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A la mémoire des Tsadikim
Rabbi
Ya’akov Kranz : Le Maguid de
Doubno
Rabbi Ya’akov Kranz avait
un pouvoir considérable dans
la bouche, une bouche qui laissait
échapper des pierres précieuses
et créa une catégorie particulière
d’histoires et de narrations.
Beaucoup ont suivi ses traces,
mais sans atteindre sa grandeur.
Par ses paroles et ses paraboles,
le Maguid de Doubno réussissait
à enflammer le public et à susciter
en lui des sentiments de sainteté
et des pensées de Techouvah.
Il arrivait souvent que l’auditoire
sanglote amèrement en l’écoutant.
A une certaine période, il se
trouvait à Lvov, la ville de
l’auteur de Yéchouoth Ya’akov.
En même temps qu’un autre Rav,
parmi les plus grands érudits
de la génération, qui vivait
dans cette ville, ce gaon venait
régulièrement au cours que le
Maguid donnait entre les prières
de minh’a et arvith, dans l’une
des synagogues de la ville.
Le dernier jour de son séjour
dans cette ville, le Maguid
leur demanda de ne pas venir
à son cours parce que le public
allait sangloter, et que comme
tous deux étaient âgés, ces
larmes prolongées risquaient
de leur faire du mal. L’auteur
du Yéchouoth Ya’akov répondit
qu’il exagérait. Les deux rabbanim
étaient naturellement présents
au moment voulu à la synagogue
pour écouter le cours... Immédiatement,
dès que le Maguid monta à l’estrade,
il dirigea un regard perçant
vers le public, saisi de crainte.
L’auteur de Yéchouoth Ya’akov
se mit immédiatement à pleurer.
Son ami s’efforça de se contenir,
mais au bout d’un quart d’heure
il pleurait lui aussi à gros
sanglots, au point qu’il fut
malade pendant longtemps. Telle
était sa puissance.
Mais le Maguid de Doubno
n’était pas seulement un prédicateur,
c’était aussi un grand érudit
en Torah. Chaque nuit il se
levait à minuit, et après avoir
dit le tikoun, s’installait
au Beith Hamidrach pour étudier
jusqu’aux premières lueurs de
l’aube. Après la prière, quand
il n’allait pas d’une communauté
à l’autre, il étudiait jusqu’à
la tombée de la nuit.
Il était extrêmement proche
du Gaon de Vilna, qui l’aimait
beaucoup. Nous avons gardé deux
lettres où le Gaon appelle le
Maguid « celui qui est cher
à mon âme », où il le supplie
de venir le voir en toute diligence,
et où il manifeste sa certitude
qu’il « ne tardera pas, afin
de me ramener à moi-même ».
L’humilité du Maguid de Doubno
s’exprime dans une réponse qu’il
a écrite au Gaon après une nuit
de Chavouoth, l’une des fois
où il avait séjourné chez lui.
La nuit de Chavouoth, le
Gaon avait l’habitude, comme
c’est courant en Israël, de
dire le tikoun de la nuit de
Chavouoth, qui consiste à lire
le début et la fin de tous les
livres de la Bible ainsi que
le début et la fin de tous les
traités de la Guemara. Mais
le Maguid de Doubno s’enfonça
dans l’étude d’un certain problème,
et le Gaon lui demanda pourquoi
il déviait de la coutume.
Il répondit : « A quoi est-ce
que cela ressemble ? A un marchand
qui a dans sa boutique tout
un assortiment de marchandises.
Il met dans l’étalage un exemplaire
de chaque sorte, et cet étalage
témoigne de tout ce qu’il possède.
Mais le marchand qui est pauvre
et n’a que quelques objets sans
valeur peut mettre en étalage
la totalité de sa marchandise,
puisque à l’intérieur de la
boutique il n’y a plus rien.
C’est ce qui se passe ici :
vous qui connaissez toute la
Torah, vous étudiez pendant
cette nuit-là des « échantillons »
de chaque sorte. Mais moi qui
suis pauvre et sans valeur en
Torah, je suis obligé de traiter
la marchandise elle-même... »
Rabbi Ya’akov Kranz
est né à Zateil, en Lituanie,
en 1740 (5500). C’est le plus
grand prédicateur de tous les
temps. Il est connu de toutes
les communautés d’Israël sous
le nom de « Maguid de Doubno »,
nom de la ville dont il était
rabbin.
