Mausolee de Rabbi Haim Pinto
Sous l'égide de Rabbi David Hanania Pinto Chelita, petit fils du saint et vénéré Rabbi Haïm Pinto Zatsal

A la mémoire des Tsadikim

RABBI ISRAEL LIPKIN DE SALANT

 

B'A' chaque époque, la Providence divine nous envoie des âmes d’élite qui impriment leur sceau sur la génération et dont l’influence se fait sentir à la fois sur le moment et pour de nombreuses générations à venir.

L’un de ces sages exceptionnels fut Rabbi Israël de Salant. Il n’était ni rabbin ni décisionnaire, s’habillait comme quelqu’un du peuple, fuyait les postes officiels et se comportait comme un juif simple. Mais c’était un grand homme, et dans son cœur le buisson brûlait d’un feu sacré, d’une flamme divine qui ne s’éteignit jamais jusqu’à son dernier souffle. Rabbi ‘Haïm Halévi Soloveitchik de Brisk comptait quatre grands qu’il estimait comparables aux Richonim, et qui sont : Rabbi Yéhochoua Leib Diskin, Rabbi Israël de Salant, son père Rabbi Yossef Dov Soloveitchik et Rabbi Méïr Leibusch Malbim (ce propos a été rapporté par Rabbi Yossef Dov Soloveitchik, le Rav de Boston).

Bien qu’il se soit écoulé beaucoup de temps depuis son décès, son souvenir reste vivant parmi nous comme celui du père du mouvement du moussar, et sa personnalité représente un phare jusqu’à aujourd’hui.

Voici quelques histoires sur sa vie :

Sa confiance en Dieu était extraordinaire. Il se disait certain que toute requête que l’homme est absolument sûr de se voir accordée par le Ciel – finira par lui être accordée. Et si nous constatons que les espoirs des hommes sont déçus, c’est uniquement parce que leur confiance en Dieu n’était pas absolue.

Un jour, une discussion s’éleva entre lui et Rabbi Chemouël Strachon, l’auteur du Rachach sur le Talmud, sur la question de savoir si cette confiance était légitime lorsqu’il s’agissait de superflu. Rabbi Israël pensait que l’homme a le droit de prier pour quelque chose qui est considéré comme superflu, et Rabbi Chemouël n’était pas d’accord. Alors Rabbi Israël lui proposa de parier, et on verrait bien qui avait raison. Rabbi Chemouël accepta. Rabbi Israël lui dit : « A partir de ce moment-ci, je fais confiance à Dieu qu’Il m’enverra une montre, ce qui est pour moi quelque chose de superflu (à cette époque-là, seules quelques rares personnes possédaient une montre), et nous verrons bien s’Il me l’enverra. »

Six mois s’écoulèrent. Un jour entra chez Rabbi Chemouël un chrétien vêtu d’un uniforme de lieutenant, qui lui dit : Un soldat juif vient de mourir dans mon régiment, et avant sa mort il m’a donné une montre et m’a demandé de la donner au Rav des juifs. Rabbi Chemouël prit la montre et le remercia de s’être donné ce mal.

Alors il se rappela de son pari avec Rabbi Israël et lui fit demander de venir chez lui. Il lui remit la montre, en disant : « Dieu a entendu votre prière et vous a envoyé cette montre. Du ciel, il a été prouvé que la halakhah est conforme à votre opinion. »

Quand Rabbi Israël quitta la maison de son beau-père, il s’installa à Kovno pour trouver un travail, et commença avant tout par entrer au Beit Midrach pour étudier ses cours. A ce moment-là y entra également une personne riche de la ville de Kovno. Il vit Rabbi Israël, le prit en sympathie, s’approcha de lui pour le saluer et lui demanda ce qu’il faisait à Kovno. Rabbi Israël lui raconta qu’il était venu pour chercher un travail, et qu’il voulait faire du commerce. Le riche le regarda et lui dit : « Ecoutez-moi, jeune homme ! Vous ne m’avez pas l’air d’un commerçant, et il vaut mieux que vous vous consacriez aux intérêts du Ciel. J’ai entendu que dans une certaine petite ville on cherchait un instituteur pour les jeunes garçons, je vais vous donner une lettre de recommandation, et on vous donnera ce poste. »

Rabbi Israël refusa, en disant : « La responsabilité d’enseigner aux enfants d’Israël est trop grande et trop lourde pour moi, et je ne peux pas l’accepter. Je veux être commerçant. »

Le riche réfléchit un moment, et lui proposa d’être cho’het, car on en cherchait un à Kovno. « Surtout pas ! répondit Rabbi Israël. Un cho’het doit faire extrêmement attention, car c’est un travail sacré. Par la plus petite erreur, on peut donner de la nourriture tarèphe à toute la ville. Je veux être commerçant. »

Alors, l’homme lui demanda s’il avait de l’argent pour ouvrir une boutique. Rabbi Israël répondit que non. « Dans ces conditions, comment pourrez-vous faire du commerce ? s’étonna-t-il. – C’est très simple, répondit Rabbi Israël. Vous allez me prêter trois cents roubles et je vais ouvrir un commerce.

