|
A la mémoire des Tsadikim
Chimone
Ben Chata’h
En la personne de Chimone
Ben Chata’h, nous nous trouvons
en présence de l’un des caractères
les plus imposants dont parle
l’histoire. Plein d’enthousiasme
pour la vérité et la justice,
faisant le bien avec un soin
des plus consciencieux et s’opposant
au mal et à l’injustice, il
trouve de nombreuses occasions
de manifester la grandeur de
son caractère. Il ne connaît
pas d’égards, quand il s’agit
de se mettre du coté de la vérité
et de la justice. La puissance
royale ne saurait l’intimider,
l’amitié ou le respect pour
un ami ou un chef vénéré ne
peuvent le faire fléchir, la
bonté pour ses subordonnés ne
peut l’empêcher d’agir, l’amour
de son propre fils ne peut l’influencer,
ni la crainte des puissants
malfaiteurs le retenir, ni l’offre
de fortunes le faire chanceler
dans ses principes. Il met au-dessus
de tout, comme l’exige la Torah,
la vérité et la justice. Nous
nous proposons de raconter quelques
traits de sa vie, que nous venons
de résumer dans ses grands traits.
Les Sadducéens enseignent
que les faux témoins ne peuvent
être exécutés que si la personne
faussement accusée a vraiment
été mise à mort. Afin qu’il
y eut un précédent, Yéhouda
Ben Tabbaï fit punir de mort
un témoin unique, convaincu
de mensonge, qui seul n’aurait
pas pu causer l’exécution de
l’accusé. Ce fut alors que Chimone
Ben Chata’h, s’élevant contre
lui, dit : «Vraiment cela te
sera compté, de la même manière
que si tu avais versé du sang
innocent. Car ainsi enseignent
les Sages : Les faux témoins
ne peuvent être exécutés que
s’ils ont été tous les deux
convaincus de mensonge; ne peuvent
subir le supplice de la flagellation
que s’il est prouvé qu’ils ont
tous deux menti». Tout aussitôt,
Yéhouda Ben Tabbaï reconnut
ses tors et assuma dorénavant
le rôle de second; il s’abstint
de prononcer un jugement, si
ce n’était en présence de Chimone
Ben Chata’h. Et depuis ce jour,
il vécut jusqu’à la fin de sa
vie dans le repentir et la pénitence.
Il visitait la tombe du faux
témoin exécuté et s’y laissait
tomber en pleurant si fort,
que sa voix pouvait être entendue
de loin (Maccoth -b).
Chimone Ben Chata’h fut alors
Nassi. Sa haute dignité l’obligea
à assumer de tristes devoirs.
Un esclave du roi Yanaï avait
commis un meurtre. Le roi avait
donc à comparaître devant le
Sanhédrin. Il fit apporter un
trône dans l’antichambre
carrelée du Saint Temple et
s’y assit. Alors Chimone Ben
Chata’h lui dit : Lève-toi,
roi Yanaï, non devant nous,
mais devant le Maître du monde
qui a dit : «Et les hommes seront
debout devant l’Eternel (Deutéronome,
ch. 19, v. 17)» Et le roi dit
: «Ce n’est pas ce que tu dis
toi, fils de Chata’h, que je
ferai, c’est ce que décideront
les autres juges». Les juges
se tenaient en demi-cercle,
de part et d’autre du roi. Chimone
Ben Chata’h tourna son regard
vers la droite, mais les juges
qui se tenaient à droite n’osèrent
pas affirmer ce qui était la
vérité, par crainte du roi;
ils baissèrent la tête et regardèrent
par terre. Chimone Ben Chata’h
regarda à gauche, mais ceux
de gauche aussi, baissèrent
les yeux à terre. Alors Chimone
Ben Chata’h dit : «Vous craignez
donc un homme plus que Dieu
? Puisse alors Celui qui connaît
les pensées faire tomber sur
vous le châtiment mérité». Et
Dieu envoya alors un ange et
les juges craintifs moururent
sur l’heure. Le nouveau Sanhédrin
fixa une prescription religieuse,
selon laquelle aucun roi ne
devait être désormais appelé
devant un tribunal (Sanhédrin
19-a).
Avant même qu’il fut devenu
prince, Chimone Ben Chata’h
s’était promis que s’il accédait
jamais à ces hautes fonctions,
il éliminerait du peuple d’Israël
les malfaiteurs qui méritaient
la mort (Yérouchalmi, Sanhédrin
Ch 6 § 6).
Lorsqu’il eut atteint ce
but, il fit mettre à mort quatre-vingts
femmes criminelles. Leurs parents
crièrent vengeance ; ils suscitèrent
de faux témoins, qui accusèrent
le fils de Chimone Ben Chata’h
d’un crime passible de la peine
de mort. Le jeune homme fut
condamné, et lorsqu’on le conduisit
sur le lieu de l’exécution,
il dit : «Si j’ai commis le
crime dont on m’accuse, que
ma mort n’expie pas le péché».
Les faux témoins avouèrent qu’ils
avaient été payés par les amis
des femmes mises à mort. Mais
il était trop tard. (Rachi pour
Sanhédrin 44-b).
Autant Chimone Ben Chata’h
était sévère, comme juge, autant
il était juste et désintéressé,
dans ses rapports avec son prochain.