Ses élèves ont rassemblé
ses enseignements dans les ouvrages
Ohel Ya’akov, Hamidoth et Kol
Ya’akov.
Il a ramené beaucoup de gens
dans le droit chemin, et jusqu’à
aujourd’hui ses paroles et ses
paraboles nourrissent les cœurs
de tout le peuple.
Il est mort en 1805 (5565).
Au lieu de raconter la vie
du Maguid de Doubno, nous allons
donner la parabole qu’il a improvisée
en entendant l’explication du
Gaon de Vilna sur une michnah
de Pirkei Avoth.
La michnah dit : « Malgré
toi tu nais, malgré toi tu vis,
malgré toi tu meurs, et malgré
toi tu devras rendre des comptes
devant le Saint béni soit-Il. »
Que signifient ces quatre
« malgré toi » ?
Le Gaon explique cette michnah
d’après une michnah du premier
chapitre de Baba Batra. Il y
est question de deux personnes
dont les champs sont mitoyens.
La Michnah dit que si l’un des
propriétaires entoure le champ
de l’autre d’une barrière de
trois côtés, celui-ci n’est
pas obligé de participer aux
frais de l’érection de la barrière,
bien qu’il est évident qu’il
profite de la barrière qui a
été construite autour de son
champ. Mais, continue la Michnah,
si le propriétaire du champ
entouré ferme de sa propre initiative
le quatrième côté, on lui fait
payer tous les frais pour toutes
les clôtures, bien sûr proportionnellement,
car ce qu’il a fait montre sa
satisfaction des barrières,
et il ne peut plus prétendre
qu’elles ne lui servent à rien.
Ainsi, dit le Gaon, l’homme
peut pendant toute son existence
affirmer qu’il ne voulait pas
de la vie et qu’il n’en jouit
nullement, car « malgré toi
tu es né et malgré toi tu vis.
Mais étant donné que lorsqu’il
arrive sur son lit de mort il
fait tout ce qu’il peut pour
continuer à vivre, appelle des
médecins et dépense une fortune
en remèdes pourvu qu’on prolonge
sa vie le plus possible, il
exprime ainsi son désir de vivre
et sa difficulté à y renoncer.
Par conséquent si « malgré toi
tu meurs », tu dois rendre des
comptes au Créateur sur tous
les actes de ta vie. C’est l’explication
du Gaon.
Après l’avoir entendue, le
Maguid dit :
« Je vais vous donner une
parabole. Un homme avait deux
filles, l’une laide et l’autre
coléreuse. Elles étaient en
âge de se marier, mais il leur
était difficile de trouver un
époux à cause de leurs défauts
respectifs. Un jour arriva un
chadkhan malin qui réussit à
les marier. A celle qui était
laide, il trouva un mari aveugle,
et à celle qui était coléreuse
il trouva... un sourd. Ces deux
couples vivaient en harmonie,
jusqu’au jour où arriva dans
la ville un grand médecin qui
savait guérir toutes les maladies.
Parmi ceux qui vinrent demander
son aide figuraient ces deux
maris. Le médecin prépara ses
potions, les leur fit boire,
et les délivra de leurs maux.
Alors l’aveugle se mit soudain
à voir, il constata la laideur
de sa femme et en fut bouleversé.
Le sourd de son côté se mit
à entendre, et les cris de colère
de sa femme le rendirent fou.
Les deux maris décidèrent
entre eux de ne pas payer le
médecin. Il ne leur avait rendu
aucun service, bien au contraire :
en enlevant leur infirmité,
il leur avait causé du tort.
Leur vie était devenue un enfer.
Le médecin se vit obligé de
les convoquer en din Torah.
Il s se présentèrent donc devant
le Rav de la ville, et décidèrent
d’accepter sa décision quelle
qu’elle soit.
Le Rav écouta les arguments
des deux parties, les pesa,
et demanda enfin au médecin
s’il était capable de les ramener
à l’état précédent. « Il n’y
a rien de plus facile », répondit
le médecin, et il se mit immédiatement
à préparer ses potions. Les
deux maris prirent peur et refusèrent
absolument d’accepter ce verdict.
Le Rav leur dit : « S’il en
est ainsi, dépêchez-vous de
lui payer ce que vous lui devez,
car vous venez de faire la preuve
que vous êtes satisfaits de
votre guérison. »
La morale de l’histoire est
claire...
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