– Quoi, quoi ? commença à marmonner l’homme, je vais vous prêter trois cents roubles ? C’est une grosse somme, et je ne vous connais pas ! Comment puis-je savoir qu’on peut vous faire confiance ? Peut-être que vous êtes un trompeur, un bon à rien ! Est-ce que vous croyez que je suis fou ? »

Rabbi Israël se leva et répondit : « Ecoutez-moi, mon cher juif ! Tout à l’heure, vous me considériez comme une personne de confiance. Vous vouliez me donner un poste dans l’éducation des précieux enfants juifs. Vous aviez également assez confiance en moi pour mettre la cacherout des foyers juifs entre mes mains. Mais quand il s’agit de me prêter un peu d’argent, vous ne me connaissez déjà plus et je suis un trompeur ! Notre père Abraham se comportait autrement. Dans les questions matérielles, il faisait confiance à son serviteur Eliezer, ainsi qu’il est écrit : « qui gouverne tout ce qui est à lui », mais pour ce qui est des questions spirituelles, par exemple trouver une épouse pour son fils Yitz’hak, il n’a pas eu confiance en lui et il lui a fait prononcer un serment. »

Un jour, un grand Rav se trouvait chez lui. Rabbi Israël lui proposa quelque chose à manger, et ajouta que le plat était cacher sans aucun doute. L’invité s’étonna de ces paroles. Rabbi Israël lui expliqua que pour lui-même, il se pouvait que le plat ne soit pas cacher, parce que sa subsistance provenait d’un disciple généreux, qui peut-être se trompait en l’estimant tsaddik et gaon, auquel cas ses dons proviendraient d’une erreur, par conséquent l’argent serait le fruit d’un vol. Mais pour l’invité, il n’y avait aucun doute, car ce qu’il prendrait aurait déjà changé de propriétaire, donc ce plat était pour lui cacher selon toutes les opinions (Tenouat HaMoussar).

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il exprima devant Rabbi Fischel-Ber de la ville de Rassein, qui était un homme extrêmement aisé, l’opinion qu’il était interdit de profaner le Chabath pour lui s’il tombait malade un Chabath, parce qu’il avait un statut de voleur. Rabbi Fischel-Ber raconta cela à Rabbi Yitz’hak El’hanan, le Rav de Kovno. Celui-ci ne rit pas, mais réfléchit quelques instants et dit : « Dites à Rabbi Israël qu’il a tort. Il est permis de profaner le Chabath pour lui. » Et ses disciples racontent que Rabbi Israël tomba malade un dimanche et mourut un vendredi matin, si bien qu’en fait il n’y eut aucun besoin de profaner le Chabath pour lui (entendu de Rabbi Ya’akov Kamenetski).

 

Rabbi Israël naquit en 5570 (1810) dans la ville de Zaguer en Lituanie, de Rabbi Zéev Wolf, auteur de « Hagahot ben Arié » sur le Talmud.

Il fut d’abord élevé par son père, puis étudia chez Rabbi Tsvi Broïda, le Rav de Salant. Il réussissait très bien dans ses études, et avant d’avoir treize ans connaissait déjà tout le Talmud par cœur.

A dix-huit ans il s’installa à Salant, dont il porte le nom : Rabbi Israël Salanter. Outre sa grandeur en Torah, Rabbi Israël était un géant dans le domaine du moussar et des traits de caractère.

Il publia un article important du nom de Iggéret HaMoussar, où il invite le lecteur à étudier le moussar. Cet article s’est répandu dans toutes les yéchivot, et l’on s’est mis à étudier en profondeur ses saintes paroles. Ce fut le point de départ d’un grand mouvement, le mouvement du moussar.

En 5643 (1883), alors qu’il se trouvait à Koenigsberg, Rabbi Israël tomba malade, et le 25 Chevat, son âme pure monta au Ciel.

Il n’a pas laissé de livres, mais il a laissé des disciples qui ont répandu sa Torah dans le monde entier.

 

 

 

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