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A la mémoire des Tsadikim
L’HUMILITE
DE RABBI AKIBA EIGER
Les juifs de Nickelsbourg
furent saisis d’une grande émotion :
un invité de marque allait arriver
dans la ville, le gaon Rabbi
Akiba eiger, qui allait à eisenstadt
en Hongrie pour le mariage de
sa fille la tsaddeket avec Rabbi
Moché Sofer, le « ‘Hatam Sofer ».
On disait qu’en chemin, il allait
passer par Nickelsbourg et rencontrerait
le Rav de la ville, Rabbi Mordekhaï
Benett.
Il n’est donc pas surprenant
que tous les juifs de la ville,
du plus jeune au plus âgé, sortent
à la rencontre de l’invité célèbre
pour chercher à l’apercevoir.
Ceux qui étaient grands en Torah
espéraient aussi mériter d’entendre
ses divrei Torah.
Les juifs de Nickelsbourg
se réjouissaient donc que vienne
chez eux quelqu’un qui avait
la réputation d’être un gaon
comme il y en a peu !
Cependant, de son côté, le
Rav de la ville, Rav Mordekhaï
Benett, était très réticent.
Il s’entretint de Torah avec
l’invité, sans entendre de lui
fût-ce une seule explication
originale ! « Je ne comprends
pas pourquoi on s’extasie tant
sur Rabbi Akiba Eiger », dit-il
ensuite. « J’ai parlé avec lui
de Torah, et je n’ai trouvé
en lui aucun signe de grandeur
ni de génie qui sorte de l’ordinaire ! »
Au bout de quelques jours,
Rabbi Akiba poursuivit son voyage.
Mais peu de temps après il revint
à Nickelsbourg, pour demander
à parler avec le Rav Mordekhaï
Benett de sa petite communauté,
dans laquelle il y avait des
choses à améliorer de toute
urgence.
Cette fois-ci, pendant la
conversation, Rabbi Akiba fit
entendre certaines de ses merveilleuses
interprétations. Rabbi Mordekhaï
fut extrêmement surpris, et
pria l’invité de parler le Chabath
suivant dans la grande synagogue
de Nickelsbourg.
Rabbi Akiba accepta, et le
Chabath il monta sur l’estrade
et commença à faire un exposé
devant la grande communauté.
Le Rav de Nickelsbourg faisait
évidemment partie du public,
et voilà que pendant le discours,
il se mit à discuter avec l’invité
et même à le contredire ! Sans
rien lui répondre, Rabbi Akiba
eiger interrompit son exposé
en plein milieu, quitta l’estrade
et alla s’asseoir à sa place
parmi les fidèles.
Après la prière, l’invité
s’apprêta à rentrer là où il
logeait. Mais Rabbi Mordekhaï
regrettait déjà son attitude.
« Peut-être lui ai-je fait honte ? »
se reprochait-il. Et il décida
de se rendre chez l’invité pour
s’excuser et lui demander de
lui pardonner de tout cœur.
Lorsque Rabbi Mordekhaï arriva,
il se rendit compte que Rabbi
Akiba Eiger ne se souciait pas
du tout de la honte qu’il lui
avait causée à la synagogue.
Mais maintenant qu’ils étaient
seuls, il lui prouva que ce
qu’il avait dit à la synagogue
était absolument exact, et qu’il
était tout à fait impossible
de le contredire, comme avait
voulu le faire le Rav.
Rabbi Mordekhaï étudia le
sujet à fond, et s’aperçut que
le discours de l’invité touchait
à la vérité de la Torah. Il
s’excusa donc à nouveau. « Mais,
ajouta-t-il avec étonnement,
pourquoi notre maître ne m’a-t-il
pas fait remarquer mon erreur
et les contradictions qu’elle
entraînait lorsqu’il parlait
à la synagogue ? »
Rabbi Akiba répondit : « Rabbi
Mordekhaï est le Rav de la ville,
le Rav de tout le pays, et sa
communauté doit l’honorer. Pourquoi
viendrais-je le contredire ?
Il vaut mieux qu’on contredise
mes propres paroles, car je
ne suis qu’un invité de passage.
Aujourd’hui je suis ici, et
demain je reprendrai la route.
Ce n’est pas moi qu’ils doivent
honorer... »
En entendant cela, Rabbi
Mordekhaï Benett, qui était
un homme d’une grande droiture,
rassembla sa communauté à la
synagogue et lui raconta exactement
ce qui s’était passé. « A présent
j’ai appris deux choses, dit-il
à sa communauté ; d’abord j’ai
constaté la grandeur de Rabbi
Akiba en Torah. Mais en plus
de cela, j’ai appris jusqu’où
vont sa droiture et sa sainteté.
Quand il était là pour la première
fois, il a délibérément évité
de me montrer sa grandeur en
Torah, c’est pourquoi je me
suis permis d’estimer qu’il
n’était pas si génial que cela,
et de le contredire. Mais maintenant,
j’ai compris que non seulement
c’est un gaon extraordinaire,
mais aussi un homme d’une droiture
et d’une modestie comme il y
en a peu ! »
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