.
Avant de partir, il se prépare en
réfléchissant bien à
toutes les questions que va lui poser le
roi, car il doit lui rendre des comptes,
et s’annihiler totalement devant lui. C’est
cela « Sache d’où tu viens
», sache que tu n’es absolument rien
devant le grand roi. Quand on a ce sentiment
d’insignifiance, on aura toujours des réponses
pour le roi, car on s’abaisse et s’efface
constamment devant lui, qui est roi du monde,
et on se sent quasiment inexistant à
côté de lui.
« Et où tu vas »,
signifie que bien que tu doives changer
souvent d’avion pendant le voyage, tu ne
dois pas oublier que le but final est uniquement
d’arriver auprès du roi, et que ce
périple a une fin. Tu dois donc préparer
des provisions de route : la Torah, qui
est de l’ordre de la marche, « Si
vous marchez dans mes statuts ». Donc
même si tu n’es absolument rien comparé
au roi, le roi te respectera si tu as de
bonnes réponses à ses questions,
à savoir la Torah. Mais pour que
tu ne tombes pas dans l’orgueil, ce qui
te rendrait abominable à ses yeux,
ainsi qu’il est écrit : « Tout
orgueilleux est en abomination à
l’Eternel » (Proverbes 16, 5), et
que tu ne t’imagines pas avoir de bonnes
réponses, tu dois savoir devant qui
tu dois rendre des comptes, devant le Roi
des Rois, le Saint béni soit-Il.
De même que l’homme est venu au
monde sans faute, il doit en partir sans
faute, ainsi qu’il est écrit : «
Béni es-tu quand tu entres, et béni
es-tu quand tu sors » (Deutéronome
28, 6), ce que les Sages ont commenté
ainsi : « Que ta sortie du monde soit
sans faute comme a été ton
entrée dans le monde » (Baba
Metsia 107a) ; c’est nécessaire pour
pouvoir rendre des comptes corrects au roi.
Il faut donc examiner sans cesse ses actes,
et ne jamais s’interrompre dans la préparation
au monde à venir. En effet, l’intelligence
humaine est impuissante devant la question
« devant qui tu dois rendre des comptes
», c’est pourquoi il faut beaucoup
étudier la Torah, qui protège
du terrible jugement. Toutes les mitsvoth
sont des moyens de servir Dieu (Zohar II,
82b), et la Torah est également une
source de conseils et un guide sur la façon
de Le servir (Ibid. I, 10b, II 82a, III
202a, 260a), elle est donc l’essentiel.
C’est pourquoi on nettoie un mort de la
nourriture qui est dans ses entrailles pour
qu’il soit propre. Cette nourriture a peut-être
été absorbée par désir
plutôt qu’avec sainteté, auquel
cas elle ne pourrait être que nuisible.
Même s’il s’agissait d’un juste, la
kelipah s’est déjà attachée
à sa nourriture, et désire
continuer à le faire. Donc pour qu’elle
ne puisse pas s’en nourrir, on nettoie les
intestins et on en fait sortir ce qui reste,
ainsi tout le corps reste saint, on le place
dans un cercueil, Dieu le juge favorablement,
sans accusateurs, et il n’a aucune souffrance
après sa mort.
J’ai lu une histoire merveilleuse sur
le Ba’h et de son gendre le Taz. Le Ba’h
s’était engagé à subvenir
aux besoins de son gendre en lui donnant
de la viande tous les jours pour qu’il puisse
étudier convenablement. Un jour,
le Ba’h ne lui a donné que du poumon
au lieu de vraie viande, alors le Taz l’a
convoqué en din Torah parce qu’il
n’avait pas tenu sa parole. Le Tribunal
s’est prononcé en faveur du Ba’h,
et a décrété que le
poumon était aussi considéré
comme de la viande et qu’il n’y avait rien
à lui reprocher. Mais on a demandé
au Taz pourquoi il avait jugé bon
d’assigner son beau-père devant un
tribunal pour un incident de ce genre. Avait-il
donc réellement manqué de
viande ? Il a répondu : Dans le Ciel,
il y avait une grande accusation contre
le Ba’h parce qu’il m’avait donné
du poumon au lieu de vraie viande, et que
ce jour-là j’ai moins bien étudié
que quand je mange vraiment de la viande.
Les accusateurs estimaient donc qu’il fallait
le punir. Quand j’ai vu cela, je l’ai convoqué
devant le tribunal rabbinique sur terre
pour qu’il n’y ait pas d’accusation dans
le Ciel, le décret a été
en faveur du Ba’h et l’accusation a été
levée.
Cela montre à quel point la nourriture
peut jouer dans l’étude de la Torah
(puisqu’en mangeant de la viande on étudie
mieux). La Guemara (Baba Kama 72a) y fait
allusion à propos de Rav Na’hman,
qui, lorsqu’il ne mangeait pas de viande,
ne prenait pas de décision halakhique.
Et combien une négligence dans l’étude
est grave, si le fait de ne pas donner de
viande entraîne une accusation ! Par
conséquent, en ce qui concerne la
nourriture qui reste dans le corps après
la mort, s’il s’agit de la partie bonne
pour le corps, elle reste sainte et la kelipah
ne peut pas du tout s’en emparer, mais quant
à celle dont le corps n’a pas besoin
et qu’il rejette, on l’enlève chez
le mort, sinon la kelipah risque de rentrer
et de s’en nourrir, en s’appropriant en
même temps la bonne partie. Mais quand
on vit la Torah dans la sainteté,
et qu’on mange pour elle et non par désir,
la kelipah se trouve annulée et l’impureté
éliminée, et la part de sainteté
et de pureté grandit en l’homme,
dans sa vie et dans sa mort. La sainteté
l’emporte tout particulièrement chez
les justes, tout cela par l’étude
de la Torah dans l’effort.
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