Il fut un temps où Chimone Ben
Chata’h était pauvre et s’occupait
de commerce de chanvre. Un jour,
ses élèves lui dirent : Rabbi,
nous voulons t’acheter un âne,
pour que tu puisses charger
ta marchandise et n’aies pas
besoin de porter toi-même de
si lourds fardeaux. Et ainsi
firent-ils. Quand ils amenèrent
l’âne dans sa maison, ils s’aperçurent
qu’il portait un précieux collier
de perles autour du cou. «Vois,
lui dirent alors ses élèves,
Dieu t’a donné un trésor, pour
que tu puisses vivre tranquillement,
en te consacrant entièrement
à l’étude de la Torah». Mais
Chimone Ben Chata’h leur répondit
: «Rendez le collier, car il
est parvenu en ma possession
sans que son propriétaire le
sache». Et les élèves firent
ce que leur maître leur avait
recommandé. Lorsque l’ancien
propriétaire de l’âne - c’était
un païen - rentra en possession
de son précieux collier, il
s’écria : «Béni soit le Dieu
des juifs qui a commandé à Son
peuple d’être si honnête !»
Ses disciples ayant rapporté
cela à leur maître, Chimone
Ben Chata’h leur dit : «Une
telle glorification du nom de
Dieu, n’a-t-elle pas plus de
prix que tous les trésors de
la terre ?» (Yérouchalmi, Baba
Metsia Ch 2 § 5).
Alexandre Yanaï mourut encore
jeune. Lorsqu’il se sentit près
de sa fin, son épouse Salomé
- que certains textes appellent
d’ailleurs Cheltzion - émit
la crainte de voir les Perouchime,
dans le désir de se venger des
persécutions du roi, s’efforcer
d’exclure ses enfants de la
succession au trône. Mais le
roi lui répondit : «N’aies pas
peur des Perouchime, car se
sont des hommes pieux, qui craignent
Dieu, incapables de se venger
et de conserver quelque rancune
; et ne crains pas davantage
les Sadducéens, car ils sont
mes amis. Mais crains seulement
ceux qui sont faux; les hypocrites
capables de commettre des actions
aussi criminelles que celles
de Zimri, et qui demandent le
salaire de Pinhas». (Sotah 22-b,
d’après l’explication de Rachi).
La reine, qui fut régente
pendant la minorité de son fils,
soutint les Perouchime et notamment
Chimone Ben Chata’h. La conséquence
de cette politique fut une période
de bonheur, de paix et de prospérité
pour le pays telle que notre
peuple en connut rarement. Nos
Sages racontent par exemple
qu’au temps où la reine Salomé
était régente et où Chimone
Ben Chata’h gouvernait à ses
cotés, Dieu bénit d’une façon
miraculeuse les fruits de la
terre. La pluie tombait juste
au bon moment et les récoltes
furent si belles qu’on en garda
longtemps le souvenir.
Avant de nous séparer de
Chimone Ben Chata’h, faisons
encore mention de ses Takanoth
(institutions légales), qui
furent déterminantes pour trois
matières différentes. Sa première
décision consista à renforcer
les liens matrimoniaux, en rendant
le divorce plus difficile. Jusqu’alors,
la Ketouba, somme que la femme
juive touche en devenant veuve
ou divorcée, fixée par le contrat
de mariage, était déposée chez
les parents de cette dernière,
si bien que les difficultés
d’argent n’étaient pas une cause
qui pût retarder un divorce.
Chimone Ben Chata’h accorda,
d’une part, au mari le droit
de disposer entièrement de la
dot de sa femme, mais par contre
l’obligea à garantir cette dot
par la totalité de sa fortune
à lui, dispositions qui sont
encore en vigueur aujourd’hui.
Du fait même que le mari peut
jouir de la dot de sa femme,
il l’investit dans ses affaires,
et la difficulté de la récupérer
est un obstacle au divorce.
L’ouverture des écoles, eut,
elle aussi, une importance considérable
pour la vie du peuple juif et
pour l’avenir d’Israël. La Torah
recommandait ; «Et tu l’inculqueras
(la Loi Divine) à tes enfants».
C’est un commandement que nous
mentionnons tous les jours deux
fois dans le Chema. Le père
a le devoir sacré d’instruire
son enfant dans la Loi Divine.
Ce devoir n’en fut pas moins
souvent négligé. Ce fut pour
cette raison que Chimone Ben
Chata’h décréta la fondation
d’écoles et la nomination de
maîtres, de façon à ce que les
enfants pussent jouir d’en enseignement
fait en commun. Il est vrai
qu’il avait toujours existé,
depuis les temps reculés, des
salles d’étude et des écoles
pour adultes : des hommes de
savoir rassemblaient autour
d’eux un cercle de disciples
qu’ils enseignaient sans en
recevoir aucun avantage en contrepartie.
Mais que des enfants soient
instruits, et par des maîtres
rémunérés à cette fin, cette
grande innovation, nous la devons
à Chimone Ben Chata’h.
La troisième Takanah, de
ce grand savant concernait un
tout autre sujet. La Torah précise
de quelle façon, chaque fois
différentes, les ustensiles
de métal ou de bois, les vases
de terre, les vêtements de lin,
de laine ou de poils sont aptes
à recevoir l’impureté. Par contre,
la Torah ne parle pas des vases
en verre, car leur invention
lui est postérieure.
Fidèles au conseil de la
Grande Assemblée, «Faites une
barrière autour de la Torah»,
ce qui signifie ; instituez
des règlements, afin que la
Loi Divine soit constamment
respectée, José Ben Yoézer et
José Ben Yo’hanan avaient essayé
de soumettre les vases en verre
à cette loi sur l’impureté.
Mais le peuple n’y avait pas
pris garde. Ce fut Chimone Ben
Chata’h qui réussit partout
à faire admettre cette Takanah,
ce qui explique qu’elle porte
son nom. Et nous voyons par
là que les grands hommes d’Israël
s’inquiétaient de ces prescriptions
que l’on appelle aujourd’hui,
avec une pointe de dédain, les
«lois cérémonielles», avec le
même sérieux que des grands
principes de morale ou d’éducation,
et ils vouaient leur vie. (Yérouchalmi
Ketouboth, Ch 8 § II).
|